Jaurès continue à recevoir du courrier
Par Olivier Yossef Muller

Dernière mise à jour : mercredi, 01-Nov-2006
Voir page principale :

      Au delà de la forme ludique liée à l’écriture de cette lettre, retenons un message profond : la vigilance contre le négationnisme des horreurs du passé nous demande aussi d’être solidaires avec d’autres diasporas, comme celle des Arméniens. Un événènement majeur récent vient de survenir ...
 
    "Garde pour moi, et je garderai pour toi" (Talmud Baba Metzia 80 a) ; en d'autres termes, rendons nous service ...


           Qui n’a pas eu envie d’avoir un jour des suites de ses écrits, actes, ou pensées, même vieilles de … plusieurs dizaines d’années ?
L’auteur de cette lettre, Olivier Muller, membre des communautés juives d’Issy les Moulineaux (92130) et de Longjumeau (91160), se propose d’écrire une deuxième lettre à Jean Jaurès. La première lettre avait parue le 15 juin 2006 dans Actualité Juive.    Mais écrire à Jean Jaurès ? Pourquoi ?

         Cet illustre homme politique, philosophe, historien (né en 1859 - assassiné en 1914) fut professeur de philosophie, puis député socialiste. En 1898, il prit la défense d’Alfred Dreyfus, puis devint un des chefs du parti socialiste en 1905. Retenons de lui qu’il fut un grand humaniste, soucieux d’une certaine justice humaine et fut le premier homme politique à dénoncer les premiers massacres d’Arméniens précurseurs du génocide de 1915.
      

 

Cher Monsieur Jean Jaurès, écoutez moi,
je vous en prie : merci et re-merci !

       D’où vous résidez actuellement, je ne connais pas exactement votre rôle ni vos pouvoirs. Mais force est de constater que le numéro du 15 juin 2006 d'Actualité Juives vous est parvenu ! Ha, ce journal ! Il a su vous retrouver ! Et vous l’avez lu, enfin disons très probablement ...
      Ma précédente lettre commençait ainsi :
        «Il est de tradition talmudique que des rabbins s’interpellent à plusieurs dizaines d’années près, voire, à plusieurs centaines d’années. Certes, je ne suis pas Rabbin, et vous non plus. Mais, en tant que juif, je vous écris, après avoir lu certains de vos écrits vieux de plus d’une centaine d’années. Vous avez prononcé semble-t-il un discours à l’Assemblée nationale, le 3 novembre 1896, sur les premiers massacres d’ Arméniens » avant celui bien plus important de 1915. Vous rappelez vous-en ?

        J’avais fait fait votre éloge, en me disant que si le monde avait été alors vigilant et avait alors réagi, d’autres bourreaux auraient peut-être eu plus de scrupules à exterminer tant de juifs 30 ans après. Je suis fier de vous, et j’avais été fier de la France, mais cette fierté s’était amoindrie un peu (plus) le jeudi 18 mai 2006, quand un projet de loi de sanctions contre le négationisme du génocide Arménien déposé à l’Assemblée Nationale avait été bien vite rangé au placard... face aux enjeux économiques pour ne pas « fâcher » un autre pays avec lequel la France envisageait de développer d’importants échanges commerciaux.
Parce que si on laisse passer cela, demain, c’est le négationisme du génocide des juifs à son tour qui ne sera plus sanctionné. France, où était passé ton honneur ?

          Mais vous êtes intervenus auprès d’HM ! Merci Jean Jaurès, mille mercis !! Merci mon D.ieu, tu as écouté nos prières. Je vous informe ci dessous du dernier résultat.
           Les députés ont adopté jeudi 12 octobre 2006 en première lecture la proposition de loi rendant passible de prison la négation du génocide arménien.
Le texte a été adopté par 106 voix pour et 19 contre, tous groupes politiques confondus, et a été salué par une salve d'applaudissements des élus et du public. La proposition de loi a été votée par 49 UMP, 40 PS, 7 UDF, 6 PCF, 4 non inscrits.
Le texte n'a cependant pas achevé son parcours parlementaire. Il doit encore être inscrit à l'ordre du jour du Sénat pour pouvoir être examiné par les sénateurs puis, éventuellement, être adopté définitivement. La proposition de loi punit d'un an de prison et de 45.000 euros d'amende la négation du génocide arménien. Elle complète la loi française de 2001 reconnaissant le génocide de 1915.
Peuple Juif, restons solidaires avec le peuple Arménien. "Garde pour moi, et je garderai pour toi".

      Merci mon D.ieu, merci Jean Jaurès, merci la France ! Car n’oublions pas « la justice grandit une nation » (Proverbes 14,34). Militons dans ce sens, et demain la France trouvera peut être aussi sa lucidité dans le conflit Israëlo-Palestinien.

Olivier-Yosseph Muller, Issy les Moulineaux (92) et Longjumeau (91)
mel : claire.muller6@wanadoo.fr

  NdLR : Mivy déplore que le parlement ou le gouvernement d'Israël n'ait pas encore eu à ce jour eu le courage de dire tout haut ce qu'il pense tout bas, que pour ménager des intérêts légitimes à court terme, les dirigeants mettent leur honneur dans leur poche.
       Les dirigeants et les citoyens turcs actuels ne sont en rien responsables des horreurs du passé, pour se réconcilier avec eux-même, ils faudrait qu'ils aient eux surtout le courage de regarder leur histoire. Les aider à le faire serait rendre un grand service aux turcs et aux arméniens.

 

Première lettre publiée le 15 juin 2006

      U
ne loi pour sanctionner le négationnisme du génocide arménien au même titre que celui de la Shoah, tel était le projet déposé à l'assemblée nationale, mais la perspective de perdre des contrats avec la Turquie ont fait réfléchir plus d'un député, si bien que l'Assemblée nationale a jugé bon d'attendre et de remettre aux calendes grecques ce projet...  (Ces calendes sont grecques, et pourtant, les turcs les apprécient ! !  )

Ce report n'a pas plus à Olivier Muller, qui m'a transmis la lettre suivante que je m'empresse de publier.

 

    Lettre à Monsieur Jean Jaurès (1859-1914).

     Cher Monsieur Jean Jaurès,

     Il est de tradition talmudique que des rabbins s’interpellent à plusieurs dizaines d’années près, voire, à plusieurs centaines d’années.

     Certes, je ne suis pas Rabbin, et vous non plus. Mais, en tant que juif, je vous écris, après avoir lu certains de vos écrits vieux de plus d’une centaine d’années.

     Vous avez prononcé semble-t-il un discours à l’Assemblée nationale, le 3 novembre 1896, sur le massacre des Arméniens ; je vous en cite un extrait :
« ... Puis, lorsque tous ces hommes se sont aperçus que l’Europe restait indifférente, qu’aucune parole de pitié ne venait à ceux qu’ils avaient massacrés et violentés, la guerre d’extermination prenait tout à coup des proportions beaucoup plus vastes. Et ce n’était plus de petits groupes qu’on massacrait, mais dans les villes par grandes masses de 3000 et 4000 victimes en un jour, au son du clairon, avec la régularité de l’exécution d’une sentence.
Voilà ce qui a été fait, voilà ce qu’a vu l’Europe ; voilà ce dont elle s’est détournée ! …
».

    Plusieurs centaines de milliers d’Arméniens furent finalement massacrés à cette époque.

    En 1915, 19 ans plus tard (vous étiez alors déjà décédé), plus d’un million (de 1,2 à 1,5 millions selon les estimations) d’Arméniens furent massacrés, à une époque où la France était plus préoccupée de son propre sort lors de la première guerre mondiale.
Vous l’aviez pressenti : l’indifférence tue.

      En 1939, Hitler, constatant cette indifférence du monde face à ces massacres prit le pari de réussir le génocide du peuple juif en toute impunité. Cette fois, c’est en millions de personnes que les massacres de juifs eurent lieu, et sur plusieurs années. Il a failli gagner son pari.
Encore une fois, l’indifférence des nations a permis cela.

     Juifs et Arméniens sont très proches aujourd’hui dans la diaspora française, même traumatisme, même gratitude envers ce pays, la France, qui nous a accueillis, même comportement social, et même place dans notre cœur pour le pays de nos racines. Il n'y a pas de concurrence entre les victimes, car à causes comparables, ont répondues des atrocités de même nature, et j’aimerai bien aujourd’hui qu’il se renforce une solidarité encore plus étroite des victimes contre les faussaires de l’histoire.

    Monsieur Jean Jaurès, toutefois une bonne nouvelle : le parlement européen, le 18 juin 1987, puis la France le 29 janvier 2001 ont pris des résolutions reconnaissant officiellement le génocide arménien. On notera alors une satisfaction des personnes ayant perdu leur famille dans un génocide, mais certes aussi, un durcissement temporaire des relations avec la Turquie.

Monsieur Jean Jaurès, je pense que vous devez être fier de la France.

     Jeudi 18 mai 2006, c’était quand, hier, il y plus de 15 jours ?
Une proposition de loi socialiste visant à sanctionner le négationnisme du génocide arménien a été examinée à l’assemblée nationale, soulevant de vives protestations de la part de certains de nos députés. En effet, cette loi prévoit un an d’emprisonnement et une amende de 45 000 euros pour toute personne niant le génocide arménien.
« Mais comment, la France se permettrait-elle le luxe de faire rompre le projet d’achat de centrales nucléaires par la Turquie ? et que dire du mouvement de boycott sur les produits Danone, Lacoste, l’Oréal, Carrefour ? » ses sont indignés certains de nos députés.

     Monsieur Jean Jaurès, centrales nucléaires, Danone, Lacoste, l’Oréal, Carrefour, cela ne vous dira peut-être rien. Mais notre fierté précédemment évoquée s’est subitement amoindrie. Le projet de loi a été rangé dans un tiroir et sera « peut-être examiné plus tard …».

      Car ne nous mentons pas : ce qui arrive aux Arméniens aujourd’hui arrivera aux Juifs demain : c’est la loi de l’indifférence et « des affaires », nous l’avons déjà vue par le passé …
Juifs français, et Arméniens français, réagissons, et soyons solidaires entre diaspora(s) contre les faussaires de l’histoire !

Olivier-Yosseph Muller, Issy les Moulineaux.

  

PS

Le PS annonce officiellement le dépôt d’une proposition de loi sanctionnant la négation du génocide des Arméniens

 

Libéation  : Pour une loi rampante

«Est-il possible qu'on puisse encore nier le génocide des Arméniens ?» s'indignait Jean-Paul Sartre, il y a trente ans, alors que les batailles pour la reconnaissance de ce crime venaient s'échouer en France sur les contreforts des mauvaises raisons d'Etat et sur les coffres-forts des bonnes relations avec Ankara.
           Ara Toranian

 

 

UDF
Intervention de François Rochebloine
Assemblée nationale - 18.05.06