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François Hollande en Algérie (documents)


mercredi, 02-Jan-2013
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Le discours d'Hollande reçoit un accueil mitigé en France

 

 

RÉACTIONS - Le PCF salue un «pas en avant» quand l'UMP parle d'un discours «hémiplégique». Pour le FN, la France «s'abaisse sur la voie de la repentance».

L'intervention, jeudi, devant les parlementaires algériens de François Hollande, qui a reconnu la souffrance infligée au peuple algérien, a suscité de nombreuses réactions politiques en France.

Pour Thierry Mariani, député UMP des Français de l'étranger, François Hollande n'a évoqué «qu'un seul versant de l'histoire». «Pourquoi ne rappelle-t-il pas également les nombreux apports de la colonisation à l'Algérie en termes d'infrastructures, d'équipements, de soins?», a-t-il demandé. Le député a regretté que les souffrances des pieds-noirs, des Harkis et les «massacres des Européens» aient été oubliés par François Hollande. Comment ne pas être déçu et se sentir trahi par cette vision partisane et hémiplégique de l'Histoire?», a-t-il conclu.

Une opinion partagée par Éric Ciotti, député UMP des Alpes-Maritimes, qui juge que le président français a «cédé une fois encore à la repentance, oubliant de prendre l'histoire dans sa globalité» et n'ouvrait «aucune perspective sérieuse de réconciliation durable».

De l'avis de la présidente du Front national, Marine Le Pen, le discours de François Hollande a posé «les bases d'un avenir extrêmement malsain entre la France et l'Algérie». «Il condamne triplement notre pays, l'abaissant encore un peu plus sur la voie de la repentance d'abord, de l'immigration massive ensuite et des délocalisations enfin», déclare l'eurodéputée. Elle accuse François Hollande d'avoir «revisité l'histoire dans le sens d'une violente charge contre la France» «Rien sur les aspects positifs de la colonisation, rien non plus sur les crimes algériens contre les harkis, mais une nouvelle dépréciation systématique de notre pays, de notre histoire et de notre peuple», a-t-elle ajouté.

De son côté, Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche a qualifié le discours de François Hollande d'«historique», assurant que le chef de l'État avait su «trouver les mots justes pour parler avec lucidité et objectivité à la fois au peuple algérien et au peuple français», dessinant les contours d'un «chemin de réconciliation et d'avenir» pour les deux pays. «Ce que la France et l'Allemagne ont su faire, la France et l'Algérie doivent le faire maintenant», conclut le député du Tarn-et-Garonne.

Dans un communiqué, le Parti communiste français (PCF) a admis que François Hollande avait fait «en termes mesurés, un pas en avant dans la reconnaissance de la vérité sur le colonialisme français en Algérie». «Cependant, il n'est pas allé au bout de ce qu'il fallait faire: reconnaître la responsabilité de la France dans les crimes d'État et les pratiques inhumaines qui ont caractérisé ce qui fut la politique de l'Etat français».

 

Au deuxième jour de sa visite d'État dans l'ancienne colonie, le président français a dénoncé jeudi le système colonial «profondément injuste et brutal» instauré en Algérie durant 132 ans par la France.

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Envoyé spécial à Alger

François Hollande avait promis de dire la «vérité» sur le passé de la France en Algérie sans basculer dans la repentance. Il est passé à l'acte jeudi matin à la tribune du palais des nations d'Alger devant les représentants des deux chambres du Parlement algérien. «Nous devons la vérité à tous ceux pour qui notre histoire commune reste douloureuse, blessée, avec des cicatrices qui peinent, 50 ans après, à se refermer», a-t-il affirmé d'emblée. «Pendant 132 ans, l'Algérie a été soumise à un système profondément injuste, brutal et destructeur. Rien ne peut justifier les agressions commises contre la population algérienne. Je reconnais ici les souffrances que le système colonial a infligées au peuple algérien.» Et de revenir sur les massacres commis par la France et en particulier sur celui de Sétif, le 8 mai 1945. «À Sétif, la France a manqué à ces valeurs universelles qu'elle a contribué à faire éclore.» «Nous devons le respect à toutes les mémoires. Et donc la vérité sur la violence, sur l'injustice, sur la torture», a insisté le président français.

François Hollande propose aux Algériens et aux Français de contribuer ensemble à établir les circonstances dans lesquelles s'est déroulée la guerre d'Algérie en ouvrant toutes les archives aux historiens pour que «de part et d'autre, les ressentiments s'effacent pour que la paix des mémoires repose sur la connaissance du passé et non sur l'occultation des mémoires».

«Des liens intimes, profonds et uniques»

Après avoir dénoncé, comme son prédécesseur Nicolas Sarkozy en 2007 à Constantine, les crimes du système colonial, le chef de l'État a eu quelques mots pour les rapatriés. «Au-delà des oppositions et des fractures, au-delà même des fractures et des deuils, demeure la relation nouée par des Français d'Algérie avec le peuple algérien.»

Soucieux de tourner la page et de se tourner vers l'avenir, François Hollande a rappelé «les liens intimes, profonds et uniques» entre les deux pays. «Sur les 900.000 Algériens qui résident à l'étranger, 700.000 vivent en France… Près d'un million de Français sont nés en Algérie, ils gardent malgré les déchirements ce pays dans leur cœur… Des millions de Français ont la passion de l'Algérie.»

Le président reprend à son compte l'idée d'une communauté méditerranéenne inspirée du projet d'Union pour la Méditerranée (UPM). «La France et l'Algérie peuvent devenir le moteur de cette construction comme la France et l'Allemagne ont été après la guerre le moteur de la construction européenne», a-t-il assuré. «La mer ne nous sépare pas, elle nous unit», a ajouté François Hollande sous les applaudissements des parlementaires algériens.

 

Hollande est prêt pour la vérité mais les Algériens le sont-ils ?






Le chef de l'Etat français a dénoncé jeudi le système colonial "profondément injuste et brutal" instauré en Algérie par la France et a reconnu les "souffrances" du peuple algérien. Pour favoriser "la paix des mémoires", François Hollande a appelé à l'ouverture des archives des deux pays.

En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/hollande-est-pret-pour-verite-mais-algeriens-sont-ahmed-rouadjia-584481.html#2HITzlVLUEjCsmXj.99

Atlantico : Le président de la République a dénoncé hier le système colonial "profondément injuste et brutal" instauré en Algérie par la France et a reconnu les "souffrances" du peuple algérien. Pour favoriser "la paix des mémoires", François Hollande a appelé à l'ouverture des archives des deux pays. Les Algériens sont-ils vraiment prêts à faire le travail de mémoire qu’a opéré la France ? Vont-ils jouer le jeu de l'ouverture des archives ?

Ahmed Rouadjia : D’abord, je pense qu’en dénonçant le caractère "profondément injuste et brutal" du système colonial expérimenté en Algérie durant la colonisation et en reconnaissant publiquement les "souffrances" endurées par le peuple algérien du fait de ce même système, le président François Hollande ne l’a pas fait  démagogiquement pour plaire à ses hôtes algériens, ni pour caresser dans le sens du poil leur nationalisme à fleur de peau, mais il l’a fait de manière sincère. Sincère, parce que François Hollande et les hommes de sa génération, quelle que soit leur filiation idéologique, n’étaient point responsable du système colonial, et dont beaucoup d’entre eux avaient dénoncé dans leur jeunesse militante, voire anticolonialiste pour certains d’entre eux, le caractère injuste.

Quant à la "la paix des mémoires" que François Hollande appelle de ses vœux, paix que concrétiserait l’ouverture des archives des deux pays, elle me semble témoigner, là encore, d’une volonté sincère et transparente de la part de François Hollande de vouloir  en finir avec la guerre des mémoires" qui déchire les deux pays depuis quelques décennies… Mais cette volonté du chef de l’Etat français risque fort bien de se heurter aux résistances des lobbies de la mémoire qui ont une relecture subjective et partisane du passé et qui préfèrent plutôt camper sur leurs positions idéologiques actuelles, roides et intransigeantes, que de se fonder sur des archives solides qui pourraient décevoir leurs attentes…

Côté français, les archives sont officiellement  accessibles à qui voudrait découvrir les vérités longtemps frappées du sceau du secret et l’on dit même depuis des années que de vastes chantiers de la mémoire ont été ouverts… Cela est vrai pour ce qui concerne les deux grandes guerres, pour lesquelles un travail considérable  de mémoire a été effectué par les historiens français, notamment sur les crimes nazis et staliniens, sur la Shoah, et sur  le génocide réel ou supposé des Arméniens par la Turquie ottomane, mais ce qui est cependant moins vrai, c’est que les archives sur la guerre d’Algérie, et de manière générale sur les "hauts faits d’arme" de la France en Algérie depuis 1830 sont encore pour une grande partie maintenues secrètes tant elles comportent bien des aspects compromettants ou désagréables…

Côté officiel algérien, la culture du "secret" est si forte et si enracinée dans l’imaginaire  aussi bien des acteurs politiques que dans l’imaginaire social, qu’il est très difficile d’espérer voir s’ouvrir les archives aux chercheurs nationaux. Ces archives recèlent en effet des secrets bien gardés, et l’on n’est guère prêt à les divulguer pour l’instant, de crainte d’ouvrir la grande Boite de Pandore d’où s’échapperaient tous les "défauts" ou les  "vices" rédhibitoires de "la Révolution glorieuse". Ainsi, pour les officiels algériens, et surtout pour les Anciens Moudjahidine (les combattants de la guerre sainte) issus du FLN et de l’ALN ( armée de libération nationale), et des anciens officiers du MALG (Ministère de l’Armement des Liaisons Générales) dont le Ministre de l’Intérieur actuel, Ould Kablia, en est une des figures symboliques, la Révolution algérienne a été sans taches, transparente à elle-même, pure, et immaculée comme la Vierge, et ne saurait  de ce fait même faire l’objet de quelque critique que ce soit. Si un travail de mémoire devait se faire à son propos, il devrait se faire sur le mode de l’apologie et de l’exaltation de sa geste "héroïque". Dire qu’elle a eu ses victimes et ses bourreaux, qu’elle avait procédé en son sein à des éliminations et à des purges en quantité, ça relève d’un acte sacrilège, et qui porte de graves atteintes à l’image de la Révolution ainsi qu’à "l’honneur" de ses acteurs premiers, morts et vivants.

Ouvrir dans ces conditions les archives nationales à ceux qui voudraient effectuer un travail sérieux de mémoire, fondé sur des faits matériels  et encadré par une approche critique et impartiale, voilà qui risque de donner un coup de grâce au Mythe d’une révolution algérienne pure et irréprochable, mythe qui seul fonde en partie la légitimité du pouvoir politique algérien en panne de représentation authentique. C’est ce mythe qu’on cherche à entretenir, à perpétuer, et ouvrir les archives équivaut à le casser définitivement, et c’est ce qu’on cherche à éviter à tout prix, quitte à transformer tous nos historiens présents et futurs en véritables meddah ou apologistes de la Révolution et de ses "héros"…

Le plus affligeant, c’est  qu’une bonne partie des travaux universitaires réalisés ces dernières années (magistères, thèses, articles de revues…) au niveau de certains départements d’histoire de nos universités s’inspirent du discours officiel et de celui des organisations déjà citées et dont les témoignages oraux (et parfois écrits) forment la pâture essentielle de ces travaux indigestes en raison à la fois de leur caractère apologique qu’en raison de leur caractère répétitif et fastidieux…

50 ans plus tard, la guerre d’Algérie cache t-elle encore des secrets ? Sur quels évènements précis les Algériens attendent-ils des déclarations ?

Je viens de le dire, les secrets que l’on veut bien garder de ce côté –ci, ce sont justement les dissensions, les purges opérées dans les rangs de l’ALN et du FLN, suite à la "bleuite",  ainsi que  les assassinats de véritables héros, comme Abane Ramdane et bien d’autres, accusés de trahison ou de "déviance" par rapport à la Révolution… Quant à ce que les Algériens attendent de la France comme déclaration, c’est qu’elle fasse amende honorable en confessant à la face du monde qu’elle a bel et bien commis des crimes en mai 1945 à Sétif et à Khrrata, après avoir trahi sa promesse de donner l’indépendance aux algériens en guise de récompense pour leur participation  active à la guerre contre l’Allemagne nazie ; et qu’elle demande "pardon" aux algériens en reconnaissant publiquement ses actes "génocidaires".

La vérité est-elle vraiment de nature à "apaiser les mémoires" ? Cela ne risque-t-il pas au contraire de raviver les tensions nationalistes ?

Justement, comme dit la sagesse populaire, la vérité n’est pas toujours bonne à dire ; elle est désagréable même dans certain cas. Comme je viens de vous le dire, l’ouverture des archives de part et d’autre de la Méditerranée risque de remuer des souvenirs désagréables et des plaies qui ne manqueraient pas justement de faire le lit des ultra-nationalistes des deux bords en aggravant encore les tensions et les malentendus entre les deux pays, qui n’en ont pas vraiment besoin. Mais entre la vérité et l’oubli, que choisir ? Je serai bien tenté de dire avec Ernest Renan qui, évoquant le conflit séculaire franco-allemand, écrit que : "L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger." Et plus loin, Renan ajoute en s’interrogeant : "Est-il certain que les Allemands, qui ont élevé si haut le drapeau de l’ethnographie, ne verront pas les Slaves venir analyser, à leur tour, les noms des villages de la Saxe et de la Lusace, rechercher les traces des Wiltzes ou des Obotrites, et demander des comptes des massacres et des ventes en masse que les Othons firent de leurs aïeux ? Pour tous il est bon de savoir oublier." ( in Qu’est-ce qu’une nation ?)

En fin de compte, les dirigeants algériens sont-ils vraiment à la recherche de la "vérité" ou n’est ce qu’un prétexte pour mettre la pression sur le gouvernement français, notamment sur les questions migratoires ou économiques ?

Il y a certainement les deux choses qui sous-tendent leur démarche. Pour ce qui concerne la recherche de "la vérité", ils la veulent de manière unilatérale. Ils cherchent une vérité qui servent leurs desseins politiques, mais en même temps, il est difficile de ne pas croire qu’ils ne sont pas, par ailleurs, mus par un sentiment nationaliste ou patriotique et que renforcent chez eux les pressions des lobbies organisés, mais aussi le petit peuple qui se montre fort réceptif aux discours de ces derniers qui exigent du gouvernement de rechercher et de faire éclater la vérité sur les crimes de la colonisation… Mais de l’autre côté, l’exigence ou la demande de "repentance" pourrait être considérée, je l’ai déjà dit, comme une sorte de pression ou de chantage exercé par le gouvernement algérien pour obtenir de la France certains "avantages" économique et financier, et des assouplissements en matière de circulation des personnes entre les deux pays… Mais en dehors de la demande de repentance, l’Algérie dispose de plusieurs atouts, de plusieurs cartes à jouer pour "équilibrer" ses relations politique et économique avec la France. Outre le pétrole et le marché algérien dont les capacités absorption de produits et de capitaux français sont énormes, l’Algérie est un grand pays qui constitue une charnière entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne, et figure sur le plan stratégique à la pointe de la lutte contre le terrorisme dans cette région comme dans la lutte contre l’immigration clandestine tant en direction de l’Algérie qu’en direction de l’Europe. Si l’Algérie ne peut pas, pour des raisons historiques, de proximité géographique et culturelle, se passer de la France, celle-ci ne saurait non plus se passer des "services" nombreux que l’Algérie peut et pourrait lui apporter aussi bien en temps de paix qu’en temps de troubles ou de crise économique… Telle est mon analyse rapidement esquissée sur les relations de ce couple franco-algérien conflictuel, mais absolument inséparable…

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

 

L’infamie de François Hollande en Algérie

21 décembre 2012 par: Guy Millière

 

Le gouvernement de la France aujourd’hui conduit lentement le pays vers la ruine économique et financière. Je devrai y revenir. Ce ne sont pas les occasions qui manquent. Il conduit aussi la France davantage chaque jour vers la déchéance morale et vers une multitudes de falsifications qui broient la connaissance et qui réduisent l’histoire à une litanie propagandiste.

Cette déchéance et quelques unes de ces falsifications se sont révélées pleinement lors du voyage que François Hollande vient d’effectuer en Algérie.

Le régime algérien semble soudain impeccable.

Il fut un temps où, quand un Président français se rendait dans un pays peu démocratique, il manifestait un minimum de réserve : nous n’en sommes visiblement plus là. Le régime algérien semble soudain impeccable. François Hollande n’est pas le premier à se conduire de cette façon en Algérie, mais il l’a fait de manière plus insistante, comme si la France en était quasiment réduite à la mendicité et avait besoin, au travers de son Président, de s’humilier publiquement. Dire que la France se situe d’ «égal à égal» avec l’Algérie n’était pas nécessaire, et constitue un honteux abaissement. Quelle sera la prochaine phrase à ce rythme : dire « le Parti Socialiste doit prendre exemple sur le FLN » serait peut-être envisageable dans un an ou deux, pourquoi pas ?

François Hollande disait ne pas vouloir faire repentance ou s’excuser du passé de la France : il a fait pire. Il a traité le passé de la France comme s’il était réécrit par un propagandiste de bas étage.

Il a dit vouloir transcrire la « vérité sur les mémoires blessées ». Mais il a piétiné des millions de mémoires blessées.

« Les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien », a-t-il osé glisser dans son discours. Sait-il ce qu’était l’Algérie avant la France ? Sait-il, puisque ce sont, en partie, ses sources d’inspiration, ce que Marx et Engels écrivaient concernant la barbarie de l’Afrique du Nord au temps où la colonisation a commencé ? Sait-il quoi que ce soit des actes de piraterie commis depuis le port d’Alger ? Sait-il quoi que ce soit du statut de dhimmi auquel étaient soumis les Juifs ? Que sait-il de l’affront fait à la France par Hussein Dey en 1830 ? Sait-il que la France a bâti l’Algérie, villes et routes, villages, écoles, hôpitaux ? Sait-il même que la colonisation était au dix-neuvième siècle une idée de gauche, menée au nom du progrès et de la civilisation ? Sait-il qui étaient les Français installés en Algérie ? Il y avait des grands propriétaires terriens, bien sûr. Ils étaient très peu. Il y avait, sans doute, des gens condescendants vis-à-vis de la population arabe, et des gens brutaux. Mais il y avait une multitude de gens qui cultivaient humblement la terre, tenaient des commerces, exerçaient les activités de médecin, d’instituteur, d’ingénieur. Seulement de la souffrance infligée, tout cela ? Quelle façon de cracher sur des millions de Français et sur leurs descendants !

« Les massacres de Sétif, de Guelma et de Kherrata », a-t-il ajouté. Il y a eu à l’époque, en 1945, des manifestations qui ont tourné à l’émeute. L’armée française est effectivement intervenue brutalement. Il y a eu aussi des dizaines de morts Français. François Hollande le sait-il ? Ou considère-t-il que ce sont des Français inférieurs aux Français vivant en France à l’époque et inférieurs aux Algériens ?

Quant aux crimes commis pendant la guerre d’Algérie, parlons-en ! L’armée française a commis des exactions, sans doute. Il serait difficile de trouver une armée en guerre qui n’en commet pas (ce n’est pas une excuse, mais un constat).

Mais François Hollande sait-il que la première victime du FLN fut un jeune instituteur assassiné de sang froid ? Connait-il l’ignoble et abjecte barbarie du FLN, dont fait partie jusqu’à ce jour son « égal » Bouteflika ? Connait-il les massacres commis par le FLN, les attentats terroristes dans des cafés, des restaurants, des marchés, les tueries de villages entiers, les mutilations ? Ignore-t-il que si l’armée française a utilisé la torture, le FLN l’a utilisée aussi, et d’une manière infiniment plus cruelle et répugnante ? Ignore-t-il les liens entre les organisations qui ont précédé le FLN, et dont il est issu avec des dignitaires nazis et des anciens des divisions SS créées par Amin al Husseini dans les Balkans ?

N’a-t-il vu aucune des multiples photos de corps passés entre les mains du FLN (telle celle publiée par Michel Garroté dans un article sur le sujet hier) ? Sait-il ce qui est arrivé aux harkis, ces Algériens qui avaient eu le malheur de choisir la France et que le général de Gaulle a abandonné avec cynisme et lâcheté ? Sait-il dans quelles conditions ont dû partir des centaines de milliers de Français ? Et puisqu’il a choisi la date du 19 mars pour désigner la fin des combats, sait-il ce qui s’est passé après le 19 mars ?

Sait-il ce que le FLN a fait de l’Algérie depuis 1962 ? Sait-il l’état de l’économie et de la société algérienne ? A-t-il aperçu les terres autrefois fertiles retournées au désert, qui, au Sud, ne cesse d’avancer ? Comprend-il pourquoi on lui demande surtout des visas pour la France ? N’a-t-il jamais entendu des Algériens dire qu’ils regrettent le temps de la France ? Il n’est pourtant pas difficile d’en trouver, sauf si l’on est sourd, muet et aveugle. Mais peut-être François Hollande est-il sourd, muet et aveugle. Peut-être est-il dans un état pire que s’il était sourd, muet et aveugle, en état de mort cérébrale.

La France n’est pas l’égale de l’Algérie, elle glisse en dessous de l’Algérie, en position de serpillère

Si François Hollande et le gouvernement actuel sont ce que mérite la France, François Hollande se trompe, la France n’est pas l’égale de l’Algérie, elle glisse en dessous de l’Algérie, en position de serpillère. Quand François hollande ne sera plus Président, il ne pourra pas même prendre la fonction de manche à balai pour que la serpillère passe et efface ce qui reste à effacer, il n’a pas assez d’épine dorsale pour être un manche à balai.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour www.Dreuz.info

 

Hollande en Algérie : trop subtil pour des médias amnésiques ?

Samedi 22 Décembre 2012 à 14:00

http://www.marianne.net/Hollande-en-Algerie%C2%A0-trop-subtil-pour-des-medias-amnesiques%C2%A0_a225325.html
Eric Conan
- Marianne

Pourquoi la plupart des commentateurs français, à l’exception du Monde, n’ont-ils retenu du remarquable discours prononcé à Alger par François Hollande que la partie la moins nouvelle ? Peut-être parce que ce texte surprenant pêche par excès d’habileté pour une presse qui ne cesse de rabâcher les mêmes ronrons sur le sujet au point de ne plus pouvoir entendre – ou comprendre – autre chose.

Anis Belghoul/AP/SIPA

« Pendant cent trente-deux ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste, brutal et destructeur. Je reconnais ici les souffrances que le système colonial a infligé au peuple algérien ». Tous les médias ont cité en boucle, et souvent en titre, ces phrases évidentes et qui ne constituent pas une rupture, les prédécesseurs de François Hollande ayant déjà dit à peu près la même chose. Mais cela suffit à Libération, estimant ce voyage « décevant », pour parler de « rendez-vous manqué ». Pourquoi ? Parce que « François Hollande n’a pas présenté les excuses de la France ». Hors cette question, rien ne semble intéresser Libération dans ce discours présidentiel pourtant riche et plein de sens.

François Hollande avait habilement déminé le terrain la veille en lâchant de manière informelle qu’il ne fallait attendre de lui ni « repentance » ni « excuses ». Chacun était prévenu et c’est le thème de la « vérité » et de sa « reconnaissance » qu’il a préféré développer devant les deux assemblées algériennes réunies au Palais des nations. Mais dans un texte particulièrement astucieux, à double-emploi, dont la syntaxe soignée permettait de s’adresser en fait autant aux Français qu’aux Algériens.

En disant que « rien ne se construit de solide sur la dissimulation, l’amnésie ou le déni », en ajoutant que « la vérité n’abime pas, elle rassemble » et que « l’histoire, même quand elle est tragique, doit être dite », il parlait aussi aux officiels d’un régime qui a un sérieux problème avec la vérité de son Histoire, qu’il s’agisse de la Guerre d’Algérie ou de l’épisode tragique du terrorisme et contre-terrorisme des années 90. « Etablir la vérité, c’est une obligation qui lie les Français et les Algériens », a insisté le Président, précisant de manière transparente qu’il fallait que « cette vérité soit connue de tous » et qu’elle « était due à toutes les jeunesses ». Pour que les points soient mis sur les « i » (mais la sobriété de leurs applaudissements montrait que les officiels algériens avaient compris le double message présidentiel), il a aussi insisté sur les progrès à faire en matière d’ouverture des archives pour établir cette « vérité ». Or il est de notoriété historienne que « si l’accès aux archives n’est pas parfait en France, il est beaucoup plus problématique en Algérie », comme le dit Sylvie Thénaut, auteur de L’Histoire de l’Algérie coloniale (La Découverte).

Mais c’est dans le choix des « grandes consciences françaises » qui ont su « s’élever contre l’injustice de l’ordre colonial » que ce discours surprend et innove le plus même si peu de journalistes (gêne ou inculture ?) l’ont relevé. François Hollande rompt brutalement avec le vieux référentiel de la gauche française qui n’a cessé de vouloir faire oublier son rôle premier dans la colonisation et la Guerre d’Algérie (de Jules Ferry à Mitterrand et passant par Guy Mollet) en brandissant la mythologie des « porteurs de valises » et autre faire-valoir du FLN, de Jean-Paul Sartre à Frantz Fanon en passant par Francis Jeanson et Henri Alleg. Pas un mot de François Hollande sur ces noms habituellement cités à gauche dans le discours d’Alger où l’on sent la patte de l’historien Benjamin Stora.

A la place, le président a choisi des références qui attestent d’une volonté d’envoyer des messages communs à la gauche française et à la vieille garde algérienne. Comment ? En ayant l’audace de citer Clémenceau, républicain inflexible, qui combattit le colonialisme de Jules Ferry. En choisissant aussi de citer André Mandouze, intellectuel catholique résistant, fondateur de Témoignage chrétien, favorable très tôt à l’indépendance de l’Algérie quand Mitterrand, ministre, refusait de gracier un activiste qui n’avait projeté que de faire sauter un dépôt d’essence. Et Mandouze voulut rester enseigner, après l’indépendance, mais y renonça vite comme des milliers de « Pieds rouges », ces français militants, qui, vite déçus par la nouvelle Algérie, rentrèrent en France. Autre transgression, François Hollande préfère parler de Camus et Mauriac plutôt que Sartre et Fanon. Mais surtout, il a mis en avant la grande Germaine Tillion. Un exemple aussi symboliquement accusateur pour la gauche française que pour la mythologie algérienne.

Cette grande anthropologue travaillant dans les Aurès représente une position qui fut avec mépris qualifiée de « néocolonialiste » par le FLN et une partie de la gauche. Germaine Tillion, critique féroce du système colonial, plaida pour une union des peuples français et algérien autour de ce que la France avait de meilleur, sa promesse d’égalité et de prospérité économique. Elle écrit qu’après l’indépendance ce serait le chaos. Elle se confronte au FLN, dont elle rencontre des dirigeants pour leur dire que le choix des attentats civils aveugles en fait des « assassins ». Elle dénonce tant la torture de l’armée française, qui rappelle la Gestapo à cette ancienne résistante rescapée de Ravensbrück, que les massacres du FNL qui livre un guerre civile au peuple algérien. Dénonçant « poseurs de bombes » et « porteurs de valises », elle écrit à de Gaulle qu’il faut en passer par une négociation politique avec les rebelles pour arrêter cette guerre sanglante. Ensuite, elle n’a cessé de refuser l’écriture de l’histoire de la Guerre d’Algérie comme une simple confrontation entre colonisateurs et colonisés, oppresseurs et opprimés, dominateurs et dominés.

C’est cette femme admirable et inclassable, mauvaise conscience de la gauche et de la cause algérienne que François Hollande a eu le cran de citer devant tous les officiels algériens. Et personne ne le relève. Tout comme il a choisi, de citer comme père de la nation algérienne Messali Hadj, fondateur du MNA (Mouvement national algérien) dont les militants furent assassinés les uns après les autres par ceux du FNL, au cours d’une guerre civile fratricide en Algérie et en métropole de 1957 à 1960…

Qui, dans les journaux, lit encore les discours?

 


Bataille des mémoires : à l’applaudimètre de l’émotionnel, les "colonisés" seront toujours vainqueurs face aux "colonisateurs"

 

Le président de la République a estimé ce jeudi que la colonisation française en Algérie avait été "brutale et injuste". Gérard Longuet a expliqué quant à lui que "si elle était injuste, elle constituait, au regard de ce qu'était la société traditionnelle ottomane, un véritable progrès".

L'Histoire aux historiens

Publié le 22 décembre 2012

 

Atlantico : Le président de la République a estimé ce jeudi que la colonisation française en Algérie avait été « brutale et injuste ». Interrogé par Public Senat, l’ex ministre de la justice Gérard Longuet a déclaré ce vendredi matin que le colonialisme ne peut être jugé à l'aune d'aujourd'hui, et que, replacé dans son contexte historique, il a eu un bilan « acceptable » et même « positif ». Il a également ajouté que "si elle était injuste, elle constituait, au regard de ce qu'était la société traditionnelle ottomane, un véritable progrès". Cette bataille des mémoires est-elle de nature à faire avancer le débat ?

Bernard Lugan : Le débat sur la colonisation est stérile car il a échappé aux historiens pour être monopolisé par des groupes mémoriels. Or, la Mémoire n’est pas l’Histoire. L’historien est un peu comme un juge d’instruction : il travaille à charge et à décharge, alors que le mémorialiste ou le témoin sont, par définition, en pleine subjectivité. Avec le rôle « positif » ou « négatif » de la colonisation, deux mémoires se dressent ainsi l’une contre l’autre : celle des anciens « colonisateurs » et celle des anciens « colonisés ». Or, comme colonisation est devenu un mot-prison synonyme, à tort, d’exploitation, d’injustice et d’esclavage, l’incommunicabilité entre les deux mémoires est totale.

Les anciens colonisateurs ont une logique comptable, alignant le nombre d’hôpitaux construits, les pourcentages d’enfants scolarisés ou encore les kilomètres de routes quand les anciens colonisés parlent de dignité bafouée. A l’applaudimètre de l’émotionnel, les seconds sont assurés d’être les vainqueurs. Que pèse en effet un livre de comptes face à une humiliation historique, réelle, supposée ou ressentie ?

Pour tenter de « reprendre la main » les premiers devront alors mettre en avant leurs propres souffrances : exode de 1962, spoliation, attentats, assassinats, enlèvements qui ont d’ailleurs été scandaleusement oubliés par François Hollande dans son discours d’Alger. Désormais, ce sera donc Mémoire contre Mémoire. Mais dans ce type d’exercice, les jeux sont faits par avance et les anciens « coloniaux » assurés de perdre une fois de plus. En effet, et à supposer que leur part de souffrance soit prise en compte, il leur sera toujours opposé, in fine que, pour respectable qu’elle soit, la leur l’est dans tous les cas moins que celle de ceux qu’ils ont humilié en les colonisant… Les colonisateurs étant toujours présentés comme des agresseurs et les colonisés comme des victimes, nous sommes donc dans une impasse et comme je n’aime pas me sentir enfermé, je refuse d’entrer dans ce débat biaisé.
Pour autant, peut-on laisser de côté le bilan "civilisationnel" de la colonisation ?

Evidemment non car il est nécessaire de rappeler à ceux qui ne cessent d’accuser la France de les avoir colonisés, qu’à la veille des indépendances, ils mangeaient à leur faim, étaient gratuitement soignés et se déplaçaient le long de routes ou de pistes entretenues sans risquer de se faire rançonner. Mais cela avait un coût pour les Français, toutes les infrastructures créées en Afrique, ports, routes, pont, écoles, hôpitaux, voies ferrées etc., ayant été payées par les impôts de nos grands-parents.

Daniel Lefeuvre a magistralement démontré comment l’Algérie fut un insupportable fardeau pour la France. En 1959, toutes dépenses confondues, celle qu’il baptise la « Chère Algérie » engloutissait ainsi à elle seule 20% du budget de l’Etat français, soit davantage que les budgets additionnés de l’Education nationale, des Travaux publics, des Transports, de la Reconstruction et du Logement, de l’Industrie et du Commerce ! Quels intérêts la France avait-elle donc à défendre en Algérie pour s’y ruiner ainsi avec une telle obstination, l’on pourrait presque dire avec un tel aveuglement ? La réponse est claire : économiquement aucun ! Qu’il s’agisse des minerais, du liège, de l’alpha, des vins, des agrumes etc., toutes les productions algériennes avaient en effet des coûts supérieurs à ceux du marché. Quant au pétrole et au gaz découverts par des Français, ils ne furent véritablement exploités qu’après l’indépendance.

Atlantico : Vous avez écrit que "la question coloniale sert à désarmer moralement les Français". Pouvez-vous expliquer ?

Bernard Lugan : Si nous faisons le bilan, c’est pour nos sociétés européennes que la colonisation fut une catastrophe. Aujourd’hui, elle est devenue une véritable « tunique de Nessus » qui fait peser sur les générations européennes à venir une hypothèque d’autant plus lourde qu’elles ne l’ont pas signée et dont elles demanderont un jour pourquoi elle sont condamnées à en honorer les traites.

Combien de temps encore les jeunes européens accepteront-ils en effet de se soumettre aux incantations accusatoires de ceux qui veulent leur faire croire que, puisque, et par postulat, leurs grands-parents ont « pillé » l’Afrique, ils sont donc condamnés à subir et à réparer ? D’autant plus qu’ils ont sous les yeux le spectacle de ceux qui, tout en accusant la France de tous les maux, forcent cependant ses portes pour y trouver de quoi survivre ou pour s’y faire soigner. Laissons parler les chiffres. Il y eut au maximum 1 500 000 nationaux (ou Européens) installés dans tout l’Empire français, dont les deux tiers dans la seule Algérie. Or, aujourd’hui, les populations originaires de notre ancien empire et vivant en France, comptent plus de 6 millions de personnes, naturalisés compris, soit quatre fois plus qu’il n’y eut de « colons ». Là est le vrai bilan colonial.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud
En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/bataille-memoires-applaudimetre-emotionnel-colonises-seront-toujours-vainqueurs-face-aux-colonisateurs-bernard-lugan-585189.html#eA0hr24Y2eQyw8qF.99


 

Hollande et Messali Hadj, le fantôme de l’histoire algérienne

Samedi 22 Décembre 2012 à 14:00

Claude Askolovitch - Blogueur associé


(Messali Hadj, chef du Mouvement National Algerien (MNA), lors d'un meeting à Gouvieux, le 20 mars 1961)

(Messali Hadj, chef du Mouvement National Algerien (MNA), lors d'un meeting à Gouvieux, le 20 mars 1961)

 

Paru dans Marianne

Donc, François Hollande parle de l’injustice et de la brutalité du colonialisme, et nous sommes tant frileux que ce battement de porte ouverte nous enrhumerait ? C’est ainsi que la France est malade, à la fois de ses bruits de volière (mots-valises, repentance et compagnie) et de ses étouffements.

Hollande est bonhomme. Il ne brutalise pas, chuchote une part d’histoire à l’équilibre. Après tant de postures, les morceaux de vérité dont il peuple son discours ont la grâce des brises fraiches –mais pas plus. Le discours d’Alger devait moins à l’histoire qu’à la politique : on ne fait pas d’histoire devant une assemblée parlementaire étrangère, mais de la diplomatie, au mieux. Hollande a dit aux algériens ce qu’ils voulaient entendre, a minima; il a calibré l’audible, suggéré une geste positive, nommé quelques justes (Germaine Tillion) pour que chacun s’y reconnaisse. C’était à la fois problématique par le lieu, par la tonalité et par les non-dits, et une avancée en même temps. Le tout est de ne pas en être dupes, ni insatisfaits. 

Deux remarques à cette fin.

1- Le discours sur le colonialisme, ce n’est pas aux Algériens qu’il faudrait le tenir mais en France, aux Français, patrie du crime et des criminels, dont nous sommes les héritiers. C’est en France, où l’on célébrait à l’assemblée le rôle positif de la colonisation, et où perdure dans certaines droites l’esprit de l’OAS, qu’il faudrait parler, donc dire aussi le pire : que c’est la République même, notre régime sacré, qui s’est perdue outre-Méditerranée, quand Alger, Oran et Constantine étaient des préfectures, quand on y buvait l’anisette innocente entre salut au drapeau et discours de conseiller général, comme dans le Lot ou en Seine-Inférieure.

Il ne faut pas se tromper de crime. Le folklore de Bugeaud, la casquette la casquette, la smalah d’Abd-el-kader, le soufflet du Dey d’Alger, la geste épique de la conquête, et même la sale guerre d’Algérie, la propagande, la torture et le mépris, tout cela, horrible, peut se réintégrer dans le discours national. Affaires de conquêtes et d’exploitation au départ, de lutte contre le terrorisme ensuite, d’aveuglement politique enfin. Il est aussi facile et convenu de condamner la torture que de la contextualiser. On pourra toujours opposer la petite handicapée du milk-bar plastiqué par le FLN à l’algérien passé à la gégène, les fermiers massacrés par les maquis aux assassinés des corvées de bois...

Ce qui est irréparable se situe ailleurs, au-delà-même des tueries, dans la perversion d’une idée politique, dans ces mots, «Algérie Française», qui étaient une vérité horrible. Quand l’Algérie était la France, au meilleur de la république, quand elle inventait Camus, quand Alger était la capitale du gaullisme de résistance et l’âme même du pays, quand le peuple pied-noir votait progressiste – quand cette France idéale, miniature, en quintessence, s’adossait pourtant à la négation d’un pays. La République posée sur le déni d’âme et de citoyenneté, sur l’égalité refusée à la population indigène, la République sur l’esclavage civil...

Le massacre de Sétif, le 8 mai 1945, n’est pas une aberration mais une logique même. Exécutés par les troupes françaises, les algériens n’étaient pas, chez eux, de la même humanité. Hollande l’a évoqué à Alger, à mots chuchotés. Mais au fond, cela nous regarde, nous, Français, et concerne peu les algériens. Ce que nous leur avons fait, ils le savent. Ce que nous nous faisons, c’est autre chose, et on n’en est pas sorti.

2- Curieusement, cette exigence de la vérité la plus difficile – regarder le mal que l’on se fait à soi-même – François Hollande l’a suggérée à l’Algérie elle-même. Cela n’avait rien de spectaculaire et est passé inaperçu, dans le convenu des commentaires. Hollande n’a pas évoqué les pied-noirs chassés d’Oran, les Harkis massacrés, «nos» victimes en somme – ç’aurait été du bruit et de l’attendu... Il a parlé de Messali. Juste un mot, une allusion, une phrase dont l’objet principal était trompeur – la reconnaissance de la mémoire pied-noir – mais qui allait au-delà : «Je me rendrai à Tlemcen, la ville de Messali Hadj, l’un des fondateurs du nationalisme algérien, qui évoque lui-même, dans ses mémoires, les Français d’Algérie, en rappelant l’amitié et la confiance, en évoquant ses relations simples, quotidiennes, naturelles dont le souvenir nous appartient.» 

Aucun observateur français ne l’a relevée mais les algériens, eux, l’ont comprise. Messali Hadj est le fantôme de l’histoire algérienne et le remords de l’Etat-FLN dont Bouteflika est l’ultime représentant – bafoué de son vivant et méprisé après sa mort. Il ne fut pas «l’un des fondateurs du nationalisme algérien», mais son inventeur politique, sans lequel rien n’aurait été possible –nationaliste et marxiste à la fois – l’homme qui voulait transformer l’Algérie sous la botte en une autre république.  

C’est son épouse, Emilie Busquant, une française, qui inventa le futur drapeau Algérien, vert blanc et rouge au croissant, en 1937... Quand la guerre d’Algérie éclate, Messali s’oppose à la violence du FLN, perd la combat fratricide. Ses partisans du MNA seront massacrés par les vainqueurs, leur histoire dispersée, et Messali, exilé en France par les colonisateurs, sera empêché de rentrer chez lui par l’Algérie indépendante, arrogante et soviétisée. Il mourra à Gouvieux, dans l’Oise, en 1974. Son corps rapatrié à Tlemcen, sa ville natale, Messali restera aux oubliettes de l’histoire avant d’être récupéré par Bouteflika au nom de la paix civile, admis comme une célébrité locale – le héros de la seule Tlemcen, folklorisé dans une commémoration vide de sens – mais jamais reconnu à sa vraie place.

Jeudi, il a été le seul personnage algérien évoqué par Hollande devant les parlementaires du pays, comme une ironie et une invite à l’introspection : il aura fallu l’ancien colonisateur que l’on prononce le nom du héros interdit, pour que des applaudissements retentissent au nom du banni, et que cesse le déni de sa propre histoire par l’Algérie officielle. Cela s’est fait sans avoir l’air d’y toucher, sans cris ni provocation, sans arrogance, à l’abri de la reconnaissance du colonialisme, dans une période du discours qui parlait d’autre chose? Subtilement en somme, puisque telle est la marque du hollandisme, qui ne proclame pas ses victoires et n’affiche pas ses transgressions.

Celle-là est belle, qui aura rendu la lumière à un exilé de l’histoire, loin de nos bruits quotidiens. 

A la recherche de Messali Hadj

Houdilia Houda (Amie Facebook)

Messali Hadj est le fantôme de l’histoire algérienne 
et le remords de l’Etat-FLN dont Bouteflika est l’ultime représentant – bafoué de son vivant et méprisé après sa mort. Il ne fut pas «l’un des fondateurs du nationalisme algérien», mais son inventeur politique, sans lequel rien n’aurait été possible –nationaliste et marxiste à la fois – l’homme qui voulait transformer l’Algérie sous la botte en une autre république. 

C’est son épouse, Emilie Busquant, une française, qui inventa le futur drapeau Algérien, vert blanc et rouge au croissant, en 1937... Quand la guerre d’Algérie éclate, Messali s’oppose à la violence du FLN, perd la combat fratricide. Ses partisans du MNA seront massacrés par les vainqueurs, leur histoire dispersée, et Messali, exilé en France par les colonisateurs, sera empêché de rentrer chez lui par l’Algérie indépendante, arrogante et soviétisée. Il mourra à Gouvieux, dans l’Oise, en 1974. Son corps rapatrié à Tlemcen, sa ville natale, Messali restera aux oubliettes de l’histoire avant d’être récupéré par Bouteflika au nom de la paix civile, admis comme une célébrité locale – le héros de la seule Tlemcen, folklorisé dans une commémoration vide de sens – mais jamais reconnu à sa vraie place. 

Jeudi, il a été le seul personnage algérien évoqué par Hollande devant les parlementaires du pays, comme une ironie et une invite à l’introspection : il aura fallu l’ancien colonisateur que l’on prononce le nom du héros interdit, pour que des applaudissements retentissent au nom du banni, et que cesse le déni de sa propre histoire par l’Algérie officielle. Cela s’est fait sans avoir l’air d’y toucher, sans cris ni provocation, sans arrogance, à l’abri de la reconnaissance du colonialisme, dans une période du discours qui parlait d’autre chose? Subtilement en somme, puisque telle est la marque du hollandisme, qui ne proclame pas ses victoires et n’affiche pas ses transgressions. 

Celle-là est belle, qui aura rendu la lumière à un exilé de l’histoire, loin de nos bruits quotidiens.

 

FRANCE-ALGÉRIE • Face à Hollande, Bouteflika est resté muet

La visite du président français en Algérie, les 19 et 20 décembre, a fait couler beaucoup d'encre des deux côtés de la Méditerranée. Pour ce chroniqueur, elle a surtout montré que le gouvernement algérien sait recevoir… et s'effacer.

http://www.courrierinternational.com/article/2012/12/27/face-a-hollande-bouteflika-est-reste-muet

  • Mustapha Hammouche |
  • 27 Décembre 2012

Abdelaziz Bouteflika et François Hollande - AFP
Abdelaziz Bouteflika et François Hollande - AFP

Le président Hollande a été bien accueilli en Algérie. Dans la plus pure tradition tiers-mondiste, des employés ont été transportés des wilayas [circonscriptions administratives] limitrophes de la capitale contre paiement de la journée chômée et des étudiants et des écoliers ont été déplacés pour jalonner son itinéraire. Cet accueil populaire "organisé" nous aura privés d'une occasion d'apprécier le réel sentiment populaire qu'un tel événement aurait dû susciter.

Pourtant, la visite de Jacques Chirac, en 2001, à Bab El-Oued, avait montré que les Algériens pouvaient, malgré les rancœurs exprimées ou contenues, recevoir avec considération un chef d'Etat français. Avant que le réflexe policier du contrôle de l'expression populaire n'ait repris le dessus à son retour, en 2003. La perception actuelle de la France par la rue et par la jeunesse algérienne surtout, puisqu'on en fait l'objet de tous ces empressements bilatéraux, reste donc à reconstituer.

Si l'Etat algérien a su, par ses méthodes éprouvées, faire "parler le peuple", il n'a pas laissé filtrer son appréciation sur la manière dont il fallait juger les messages de la France officielle à notre intention. Hollande n'est tout de même pas venu pour signer des contrats commerciaux et faire une déclaration d'amitié qui ne nous engage que pour la durée de son mandat et... en termes si creux ! Dans son discours politique, il n'a pas récusé "l'injustice et la brutalité" de la colonisation et n'est pas allé jusqu'à faire amende honorable quant à la responsabilité de la France dans cette tragédie.

Des applaudissements oui, mais aucune prise de parole

Si le caractère criminel du fait colonial n'a pas besoin d'être démontré, on peut considérer que chacun doit se faire son idée sur le traitement politique de son passé par un Etat. Il restera au partenaire concerné à se faire la sienne et à agir en conséquence. Or, au cours de la visite de François Hollande, cruciale de ce point de vue mémoriel, l'Etat algérien est resté muet. On avait l'impression d'une visite de chef d'Etat et de sa délégation, entourés de figurants qui n'étaient là que pour céder à l'exigence protocolaire.

Or, si la signature de contrats et d'accords devait signifier la fin de la controverse sur la question de la repentance, cela supposait que les préalables politiques fussent résolus. Sinon, peut-être fallait-il dissocier le domaine de la coopération et celui du contentieux mémoriel, puisque jusqu'ici il y en avait un et que les dirigeants algériens n'avaient rien fait pour le réduire. Elle est étrange, cette façon d'organiser l'accueil : il y a deux chefs d'Etat quand il s'agit de cérémonials et de bains de foule et un seul quand il s'agit de s'exprimer. Tout se passe comme si notre Etat était là quand il s'agit pour nous d'applaudir et qu'il n'y avait plus que l'Etat invité quand il s'agit de l'interpeller. On veut bien, mais à partir de quelle position algérienne officielle ?

La France a dit ce qu'elle avait à dire sur la question de la mémoire coloniale alors que les autorités algériennes ont tu la demande de repentance sans nous dire si elles s'en... repentent ou s'il s'agit d'un simple repli tactique. A partir de maintenant, les Algériens auront à se débrouiller avec le message clair, et peut-être insuffisant, de l'Etat Français et la non-position de leur Etat. En campagne pour 2014, notre pouvoir n'a pas le temps de s'occuper de mémoire.