L'Odysée de l'Atlantic

Michel Lévy

Dernière mise à jour : lundi, 08-Déc-2008


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Aucun gouvernement n'a eu pitié des juifs pendant la guerre. Les autorités anglaises, poussées par l'opinion arabe avait fermé la porte de la Palestine, et toutes les autres portes étaient fermées, d'où l'errance de réfugiés affamés qui s'est terminée par quatre ans de prison à l'Île Maurice. Mais qui donc les avait autorisé à vouloir vivre ? ?

 

L'histoire commence à Dijon, à la synagogue, où un jour, nous vîmes apparaître Sanjaï, un jeune homme bien basané et parlant nerveusement le français avec un accent créole. Un juif indien ! ! cela nous paru étrange, en fait Sanjaï n'est pas indien, mais Mauricien, il n'est pas juif non plus, mais c'est un grand ami des juifs et d'Israël. Il nous a parlé de l'époque où des juifs avaient habité l'île Maurice, mais nous n'y avions pas porté attention.

Vingt ans plus tard, nous recevons à notre nouvelle adresse un coup de téléphone avec cette voix inimitable, Sanjaï nous avait retrouvé, il tenait à nous faire connaître l'aventure des juifs de l'île Maurice, et Sanjaï m'a envoyé un ouvrage en anglais. "The Mauritian Shekel", écrit par Geneviève Pitot, un ouvrage traduit du français et totalement introuvable en notre langue.

 

Dans les années 30 , l'empire nazi, qui devait être millénaire rendait la vie impossible aux juifs, on les avait renvoyé de la fonction publique, on leur interdisait d'exercer des activités libérales, leurs magasins étaient saccagés, et des pancartes faisaient fuir la clientèle, et mois après mois l'insécurité augmentait. Les agressions étaient régulières, jamais punies, et lentement, ces gens, souvent bien établies depuis toujours devenaient des parias dans leur propre pays. L'accalmie des jeux olympiques n'a été qu'un répit trompeur, destiné à calmer les appréhensions des bonnes âmes.

A l'époque, les nazis n'avaient pas encore décidé l'extermination des juifs, ils voulaient les chasser le plus loin possible, les humilier et récupérer leur fortune. Au fur et à mesure que l'empire s'agrandissait, les mesures qui étaient venues progressivement en Allemagne s'appliquaient du jour au lendemain dans les nouvelles conquêtes : Tchécoslovaquie, Autriche, Danzig etc...

C'est alors que les milieux juifs ont entendu parler d'une clause secrète du pacte d'amitié Germano-soviétique signé par Molotov et Ribbentrop. L'actuelle Moldavie serait confiée à l'URSS. Les 93.000 Allemands de Bessarabie sont conduits de force à bord de bateaux réquisitionnés sur le Danube, qui vont les transporter vers Vienne en Autriche: les nazis vont les utiliser pour coloniser en Pologne occupée (Umsiedlung).

Pourquoi pas utiliser ces bateaux pour évacuer des juifs loin de l'empire nazi ? C'est l'idée que Berthold Storfer a suggérée à Adolph Eichmann.

 

 

Berthold Storfer n'était pas sioniste, ce riche financier de Vienne, né à Czernowitz en 1880, occupait une position stratégique de collaborateur habituel des nazis, d'où la grande méfiance qu'il inspirait aux milieux juifs. Cependant, cet homme a tout sacrifié pour permettre l'exil salvateur de ses coreligionnaires, il a fini par être arrêté, déporté à Auschwitz puis fusillé en 1944.

Strofer a affrété quatre bateaux, 'Uranus', 'Schönbrunn', 'Helios' et le 'Melk', pour descendre le Danube vers la Roumanie. Mais pourquoi Eichmann a-t-il accepté cela ?

  • D'abord par ce que cela débarrassait le Reich des juifs, en 1940, la solution finale n'était pas encore officiellement décidée.
  • Ensuite, par ce que le prix du voyage était exorbitant. Cela ruinait les juifs et enrichissait l'empire.
  • Enfin, par ce que si les candidats voyageurs avaient des visas pour les pays les plus divers, tout le monde savait qu'ils voulaient se rendre en Palestine, que cela leur était interdit, et que cela poserait de grands problèmes aux Anglais. (Il y a de petites joies qu'on ne se refuse pas ! )

Berthold Strofer s'est tout de suite opposé aux sionistes, par exemple sur le choix des personnes à admettre sur les bateaux. Les sionistes voulaient de jeunes gens en bonne santé, capables de résister et de bâtir l'état juif. Stofer, devait sur les ordre d'Eichmann embarquer un maximum de vieux, de malades, de délinquants, et de personnes affaiblies par des séjours dans les camps de concentration. Ce type de dispute, ou celles liées au financement des rançons qu'il fallait payer à tout moment, tout au long de l'odyssée ont failli tout faire échouer plusieurs fois, et vouer à la mort les quelques uns qui ont pu être sauvé.

Les passagers venaient Vienne, Prague, Brno, Berlin, Munich et Danzig, tous avaient subi mille vexations et brimades, s'étaient ruiné pour acheter un visas, et ils on attendu interminablement l'ordre d'embarquer qui n'arrivait pas. Ils étaient jeunes ou vieux, la majorité n'était pas religieuse, et la plupart étaient devenus sionistes face à la monté des périls.

Quand Storfer a obtenu de l'armateur grec Socrates Avgherinos que l' l'Astrea accepte de transporter les émigrants de Tulcea en Roumanie à Haïfa, il a pu donner l'ordre aux 600 premiers passagers de se rendre, le 15 décembre 1939 à Vienne, où un train les a conduit à Bratislava en Slovaquie. A pied ils ont rejoint un hôtel minable pour célibataires en dehors de la ville, le Slobodarni, où ils eurent la surprise de trouver 320 tchèques qui durent partager leur inconfort, et leur stress. «Vous êtes là pour y rester leur dirent-ils, le seul but de l'opération est de vous prendre votre argent ! »

Sloboda veut dire liberté, mais l'hôtel était gardé par des gardes Hlinkas. Fin décembre, l'Astrea s'échoue en mer Noire, il faudra trouver un nouveau bateau, alors l'attente se prolongera indéfiniment. Pendant ce temps, on transfert une partie des réfugiés dans une usine désaffectée, sans eau chaude ni sanitaires, mais avec des carreaux cassés. Très agréable en hiver ! Régulièrement de nouveaux groupes d'arrivants viennent accroître la promiscuité, et l'attente continue.

Et les mois passent, les gardes qui étaient plutôt débonnaires au début sont de plus contaminés par les idées nazis et deviennent grossiers et violents. Au mois de mai six cents nouveaux réfugiés arrivent, augmentant encore l'inconfort. En juin on apprend avec consternation la capitulation de la France. Les autorités slovaques refusent de prolonger les visas de transit, et se font payer des prix exorbitants pour un hebergement non désiré. Pendant ce temps, nazis commencent à mettre en oeuvre leur plan de déportation des juifs d'Autriche vers Lublin en Pologne. L'angoisse monte. et les bateaux n'arrivent toujours pas

Socrates Avgherinos, grâce à de copieux pots de vins réussi enfin à dégotter un bateau, et le départ est fixé au 28 août 1940. Le 26, 500 personnes qui attendaient à Danzig depuis des mois, apprennent qu'ils ont quatre heures pour prendre le train. Ceux qui n'ont pu partir sont morts à Auschwitz, les autres ont été fouillés par la Gestapo, et tous leurs objets de valeur confisqués.

C'est ainsi que le Mercredi 4 septembre 1940, un convoi de quatre bateaux l'Helios, le Melk, l'Uranus, et le Schönbrunn, chargé de 3500 émigrants partit pour un voyage de 2000 kilomètres vers Tulcea, aux bouches du Danube. Sur les bateaux, flottaient les drapeaux nazis.



Gabriele Anderl, Les juifs à Krems sur le Danube: récit en Allemands des réfugiés ayant fait confiance à Strofer.


Le voyage

 

Après des prémices aussi faciles et agréables, vous pouvez facilement vous imaginer la «croisière» sur le Danube. Entassés, à 4 dans des cabines prévues pour 2, ou empilés sur le pont, ou serrés en fond de cale, personne ne craignait la solitude.

Le convoi a doublé le Pentcho, ce bateau avait quitté Vienne en Mai avec 600 passagers, on était en septembre, et il était bloqué sans vivre ni carburant, et en quarantaine pour des raisons sanitaires, entre la Bulgarie et la Roumanie, deux pays qui refusaient d'accueillir les passagers. Les malheureux criaient famine et appelaient au secours de toutes leurs forces, mais le convoi de Storfer était lui-même surchargé, et les passagers sous alimentés, toutefois, ils décidèrent de leur faire parvenir un repas.
Le convoi parvint à Tulcéa au bord de la mer noire le 12 septembre 1940.

Une ancienne péniche appelée Pentcho avait été transformée de façon à pouvoir transporter 600 réfugiés d'europe centrale jusqu'en palestine.
L'histoire du Pentcho et de ses passagers est raconté en détails dans le livre:
Odyssey de John Birman (publié par Simon & Shuster, New York, 1984 )

 

Les réfugiés espéraient y trouver un bateau pour les conduire à Haïfa, mais, il n'y avait rien sauf trois sortes d'épaves miteuses, sans nom ni drapeau, avec des planches non peintes pour fermer le pont.

Le lendemain, elles avaient bougé, on avait peint un nom de bateau : et on avait hissé le drapeau de Panama. Parmi eux, il y avait l'Atlantic, incroyable mais vrai, c'était là dedans qu'il fallait voyager ! Le capitaine des bateaux fluviaux n'avait qu'une hâte, repartir vers l'Allemagne, aussi avec une précipitation extraordinaire, il a poussé à l'abordage les malheureux passagers, qui se retrouvèrent 1800 sur l'Atlantic.

Si le Shönnbrunn ou l'Helios étaient inconfortables, l'Atlantic c'était l'enfer ! 4 personnes pour deux couchettes, plus cinq autres pour dormir sur le plancher. Les vieux dans la salle à manger, les uns sur les tables, les autres dessous. Impossible d'accéder aux quelques toilettes, les passagers obstruaient le passage. Pour tout arranger, on ne trouvait pas d'équipage, il manquait de bateaux pour transporter les 3500 réfugiés, tant et si bien que l'Atlantic n'a pu lever l'ancre que le 9 octobre 1940. En attendant, il n'y avait ni électricité ni eau potable sur le bateau.

Les vivres étaient rares, un passager raconte ses repas : au petit déjeuner : une tasse de thé, à midi, une tranche de pain un peu moisie, le soir, un melon pour quatre !

Je ne peux pas vous raconter l'Odyssée du voyage, le bateau refoulé de ports en ports, à la recherche de vivres et de charbon, les prix exorbitants demandés aux passagers déjà ruinés, les efforts de Strofer et de la communauté juive de Grèce ou de Chypres. La Haganah à bord fait régner l'ordre, à un moment elle est même obligée d'enfermer le capitaine pour l'empècher de déserter ! On a du installer une morgue improvisée sur le pont, un bébé est né, et tout le monde vivait dans l'angoisse et la faim.

A partir de Chypres, (alors colonie anglaise), les britanniques s'intéressent de très près au navire. Ils l'inspectent, débarquent quelques malades à Chypres, et l'escortent militairement jusque devant le port de Haïfa, , c'était le 24 novembre 1940.

 

La situation politique et la décision anglaise

 

En Novembre 1940, l'Angleterre est dans une situation périlleuse, les Soviétiques ont conclu un pacte de non agression avec Hitler et contribuent à l'anéantissement de l'armée polonaise, les USA sont neutres, si les italiens piétinent en Libye, des mouvements séditieux arabes sont encouragés par les nazis. L'Égypte refuse de déclarer la guerre à l'Allemagne, aussi la Grande Bretagne marche sur des oeufs et ne veut pas se mettre à dos les musulmans, et tant pis si cela doit coûter la vie aux juifs.

L'Angleterre, le 17 mars 39 avait publié le troisième Livre Blanc dit de Malcolm Mac Donald , qui interdit de fait l'immigration juive. Cette mesure arrive au moment où il s'agit d'une question de vie ou de mort. L'Atlantic sera le dernier bateau venu d'Europe, ceux qui n'ont pu le prendre seront impitoyablement exterminés. Le tableau montre comment la politique britannique de fermeture des frontières a été efficace. Pendant que le marteau Nazi exterminait le judaïsme d'Ukraine et de Pologne, l'enclume Britanique empêchait les victimes de fuir. (voir drame du Struma)

Mais alors que faire de ces gens qui arrivent encore devant 'Haïfa ? Les britanniques décidèrent secrètement de les déporter à l'Ile Maurice. Aussi lorsque les bateaux du convoi Strofer se rapprochent de la Palestine, les anglais montent à bord officiellement pour vérifier l'état sanitaire, puis les escortent jusqu'à Haïfa. Là, contrairement à leurs espoirs on ne les laisse pas débarquer. On commence à les transférer sur un bateau plus présentable, le Patria, sous prétexte d'une "quarantaine" sanitaire.

Le 25 novembre, on entendit une explosion, et très rapidement les passagers de l'Atlantique, qui étaient en attente de transfert, ont vu avec effroi, le Patria s'abîmer dans la mer avec leurs proche à bord. Les trois cent victimes ont été enterrées en Palestine.

Le sabotage du Patria a selon toute probabilité été organisé par un mouvement sioniste, qui voulait empêcher les britanniques de déporter les réfugiés vers l'Ile Maurice, la charge d'explosif a vraisemblablement été plus forte que prévue.

Les passagers ont été transférés au camp d'Atlit près de Haïfa en attendant que les Britanniques ne trouvent un bateau pour les conduire à Maurice. Par mesure de clémence, les rescapés du patria purent rester en Palestine, mais la décision de déportation des autres resta irrévocable.

 

Livre Blanc dit de Mac Donald (17/5/1939) l'immigration en Palestine est limité aux capacités d'absorbtion, et au tiers de la population totale. En fait la Déclaration Balfour est abrogée par crainte des émeutes arabes

 



Prisonniers des anglais

 

Physiquement, les anglais traitèrent correctement les réfugiés, mais psychologiquement, ce fut autre chose. Les rescapés du Patria furent séparés des autres réfugiés sans contact possible. Si bien des détenus ne pouvaient pas savoir si leur proche étaient vivants ou non. Des couples avaient été séparés ! Les policiers qui interrogèrent les clandestins étaient méfiants, persuadés que parmi eux se cachaient des agents nazis. Anglais ou Français ont eu la même défiance vis à vis des juifs qui fuyaient le nazisme, ils préféraient les voir en prison plutôt que les utiliser pour défendre la liberté.

Si les fonctionnaires anglais avaient eu un peu plus de coeur, et s'ils avaient voulu bloquer l'immigration en Palestine pour éviter des révoltes arabes, ils auraient pu répartir ces malheureux à travers leur immense empire, et les autoriser à y refaire leur vie. Les vrais sionistes étaient minoritaires, les réfugiés, compte tenu de leur niveau culturel auraient enrichi l'empire colonial d'une élite fidèle et entreprenante. Mais la mesquinerie et la méfiance l'ont emporté sur le bon sens et sur le coeur. Il a été décidé que les immigrés clandestins ne pourraient jamais retourner en Palestine, et qu'ils seraient détenus à l'Ile Maurice.

Le transfert sur le bateau qui devait les déporter fut mené rondement dès que possible. Les anglais ont réquisitionné deux bateaux hollandais, le Johan de Witt, et le Nieuw Zeeland, et des policiers ont organisé l'évacuation manu-militari des détenus vers les bateaux. Les récalcitrants ont été enroulés dans des couvertures, et emmenés comme des sacs de farine. Les réfugiés se sont opposés à leur déportation de toute leurs force, ils avaient refusé de préparer leurs affaires, et ils ont résisté physiquement aux policiers anglais venus les chercher sans armes. On a compté plus de 30 blessés.

Le 9 décembre 1940, les deux bateaux ont rejoint un convoi militaire, et pris la route vers le Canal de Suez. Les passagers ne savaient pas officiellement où ils allaient, mais plus grave, les familles avaient été séparées, et beaucoup ne savaient pas si leur conjoint ou leurs enfants étaient noyés avec le Patria, s'ils étaient restés en Palestine, où s'ils se trouvaient sur un bateau. Tout le monde a été hébergé dans des cabines au fond des cales avec interdiction de monter sur le pont. Chacun avait un hamac, il y avait même une table pour dix personnes. Ils ont profité de porridge, de thé, de saucisses, d' oeufs au bacon, de pain, de beurre et de confiture au même repas ! c'était plus qu'ils n'avaient pour trois jours sur l'Atlantique. Si les marins hollandais étaient compatissants et généreux, les policiers anglais étaient souvent odieux. Un passager a été rossé pour avoir voulu nettoyer ses blessures dans une douche en dehors de l'heure autorisée, un autre a été battu comme plâtre car il cherchait à retrouver sa femme et ses enfants.

Après le passage du Sinaï, les passagers furent autorisés à monter sur le pont, sauf lorsque les bateaux approchaient d'un port, Aden par exemple.

Le 20 décembre 1940, on annonça enfin officiellement aux passagers qu'ils se rendaient à l'Île Maurice. Certains réfugiés commencèrent à voir l'avenir avec optimisme. Pourquoi pas se refaire une nouvelle vie dans une île ? enfin le 27 décembre, le bateau accosta. Les passagers ont de suite remarqué que leur arrivée était attendue, beaucoup d'habitants de Port Louis s'étaient déplacés pour voir le spectacle, ils trouvèrent les habitants curieux, et bienveillants. Même les policiers Mauriciens étaient sympathiques.

La nature était magnifique, tout leur souriait quand ils arrivèrent à Beau Bassin, leur sourire se transforma en rictus, ils venaient de lire sur la porte de leur nouvel hébergement : " His Majesty's Prison " ! !

Contrairement au souhait de Churchill qui pensait offrir l'hospitalité aux victimes du nazisme, les responsables des affaires étrangères et de la police anglaise, avaient réussi à mettre tout le monde devant le fait accompli, et à plonger les rescapés au fond des oubliettes.

Les femmes et les enfants étaient logés dans un bâtiment en construction, ils dormaient dans des dortoirs de 15 à 20 lits, les femmes étaient séparées de leur mari par une lourde porte, gardée par des policiers armés. Les hommes s'entassaient dans un bâtiment ancien, qui ressemblait à Sing Sing .

Le colonial office eu du mal à trouver un cadre juridique, il fut décidé que ces gens ne seraient pas considérés comme des réfugiés, ni comme des prisonniers, ni comme des internés. On a choisi le mot de détenu, car il implique une privation de liberté pour raison pénale. Il fallait punir les candidats à l'immigration clandestine. Ceux qui n'ont pu fuir sont morts, certains grâce à la complicité passive des partisans anglais d'une politique d'immigration qu'on essaie encore aujourd'hui d'imposer partout en Europe. N'est-ce pas le cas du coupel Sarkozy-Hortefeux ?

Les mauriciens ont accueilli avec sympathie et compassion les réfugiés, ils leur ont ouvert leur coeur, mis à part ceux qui craignaient que les réfugiés ne viennent agraver la pénurie alimentaire déjà sensible en temps de guerre. Les contacts avec la population étaient limités, les anglais avaient interdit tout contact entre les détenus et les mauriciens sous peine de deux ans de prison.

Cependant, grâce au personnel local travaillant à l'intérieur des murs, une certaine communication a pu avoir lieu. Le départ violent du camp d'Atlit a fait que beaucoup de réfugiés n'avaient pas fait leurs valises, beaucoup d'objets avaient été volé par les «douaniers» allemands ou anglais, si bien que beaucoup manquaient de tout. Des collectes auprès des Mauriciens ont été très utiles, en particulier celle qui a permis de fournir en sous vêtements ceux qui s'en trouvaient démunis, car les anglais qui avaient distribué une chemise et une jupe ou pantalon à tout le monde n'y avaient pas pensé.

Les journaux mauriciens ont caché à la population l'aspect punitif de la détention, ainsi que les aspects politique de la déportation. On était en guerre, les détenus provenaient de pays ennemis, les mauriciens comprenaient la détention et ne se posaient pas de question.

Les réfugiés réussirent à entrer en contact avec l'importante communauté juive d'Afrique du Sud, et grâce à elle avec le mouvement sioniste mondial, qui firent pressions sur pressions sur les autorités anglaises pour alléger le sort des détenus.

Les journaux mauriciens ont caché à la population l'aspect punitif de la détention, ainsi que les aspects politique de la déportation. On était en guerre, les détenus provenaient de pays ennemis, les mauriciens comprenaient la détention et ne se posaient pas de question.

La première année fut très dure, mais la vie s'organisait à l'intérieur de la prison : équipe de foot, perdant régulièrement contre les gardiens, école pour les enfants uniquement du côté des femmes, donc quand les garçons avaient 14 ans, ils changeaient de logement et ne pouvaient plus suivre les cours. Il y avait aussi une troupe d'éclaireurs et d'éclaireuses. Ce sont ces jeunes, qui le du 5 au 11 août 1941 ont été autorisés à sortir de la prison pour camper dans la nature.

Au fil du temps, le régime s'est adouci, les visites conjugales autorisées au parloire cinq fois par semaine pendant une demie heure ont été établi, puis des sorties en groupe hors de la prison furent organisées.

Certains professionnels furent autorisés à travailler pour la défense, tandis qu'on établissait des listes de volontaires pour partir au front. Mais les autorités militaires anglaises se méfiaient de ces tchèques, allemands et autrichiens, et peu d'entre eux réussirent effectivement à aller se battre. Deux soldats tchèques sont pourtant morts au combat.

Le paradoxe, était qu'on avait enfermé à l'Île Maurice des sympathisants nazis, qui étaient bien mieux traités que les victimes du nazisme !

La méfiance s'est réinstallée lorsqu'en 1943 des sous marins allemands ont coulé des bateaux anglais au large de Maurice. Certains ont pensé qu'il avait sûrement parmi les détenus des agents nazis qui avaient donné des instructions aux sous-marins !

On révoqua les détenus qui travaillaient à l'extérieur, et l'agitation gagna l'intérieur. Les tensions devenaient de plus en plus vive au fur et à mesure que la victoire alliée devenait plus probable. Les anglais étaient divisés sur la conduite à tenir, et finalement, ce fut le point de vue humanitaire qui l'emporta sur le point de vue sécuritaire. Pendant toute cette période au parlement de l'Ile maurice, les députés étaient divisés, les socialistes préconisaient plus de générosité.

Un sondage eu lieu auprès des détenus, sur 1310, 1060 souhaitèrent s'installer en Palestine, 40 en Autriche, 20 en Tchécoslovaquie, et les autres hésitaient, mais le jour du départ ils ont opté pour Eretz Israël.

Le 25 Août 1945, le Franconia ramena les réfugiés à Haïfa, en laissant à Maurice un cimetière où furent enterrés 142 détenus, morts de maladies comme la typhoïde ou des fièvres tropicales agissant sur des organismes affaiblis par des séjours à Dachau ou l'effroyable voyage, et le stress d'une vie carcérale. Les anglais les ont soigné comme ils ont pu avec de faibles moyens.

Aujourd'hui ce cimetière plus que jamais symbolise les liens entre Maurice et Israël. Des anciens détenus viennent s'y recueillir, et c'est sa visite qui a inspiré Nathacha Appanah pour son roman : Le dernier frère, que je vous recommande tous de lire !


Le dernier frère


Un roman racontant l'amitié entre deux grands enfants très malheureux.
Un mauricien qui raconte, et un détenu de son âge.

 

Courrier

de Christine et dialogue sur Facebook

avec des Mauriciens

J'ai quand meme pris le temps de lire votre présentation et cela semble correspondre aux reportages que j'ai lu et vu...Nous parlons peu de choses que nous voulons oublier...c'est la nature humaine et je vous suis reconnaissante de prendre le temps de nous le rappeller...Je vais consulter ma Grand Mère (97 ans aujourd'hui et toute sa tête et ses souvenirs encore présents) et je reviendrais vers vous.
Je vous souhaite aussi une très bonne et heureuse année et espère vous renocontrer sur notre île très bientôt.
Christine.

Pour réagir :

 

Notes

http://www.paulsilverstone.com/immigration/Primary/Aliyah/shiplist1.php

The old Italian paddle steamer Pencho (243 tons, 1907) was chartered to sail from Bratislava in Slovakia down the Danube. She sailed on May 18, 1940, with 514 passengers, mostly Betar members. The voyage was greatly delayed by the various governments. She finally sailed from Sulina on September 21st but on October 9th her single boiler stopped working and the ship was wrecked off Mytilene. Everyone was rescued by the Italians and taken to Rhodes. All but two were then interned at Ferramonti Camp in southern Italy, where they were when Allied forces liberated the area in September 1943. The story of the Pencho has been published as "Odyssey" by John Bierman.

 

http://www.paulsilverstone.com/immigration/Primary/Aliyah/shiplist1.php

Le pacific affreté par le Mossad depuis Sulina 11 octobre 1940 1000 passagers

A large group of refugees was permitted to leave Vienna, organized by Berthold Storfer, a Jewish businessman working under Adolph Eichmann. They came down the Danube on the river boats Uranus, Schönbrunn, Helios and Melk, arriving in Romania. They passed the people marooned at Kladovo and the Pencho halted between Romania and Bulgaria. The Uranus passengers, numbering about 1,000, boarded the Pacific (563 tons, 1880) which sailed on October 11, 1940. The Pacific arrived at Haifa on November 1st followed by the Milos (No. 63). They were transferred the French liner Patria for removal to the island of Mauritius. The Haganah smuggled a bomb on board to prevent the sailing, but it blew a hole in the side of the ship, which capsized. Over 260 persons died. The survivors were permitted to remain in Palestine by order of Winston Chuchill.

Le Milos par le Mossad de Tulcea 880 passagers

A second group from the Storfer transport (see Pacific No. 62). The passengers from the Melk boarded the Milos (572 tons, 1878) which sailed from Tulcea on October 19, 1940, and arrived in Haifa on Nov. 3rd. Some of the passengers were put on the Patria, but most were deported to Maruitius. (See Atlantic, No. 64)

L'aTLANTIC par Storfer de Tulcea 1771 passagers

The third ship carrying Storfer's transport, the Atlantic (1,030 tons, 1885) took on the refugees who came down the Danube on the Schönbrunn and Helios. Although she sailed first on October 7th, she arrived in Haifa last. The ship with 1,771 refugees was described as "grossly overcrowded, standing room only on deck; below lack of ventilation and light; no ablution or laundry facilities; no proper cooking facilities." TheAtlantic passengers were taken to Athlit Camp. The British government had announced that any Jews without papers arriving in Palestine would be deported and the refugees were taken to Mauritius where they spent the war. (See also Pacific, No. 62)

 

Struma 767 passagers 16/12/1941

The 74-year-old steamer Struma, (240 tons, 1867) with 767 people crowded on board, left Constanta on December 11, 1941 flying the Panamanian flag. The boat was detained at Istanbul as unseaworthy and remained in the harbor; the passengers were not allowed ashore. British authorities wanted the ship returned to Romania. After two months of negotiations, the ship with broken down engines was towed into the Black Sea where it was found by the Soviet submarine SC-213 and torpedoed, on February 24th. There was one survivor of this tragedy.

 

On August 27, 1945, the 900 survivors of the Atlantic passengers deported in 1940 (see No.64) arrived at Haifa from Mauritius where they had been detained during the war. Some 150 had died in Mauritius.