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Être Juif
Questions sur la judéité

6 octobre 2003 par Daniel Biro Walker

 

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      J'ai reçu ce témoignage, il mérite toute notre attention, par ce que c'est  une excellente entrée en matière pour un débat plus général sur le thème de la judéité, en particulier et de l'appartenance en général.   L'auteur est décédé en 2011, il a eu une cérémonie chrétienne, boudhiste et à souhaité qu'un kadish soit récité en son honneur à la synagogue.     

 
  Publié le 6 octobre 2003
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Le présent mail est un peu long. En résumé, il part de quelques morceaux d'histoire personnelle pour se continuer sur des réflexions sur : la judéité, le droit des juges de la judéité, les femmes non juives, la discrimination raciale, le racisme orthodoxe, ...


 paulette      Je n'ai pas encore glissé dans le texte les références exactes qui autoriseraient des évolutions, mais pour ceux que cela intéresse, "le judaïsme libéral" de Pauline Bèbe (ndlr : Voir aussi  dictionnaire des femmes et du judaïsme du même auteur, sa communauté est la CJL) donne de nombreuses références.
      Ces réflexions ne sont pas abouties, il s'agit de pistes, de débats que je vous soumets dans l'espoir qu'à la lueur de vos questions, réponses, ... je pourrai produire petit texte propre à clarifier les choses (pour moi et peut-être quelques autres)..

     Le film le tango des Raschevski a agi sur moi comme un détonateur, car j'y ai trouvé l'expression tendre de nombreuses choses qui habitaient mon coeur et mon esprit. De même, ma femme m'a aidé à porter un regard d'amant sur des questions que l'esprit peine à résoudre. N'oublions jamais que le cantique des cantiques n'est ni une responsa, ni un commentaire du commentaire du commentaire ....

     Juif né d'une mère non-juive, pas circoncis et christianisé, j'ai rejoint le DROR dans mon adolescence, après la guerre des 6 jours qui sûrement réveilla des sentiments enfouis dans le coeur de mon père. Puis, jeune adulte, la vie m'a gardé en France et j'ai vécu comme un "français d'origine juive". J'ai épousé la femme que j'aimais, mes enfants vinrent français, avec des prénoms français, un baptême républicain et un accueil catholique. Mais j'avais peint sur ma maison le mot shalom, ainsi que les trois signes : l'étoile juive, la croix et le croissant.

    Plus tard, en 1993, vivant dans la cité internationale de banlieue Evry, j'ai entrepris un chemin, non de techouva, mais de conscience, de clarification et de développement de ma judéité. Chemin maladroit, sinueux, difficile, semé d'erreurs, de désillusions, mais aussi d'apprentissages, de joies et de croissance individuelle.
En 1994, je crois, j'ai participé à un séder laïque organisé par la toute jeune UJFP. Une étape fut close cette année 2003 lorsque je participai au séder de la communauté de Dijon.

     Je sais aujourd'hui que, membre de la communauté, loyal et correct, juif de coeur et d'esprit, je serai toujours et d'abord un français, marié à une française que j'aime avant tout, et père d'enfants français qui fonderont les familles qu'il leur plaira avec les femmes ou les hommes qu'ils aimeront.
     Je sais aussi que je resterai toujours un goy pour de nombreux juifs et en particulier pour les institutions religieuses. Car, je suis sûr aujourd'hui que jamais je n'accepterai ces fourches caudines que nous impose le consistoire.

     En effet, c'est ainsi, la judéité officielle, dans ce pays où les libéraux et les laïques sont minorité, la judéité donc, fait l'objet de jugements dont les critères sont d'abord raciaux. Qu'importe la conscience de l'individu, la foi du croyant ou les principes du laïque, sa culture juive ou non, son héritage familial, la judéité est d'abord fonction d'un critère racial : ta mère est-elle juive ?

    Et sur cette base, l'on demandera au guer un apprentissage difficile, archaïque et injuste là où suffit au "juif automatique" de produire une ketouba. La conversion va exiger du guer le respect de toutes sortes de mitzvots que la plupart des juifs automatiques ignorent superbement. Il va devoir adhérer aux conceptions les plus obscurantistes du judaïsme (ah, le charme des anges, le pragmatisme du Paradis, ...) et surtout imposer à sa famille le poids de pratiques religieuses souvent hors du temps. Au mépris de la liberté de ceux qu'il aime, voire au risque de leur amour.

     Il y a dans ce parcours de conversion un condensé de toutes les raisons qui condamnent à terme les communautés à l'intégrisme. Et si l'on considère les 60% de mariages mixtes chez les juifs de France, il semble suicidaire de perpétuer l'alternative exclusion/conversion orthodoxe.

    Au contraire, l'héritage culturel et religieux juif devrait inciter le consistoire à un dépassement des barrières raciales et à la remise en cause des pratiques anciennes.
Ces remises en question n'ayant rien de contraire à la Loi.
En effet, l'archéologie, la linguistique, ... nous démontrent aujourd'hui à quel point il importe de ne pas s'arrêter à la lettre des textes compte tenu des conditions de leurs productions : quasiment toujours  en décalage chronologique avec l'histoire, souvent inspirés par les nécessités politiques de l'époque (en particulier au service du royaume de Juda), généralement produits et reproduits avec la précision relative d'une époque où la bureaucratie exacte laissait la place à la poésie et la morale, ...
    De plus, les libéraux ont depuis plus d'un siècle mené de nombreuses études et recherches qui montrent combien les textes eux-mêmes autorisent les évolutions.
Enfin, il est évident que s'il y a du divin dans nos textes, l'idée d'un dieu chef de bureau dictant le rapport est aussi ridicule et stupide que celle d'un dieu épicier notant sur de grands livres le nombre mitzvots par client avant de recaler son crayon à juger divinement entre son oreille et ses cheveux gras.

    Des devoirs d'accueil de l'étranger devraient imposer un accompagnement éclairé et tolérant des conjoints non juifs dans la découverte de la culture juive.

De plus, le respect dû à l'individu et celui dû à la famille devraient inspirer un assouplissement des mitzvots pour permettre aux conjoints non-juifs de pratiquer sans se renier les rituels en l'occurence plus culturels que cultuels. Et le lien indestructible qui existe entre le religieux et le civil devrait être revu à la lumière de la générosité et de l'intelligence pour permettre une interprétation individuelle (et le cas échéant laïque) des pratiques et rituels qui rythment la vie juive.
De même, il y a une cruauté certaine à imposer aux familles de vivre les déchirements qui sont la conséquence de l'alternative exclusion/conversion.

     Il existe aujourd'hui une conscience individuelle de l'individu qui rend inacceptable l'obligation pour la femme d'adhérer à la foi de son mari. Il y a là un viol de conscience. De même, l'exclusion des enfants non juifs apparaît comme une attitude pleine d'inhumanité et de mépris pour le reste de l'humanité. Ce qui est contraire à l'esprit de la tora.

      Quant à l'éducation orthodoxe des enfants, elle semble en contradiction avec les idéaux de liberté individuelle (comme avec l'exigence de sincérité qui devrait accompagner toute démarche religieuse) dans la mesure où le judaïsme va peser sur l'enfant et le jeune comme une fatalité raciale au lieu d'être l'objet d'un libre choix à l'âge de raison.

      Enfin, pour le peuple juif installé en France et donc français, les choix imposés par la majorité orthodoxe se traduisent par une exclusion de la communauté pour les juifs laïques et même parfois pour ceux qui pourraient choisir la voie libérale.

Notes : Séder de l'hébreux "ordre", le séder est une cérémonie  religieuse et gastronomiques  qui suit un ordre traditionnel, c'est une sorte de psychodrame, et depuis des millénaires nous revivons la sortie d'Egypte la nuit de  Pâque (Pessah' ). 
   

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