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L'intervention Française au Mali
Revue de Presse


Lundi, 29-Mar-2021
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Mali, l'inexorable décomposition d'une vitrine de la démocratie africaine

Par Philippe Bernard | Le Monde | Samedi 12 janvier, 2013 23:56 source: Le Monde

Moins d'une année aura suffi pour transformer le Mali, considéré depuis vingt ans par Paris comme une vitrine démocratique en Afrique francophone, en une poudrière islamiste menaçant l'Europe.

Au début de 2012, le palais de Koulouba, sur les hauteurs de Bamako, où est installé le placide président, Amadou Toumani Touré, dit "ATT", ne résiste pas à un triple ébranlement : la chute de Mouammar Kadhafi marquée par le retour au pays de milliers de mercenaires maliens surarmés jusque-là fidèles au colonel libyen, le terrorisme islamiste qui, à plus de mille kilomètres au nord, gangrène le Sahara et enfin la rébellion touareg qui menace l'unité territoriale de l'ancien Soudan français.

Prenant prétexte de la passivité du pouvoir à endiguer cette crise multiforme, les hommes du capitaine Amadou Sanogo prennent et pillent Koulouba dans la nuit du 21 au 22 mars. Sous couvert de "redresser la démocratie et restaurer l'Etat", ils suspendent la Constitution et dissolvent "toutes les institutions". Leur putsch révèle le degré de pourrissement d'un régime dont l'armée impuissante et corrompue ferme les yeux sur le trafic de cocaïne et a laissé les katiba d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) prendre possession de l'immense partie saharienne du pays où se multiplient les enlèvements d'occidentaux.

LE PUTSCH DE MARS 2012 ACCÉLÈRE LA PARTITION DU PAYS

La rébellion n'est pas forcément impopulaire dans la société malienne : elle s'appuie sur un sentiment d'humiliation et de frustration, sur fond d'islamisation rampante de la société. "ATT" avait dû retirer sa réforme libérale du code de la famille sous la pression de manifestations de masse favorables à la charia. Mais au lieu de rétablir l'unité nationale comme promis, le putsch accélère la partition du pays : dès le début avril, les groupes islamistes alliés à AQMI et les rebelles touareg prennent le contrôle des trois régions désertiques du nord : les villes de Kidal, Gao puis Tombouctou tombent et sont coupées du reste du pays.

A la mi-avril, Dioncounda Traoré, le président de l'Assemblée nationale, est investi président par intérim après la démission d'"ATT" obtenue par les médiateurs de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Mais la menace de "guerre totale et implacable " au Nord brandie par le fragile président reste vaine. A la fin de juin, les islamistes d'AQMI alliés aux combattants du Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et à ceux d'Ansar Eddine chassent les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et conquièrent le nord du Mali. Ils imposent la charia – lapidations et mutilations se multiplient – et détruisent des mausolées de saints musulmans à Tombouctou dont ils considèrent la vénération comme idolâtre.

LES ISLAMISTES ONT DES SOUTIENS PARMI LA POPULATION DU SUD

L'indignation internationale aide les efforts de la France pour obtenir une intervention militaire. Mais Paris ne veut pas apparaître au premier plan, et les Etats-Unis, qui soulignent la faiblesse des institutions maliennes, sont réticents.

Le 4 septembre, le chef de l'Etat malien par intérim "sollicite" officiellement l'aide de la Cédéao. Et le 26 septembre à New York, la France organise une conférence sur le Sahel, deux jours après que Bamako a enfin demandé officiellement l'intervention des Nations unies. La décision prévoit l'envoi de 3 300 militaires fournis par les Etats de la Cédéao. La résolution qui prépare ce déploiement, est adoptée le 12 octobre. Elle considère que la situation au nord du Mali constitue "une menace pour la paix et la sécurité internationale". Le texte donne quarante-cinq jours aux pays de la région pour définir un concept crédible d'intervention militaire. Dans ce contexte d'atermoiement, les putschistes de Bamako s'agitent et contraignent le premier ministre Cheick Modibo Diarra à démissionner le 11 décembre. L'ONU tarde à donner son feu vert à l'envoi de troupes et ce n'est que le 20 décembre qu'une résolution dans ce sens, mais sans calendrier précis, est adoptée à New York.

Dans ce contexte de flou diplomatique, c'est le terrain qui va parler. Déjà maîtres du Nord, les islamistes ambitionnent de conquérir le reste du territoire malien, où est concentré l'essentiel de la population. Leurs bandes armées passent à l'offensive jeudi 10 janvier, déclenchant l'intervention française. Mais il n'est pas sûr que les militaires puissent à eux seuls dénouer la situation malienne : les islamistes comptent aussi des soutiens parmi la population du Sud, frustrée par des années de promesses non tenues par la démocratie et un Etat aujourd'hui effondré.

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Le Nord-Mali aux mains des rebelles




mercredi 9 mai 2012, par Mohomodou Houssouba (écrivain originaire de Gao)
http://blog.mondediplo.net/2012-05-09-Le-Nord-Mali-aux-mains-des-rebelles

Gao, Kidal, Tombouctou : Les trois capitales régionales du nord du Mali sont tombées en moins de trois jours (du 30 mars au 1er avril 2012), deux mois après le déclenchement de la rébellion, provoquant la débâcle de l’armée. L’administration, les services publics et financiers ont été anéantis dans l’ensemble du nord du pays par les rebelles touaregs et leurs alliés islamistes, les cycles de production et les réseaux d’échange désorganisés, ce qui laisse craindre une véritable désintégration sociale dans cette région déjà très vulnérable aux aléas climatiques (à l’automne 2011, les observateurs faisaient état d’un risque de crise alimentaire grave dans la zone sahélienne). Au début du mois de mai, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) et la Croix Rouge estimaient à 320 000 le nombre des réfugiés et des personnes déplacées.

Le coup d’Etat du 22 mars à Bamako, la capitale du Mali, a affaibli une armée déjà fragilisée par les défaites de Ménaka et Tessalit deux mois plus tôt. Les auteurs du putsch, qui jugeaient « calamiteuse » la gestion de la guerre au nord, ont largement contribué à briser la chaîne de commandement militaire, ce qui a permis aux groupes rebelles de prendre assez facilement le contrôle des deux tiers du pays. Ils avaient d’ailleurs réussi à couper les routes d’approvisionnement et isoler toutes les casernes du nord du pays qui sont tombées les unes après les autres : Ménaka, dans la nuit du 17 janvier, puis Anderamboukane, et Aguelhoc au nord de Kidal, où les rebelles se sont livrés à des actes de barbarie sur des dizaines de soldats désarmés.

Le coup d’Etat du 22 mars à Bamako, la capitale du Mali, a affaibli une armée déjà fragilisée par les défaites de Ménaka et Tessalit deux mois plus tôt. Les auteurs du putsch, qui jugeaient « calamiteuse » la gestion de la guerre au nord, ont largement contribué à briser la chaîne de commandement militaire, ce qui a permis aux groupes rebelles de prendre assez facilement le contrôle des deux tiers du pays. Ils avaient d’ailleurs réussi à couper les routes d’approvisionnement et isoler toutes les casernes du nord du pays qui sont tombées les unes après les autres : Ménaka, dans la nuit du 17 janvier, puis Anderamboukane, et Aguelhoc au nord de Kidal, où les rebelles se sont livrés à des actes de barbarie sur des dizaines de soldats désarmés.

La guerre au Mali : territoires occupés, réfugiés et personnes déplacée.

Situation au 25 avril 2012.b

Le 1er et le 2 février, des femmes de soldats avaient manifesté pour dénoncer les conditions du service dans le Nord et exiger que le gouvernement s’occupe plus sérieusement du sort des militaires et de leurs familles. D’abord interdites, les manifestations finalement autorisées s’étaient transformées en émeutes et en attaques contre les maisons et commerces des Touaregs et des Arabes.

Dans le même temps, les rebelles s’attaquaient à Niafunké après avoir pris la petite ville de Léré, déjà évacuée par les soldats et la population. Les biens des populations arabo-touarègues ont aussi été détruits dans le sud du pays, à Bamako et à Kati (une petite ville à quelques kilomètres au nord de la capitale), ainsi qu’à Ségou et Sikasso, provoquant des départs massifs vers le Burkina Faso et la Mauritanie. Ces événements ont profondément endommagé la cohésion sociale entre ces communautés.

Alors que Bamako retrouvait son calme, la guerre continuait dans le désert, et l’armée régulière malienne subissait revers sur revers. A la mi-mars, les rebelles ont fait tomber la garnison de Tessalit, à la frontière avec l’Algérie. La prise de cette ville coïncidait avec l’apparition publique d’Iyad Ag Ghali, le chef du mouvement islamiste touareg Ansar Dine. Dans des vidéos, il ne cachait pas son objectif : imposer la loi islamique sur le Nord Mali. Jusqu’alors, la rébellion semblait monopolisée par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), qui se battait pour l’indépendance du nord du pays.

Le coup d’Etat à Bamako devait précipiter la chute des derniers bastions comme Kidal, point de mire du MNLA, d’Ansar Dine et ses alliés d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), mais aussi les villes-symboles de Gao et Tombouctou. Dans la dernière semaine de mars, les rebelles contrôlaient tous les accès entre Niafunké, au bord du fleuve Niger jusqu’à Tessalit, au Nord, près de la frontière avec l’Algérie, et pouvaient planter leur drapeau sur l’ensemble de la région qu’ils revendiquent. Le 6 avril, ils déclaraient la naissance de la République indépendante de l’Azawad.

Gao sous contrôle rebelle, un mois après

Kidal est tombée le 30 mars. Le lendemain, c’est au tour de Gao et ses deux garnisons, dont celle qui porte le nom de Firhoun Ag Alensar, le chef de la tribu Oulliminden qui a résisté à la colonisation française en combattant dans le sud-est jusqu’à sa capture dans la petite forêt d’Anderamboukane en 1916. Elle abrite d’importantes unités de combat blindées.
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Les combats ont duré une journée. Une guerre en direct, rapportée minute par minute par SMS, par téléphone et sur les réseaux sociaux, par les habitants cloîtrés chez eux. A la fin de la journée, la situation était très confuse, certains croyaient que l’armée avait repoussé les assaillants, d’autres avaient clairement compris que la ville de Gao était désormais contrôlée par les rebelles du MNLA, d’Ansar Dine et d’AQMI.

Les six banques, l’hôpital régional, les pharmacies, les organisations humanitaires et bâtiments administratifs ont été saccagés. Le pillage des commerces continuera des jours durant. Les deux marchés du centre-ville, qui avaient brûlé en 2008 et 2010, sont à nouveau anéantis. Avec la destruction des banques, la plupart des salariés n’ont pu être payés. Une ville de plus de 85 000 habitants ne dispose plus d’aucun service de base.

Même si Gao ne résonne pas dans l’imaginaire occidental comme Djenné ou Tombouctou, la ville – créée autour du VIIe siècle – est l’une des plus vieilles de la région, pendant longtemps siège du pouvoir de l’ancien Empire songhay. Juchée sur la boucle du Niger juste au niveau du méridien de Greenwich, elle est sise au croisement des routes reliant Bamako à Niamey, Ouagadougou à Tamanrasset. De 2006 à 2007, la construction du pont de Wabaria et le bitumage de la route vers Niamey en ont fait une pièce maîtresse de la transsaharienne.

La rébellion touarègue, mais laquelle ?

Dès la première semaine, les contours de cette rébellion polymorphe commençaient à se dessiner. Alors que la fraction séparatiste incarnée par le MNLA fanfaronnait avec ses communiqués de guerre et sa déclaration d’indépendance, les islamistes touaregs d’Ansar Dine se présentaient sur le terrain comme les garants de la sécurité et du bien-être de la population. Les dirigeants islamistes rencontrèrent successivement les chefs traditionnels et religieux et distribuèrent des numéros de téléphone que les gens pouvaient appeler en cas de danger… Dans les jours qui suivirent, le MNLA avait à gérer les conséquences politiques et diplomatiques de ses tonitruantes déclarations.
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A la fin du mois d’avril, le MNLA organisait enfin une rencontre avec les chefs traditionnels et religieux de Gao, pour discuter des problèmes de gestion de la ville. Les responsables d’Ansar Dine en étaient absents : son porte-parole à déclaré que son mouvement ne se sentait pas concerné. Au même moment, il procédait à la libération de l’otage suisse Beatrice Stöckly, kidnappée à Tombouctou neuf jours plus tôt, la remettant directement aux médiateurs de la présidence burkinabé. La veille, ils avaient livré 160 prisonniers (des soldats maliens) au Haut conseil islamique du Mali (HCI), dirigé par Mahmoud Dicko, un imam d’obédience wahhabite. Deux opérations fort bien médiatisées…

Ansar Dine a su en outre regagner un peu de confiance au sein de la population, en répondant aux appels de détresse, et en aidant à récupérer des biens volés. Le MNLA, qui poursuit d’autres objectifs, souffre d’un handicap majeur dans l’opinion : le mouvement est assimilé aux actes de pillage, confiscation de biens, enlèvements et viols. Les indépendantistes sont considérés comme des bandes de maraudeurs indisciplinés qui attaquent et dépossèdent.

Cibles de la furie salafiste, les églises ont été démolies, tout comme les bars et autres lieux de divertissement – à Tombouctou, le mausolée d’un saint musulman a même été profané le 4 mai, son culte jugé idolâtre. On estime que deux cents chrétiens vivaient à Gao. Ils auraient tous fui ou pris refuge dans les villages. Cette violence anti-chrétienne inédite tranche avec la tradition musulmane locale, au point que même le président du HCI l’a dénoncée, en réaffirmant la coexistence des animistes, chrétiens et musulmans dans le pays, parfois au sein de la même famille.

Chérif Ousmane Madani Haïdara, à la tête d’une confrérie traditionaliste plus ancienne également dénommée Ansar Dine (en arabe, « les défenseurs de la foi »), a même revendiqué le caractère laïc de l’Etat malien et accusé la rébellion wahhabite d’avoir usurpé le nom de son association. Haïdara avait déjà critiqué l’emprise wahhabite sur le HCI. Cette hostilité s’explique par l’histoire du pays. L’islam traditionnel a été façonné par les confréries soufies. Le wahhabisme est arrivé vers 1930, mais ne s’est réellement implanté qu’à partir de 1950 ; à Bamako, des wahhabites ont rapidement prospéré dans le commerce ; en mai 1957, de violentes émeutes ont visé maisons et commerces – une violence sous fond de ressentiment économique.

Les relations entre Ansar Dine et la communauté wahhabite sont imprévisibles. La région de Gao a été très déstabilisée par le retour, il y a quarante ans, de ressortissants convertis au wahhabisme dans les années 1960 et 1970. La plupart avaient quitté la campagne pour faire des études coraniques au Niger et au Nigeria. Certains avaient pu aller jusqu’au Soudan et en Arabie saoudite, berceau du wahhabisme. Ils ont commencé à vouloir convertir à leur vision de la religion des familles et des notables, puis à recruter de nouveaux disciples en jouant sur les relations familiales. Leur attitude expansionniste et agressive allait déclencher une réaction violente au sein d’une population plutôt acquise aux rites soufis, avec une forte coloration de croyances traditionnelles. En fait, l’ancienne religion du fleuve dont les cérémonies annuelles étaient conduites publiquement par le « harikoy » (maître des eaux du fleuve) et les rites de la brousse dits de « hawka », coexistaient très pacifiquement avec l’islam traditionnel.

Finalement, les forces de la communauté wahhabite se déplaceront vers les villes, où le commerce avec le Proche-Orient a enrichi un grand nombre de négociants qui investissent dans les médersas (écoles coraniques) et les médias pour accentuer leur influence politique, devenue perceptible aux élections de 2002. En août 2009, l’opposition à la réforme du Code des personnes et de la famille fut menée par l’imam Mahmoud Dicko avec des marches auxquelles ont participé des dizaines de milliers de manifestants à Bamako ou à Gao : en tête de cortège, des femmes habillées en noir de la tête aux chevilles. Cette mobilisation avait forcé le président malien à vider la loi de toutes les avancées significatives pour les femmes.

Les années 1970 marquent donc la fin d’une ère, qui a débuté au tout début du XVIIe siècle. Avec la chute de l’Empire songhay en 1591, aucun Etat central ne pouvait plus assumer un pouvoir fort sur les populations de la boucle du Niger. Les communautés se sont alors organisées de façon autonome, avec des périodes de guerre et de paix entre certaines tribus nomades et les communautés riveraines. Des conflits à répétition avec les chefs touaregs à la cruauté de la colonisation française, la région a une histoire mouvementée.

Cette « mémoire » reste bien vivante, et les rebelles s’en servent pour justifier leur campagne guerrière. Mais chaque communauté a potentiellement une mémoire de domination et de résistance ou un récit « micronational », parfois épique, parfois tragique, qui d’ailleurs peut varier au sein de la même communauté culturelle et linguistique. Ces nuances disparaissent lorsque les « seigneurs de guerre » ayant grandi en Libye ou en Algérie parlent de l’Azawad comme du berceau exclusif d’un groupe ethnique.

Cohabitation entre MNLA et Ansar Dine : le prologue de Gao

Durant les deux premiers mois de la rébellion, on a surtout entendu parler du MNLA. A la fin du mois de janvier, Iyad Ag Ghali, le chef du mouvement islamiste Ansar Dine a revendiqué les attaques d’Aguelhoc et de Tessalit comme ses propres victoires. Les ambitions commencaient à s’aiguiser ; les chemins des rebelles tendaient à bifurquer. Ansar Dine combat aux côtés des indépendantistes du MNLA, mais prend des positions inverses avec, par exemple, la volonté d’imposer la charia sur toute l’étendue du territoire malien. Cette composante islamiste, dont le MNLA s’était accommodé jusque-là pour défaire l’armée malienne, devient maintenant plutôt encombrante.

Après quelques semaines de cogestion de la ville de Gao, Ansar Dine semble tenir la ville d’une main de fer, bien que le MNLA déclare contrôler les frontières « externes » et semble se préparer à se débarrasser d’Ansar Dine et ses alliés djihadistes dès que ce sera possible. Le dilemme du MNLA se situe exactement à ce niveau et ressemble curieusement à celui du gouvernement malien qui aurait un moment toléré la présence des salafistes et ignoré l’angoisse de ses voisins algériens et mauritaniens. Finalement, le Mali a essayé d’agir à un moment où il n’avait déjà plus les moyens de contrer la coalition de groupes armés sur son territoire.

Aujourd’hui, les accrochages entre les hommes d’Ansar Dine et du MNLA sont si fréquents qu’il n’est plus possible de nier la fracture grandissante entre les deux camps, même s’ils arrivent souvent à limiter les dégâts à temps. A la cuisante défaite de l’armée malienne succède donc l’ouverture d’un nouveau front qui mène le nord du pays vers un avenir incertain. Mais il est clair que la justice qui règne à Gao depuis avril est bien celle d’Ansar Dine – la charia dans sa version wahhabite – et non pas le droit laïc et révolutionnaire promis par le MNLA.

Stratégies de survie

Tant bien que mal, des actions de solidarité sont organisées depuis Bamako, pour la population bloquée au nord du pays. Les premiers convois de vivres et de médicaments envoyés par le Collectif des ressortissants du Nord (Coren) et des associations de villages sont arrivés à la mi-avril. Cet effort continue avec l’opération « cri de cœur », du nom d’un collectif de jeunes qui utilisent des numéros surtaxés mis à leur disposition par les compagnies de téléphones mobile pour récolter des fonds. Les sommes recueillies ont permis d’acheter des vivres et des médicaments.

Mais l’aide la plus déterminante provient des familles elles-mêmes. Où qu’ils se trouvent, les gens s’organisent pour aider leurs parents à survivre. Un système de troc s’est mis en place, puisqu’il est impossible d’envoyer de l’argent par la banque. Les échanges se limitent aux denrées de base et aux médicaments. Le procédé consiste à verser l’argent à une personne à Bamako ou à Niamey qui demande à une autre à Gao de donner une quantité de céréales ou de condiments à un correspondant. Tant que le système marche, les transactions peuvent se faire sans que l’argent ne « voyage ».

Les pillages ont affaibli les stocks, et les commerçants sont discrets sur leurs réserves. Ce qui contribue à faire monter considérablement les prix. Ce système en vase clos s’effondrera tôt ou tard si la situation persiste et si la région n’a pas la possibilité de se réapprovisionner. En attendant, en quête de légitimité après la démolition délibérée de la ville, chaque camp se profile en meilleur gardien de ses ruines.

A lire

Touaregs, la « marche en vrille » par Hawad, mai 2012.
Les soulèvements armés touaregs qui ont jailli depuis les années 1960 au Mali, au Niger ou en Algérie ne sont pas surprenants ou imprévisibles : ils s’inscrivent dans la prolongation de la résistance des Touaregs aux empires coloniaux.

Comment le Sahel est devenu une poudrière par Philippe Leymarie, avril 2012.
Le coup d’Etat militaire qui, le 22 mars, a renversé le régime « modèle » du président malien Amadou Toumani Touré a ajouté à la confusion régionale. Secouée par les nouvelles rébellions de mouvements touaregs, la bande saharo-sahélienne pâtit également de l’impunité des groupes armés se réclamant d’Al-Qaida au Maghreb islamique.

Au Sahel, un nouveau front à haut risque par Philippe Leymarie, Défense en ligne, Les blogs du Diplo, septembre 2010.
L’enlèvement au Niger de sept employés d’Areva et Vinci, quels qu’en soient les développements à venir, constitue un défi lancé au gouvernement français ainsi qu’à l’ensemble des pays des confins sahariens, qui jouent chacun leur jeu dans une partie de billard à plusieurs bandes.

Le Nord Mali victime d’une prophétie autoréalisatrice par Jean-Christophe Servant, Echos d’Afrique Les blogs du Diplo, décembre 2009.
La situation régnant dans le Nord Mali est de plus en plus complexe et brouillée, l’imbrication des facteurs géopolitiques, humains, économiques dans cette zone ne permettent que d’échafauder des hypothèses.

Recension du livre Les rébellions touarègues d’Anne Saint Girons par Cédric Gouverneur, mai 2009.

Vers la réintégration des Touaregs au Mali par Robin Edward Poulton, novembre 1996.

Nouvel enlisement des espoirs de paix dans le conflit touareg au Mali par Philippe Baqué, avril 1995.

Les Touaregs : un exil perpétuel ? Interview de Mohamed Mahmoud Sidi, président de l’Organisation pour l’assistance aux enfants malades et en situation difficile (OAEMSD) par Intagrist El Ansari, 6 mai 2012.
Dans l’atlas 2012 du Monde diplomatique, Mondes émergents, « Al-Qaida s’enracine au Sahara », de Jean-Pierre Filiu.
En 2007, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat annonce son allégeance à Oussama Ben Laden et crée AQMI. Cette organisation, dirigée depuis la Kabylie, a poursuivi le harcèlement djihadiste des forces algériennes de sécurité. Malgré la forte médiatisation des enlèvements d’otages occidentaux dans la zone sahélienne, elle est affaiblie par des rivalités de chefs et se révèle incapable de compromettre le processus démocratique au Mali comme au Niger.

Mohomodou Houssouba est écrivain, originaire de Gao.

Bagoundié blues, L’Atalante, Nantes, 2003. Passages au Kansas, La rue blanche, Rezé, 2005.

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Tombouctou sous la charia

 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/771441-je-vis-a-tombouctou-voici-ce-qu-a-ete-notre-quotidien-sous-la-charia.html
Modifié le 30-01-2013 à 13h55 Par El Boukhari Ben Essayouti Malien

Tombouctou, ville-phare de l'islam en Afrique subsaharienne, située à 900 km au nord-est de Bamako, au Mali, a été occupée pendant  dix mois par les djihadistes armés qui tentent de conquérir le pays.  Dimanche 27 janvier, les armées française et malienne sont parvenues à reprendre la ville. El Boukhari Ben Essayouti, habitant et spécialiste de la conservation des manuscrits de Tombouctou, raconte.

Édité et parrainé par Hélène Decommer

Un adage qu’on répète à l’envi à Tombouctou dit que "dans les situations d’urgence, occupe-toi des enfants d’autrui avant de songer aux tiens". Plus que de l’altruisme ou de la générosité, cet adage est une caricature parfaite du tombouctien réputé passif et naïf voire bonasse dans les situations de conflits. Ici, point de traditions guerrières, l’on s’est toujours contenté des valeurs spirituelles et intellectuelles : les études et la recherche, les interminables discussions autour de l’esplanade des mosquées et des parvis des écoles coraniques que les cousins du sud plus habitués des travaux champêtres assimilent à de l’oisiveté.

Aussi, quand les islamistes à l’aube du 1er avril 2012 ont investi la ville et mis en déroute une armée malienne déjà en déliquescence, il n’y eut point de résistance au sein de la population civile. L’on constitua un comité de crise composé de diverses personnalités représentatives de toutes les couches sociales et l’on accepta l’occupation en attendant… Godot.

Tout fut interdit, sauf la mosquée

L’occupation a été d’abord le pillage des banques et autres établissements de micro-crédits, suivi de l’éradication de toute trace de l’administration malienne ou de référence à la culture occidentale.

Ensuite ce fut un chapelet d’interdictions : l’alcool, la cigarette, la musique, les chevelures postiches, le football, les préservatifs, les antennes paraboliques, l’école laïque, l’enseignement de la philosophie et de l’éducation sexuelle, mais aussi la lecture ou la référence à des livres islamiques classés apocryphes ou hérétiques par l’idéologie wahhabite dont relèvent les occupants. Tout fut interdit, sauf la mosquée où, à certains imams, on imposa des prêches fondamentalistes auxquelles ils ne croyaient pas.

Malgré ces faits, la notabilité, la chefferie traditionnelle et le comité de crise discutaient et négociaient avec le chef terroriste Abou Zeïd, avec son compère Iyad Ag Ghali, avec les touareg du MNLA pour pouvoir améliorer le quotidien des populations privées de tout, car les barbus avaient fait main basse sur les magasins de céréales et sur les stocks de carburant de Total.

Ils ont ensuite squatté les bâtiments publics et entrepris de détruire les monuments historiques et surtout les 16 mausolées auxquels sont liées les anciennes familles de la cité des 333 saints.

Flagellations publiques et exécutions sommaires

Pour faire respecter ces lois moyenâgeuses, Abou Zeïd et ses sbires créèrent la police islamique, la justice islamique, la prison islamique et "le centre de recommandation du convenable et de l’interdiction du blâmable" qui ont fait régner pendant dix mois un régime de terreur fait de séances de flagellations publiques, d’amputations de mains et d’exécutions sommaires.

Une législation obscurantiste face à laquelle, les combattants islamistes ont eux des passe-droits : ils se dispensent ainsi de toutes les pratiques religieuses contraignantes sous prétexte d’être en guerre sainte, et au nom de cette même guerre sainte se livrent à la polyandrie pour assouvir leurs envies libidineuses, au nom de cette guerre sainte se livrent à forces libations pour décupler leur ardeur au combat…

Face à tant d’humiliations, les populations fuyaient par milliers vers le sud du pays et vers les pays limitrophes. Ceux qui, pour une raison ou une autre, refusent de partir n’ont d’autre espoir qu’une communauté internationale confondue dans ses indécisions et ses paradoxes. L’on scrute le ciel à la recherche des bombardiers français et invariablement l’on s’entend dire que Ban Ki Moon craint un péril humanitaire, que Bouteflika privilégie la négociation, que les USA veulent un plan précis des opérations, que tel autre veut un coût estimatif….

Pendant ce temps, avec une insolente assurance, les islamistes sur la seule radio locale qu’ils ont maintenu pour leur propagande, narguent avec forces quolibets cette arlésienne d’intervention internationale.

Quand la France a commencé à attaquer...

Mais de temps à autre, puis de plus en plus régulièrement, quelques avions de reconnaissance ronronnent dans le ciel bleu de Tombouctou, ce qui a toujours pour conséquence de rendre les occupants nerveux. Atteints d’espionite, ils multiplient les fouilles et les mises en garde. Certaines personnes sont arrêtées, fouettées publiquement, malmenées devant leurs femmes et enfants, enfermées à la prison islamique.

Tombouctou a alors peur, jusqu’à la date fatidique du 10 janvier 2013 où, aiguillonnés par le démon, ils enfoncèrent les lignes de défense de l’armée régulière malienne à Konna, 300 kilomètres plus au sud ; et quelques heures plus tard l’aviation française entra en action…

A Tombouctou, ce fut un calme pesant et grave. On lorgnait les désormais rares voitures islamistes qui passaient dans les rues mortes de peur, afin de savoir qui des chefs islamistes étaient présents. Oumar Ould Hamaha le chef militaire d’Aqmi et Sanda Ould Boumama, en charge de la logistique, paradaient de temps en temps, mais sont moins diserts sur les ondes de la radio islamique qui diffusent en boucle des litanies coraniques.

Après que l’armée française eusse rendu Konna, puis Diabali à l’armée malienne, les barons d’Aqmi commencèrent à évacuer femmes et enfants vers le grand nord, direction la Mauritanie et l'Algérie. Et quand les frappes françaises ont commencé à toucher Gao, les quelques djihadistes restés pour tenir la ville quittèrent leurs cantonnements habituels : le palais de Kadhafi, le Conseil régional, la Direction du Génie rural, la succursale de la Banque internationale du Mali, le camp militaire, le camp de gendarmerie.

Ils s’installèrent à la Maison des artisans et dans diverses écoles, dans l’épicentre de la ville, une manière d’utiliser les populations comme boucliers. Les habitants proches de ces lieux, très subrepticement, déménagèrent et quelques heures plus tard, dans la nuit du 21 au 22 janvier, les premières frappes touchèrent le camp de gendarmerie, le palais de Kadhafi et plusieurs voitures islamistes dans les faubourgs de la ville.

La nervosité et la fébrilité des forces occupantes firent alors place à la peur. Elles coupèrent le réseau téléphonique mobile, puis l’eau et l’électricité manquèrent faute de carburant que les islamistes utilisent désormais pour leur repli. On s’éclaira avec des lampes à huile, des panneaux solaires et on s’approvisionna en eau dans les puits. La ville commença à sentir les pénuries car les magasins étaient fermés et chacun s’enfermait chez soi craignant les dégâts collatéraux.

Le 27 janvier 2013, la bête est vaincue

A défaut de téléphone, d’internet et de télévision, l’on resta les oreilles rivées aux transistors pour écouter prioritairement RFI afin suivre l’évolution de la situation. Et à mesure que les forces franco-maliennes progressent vers le nord, les djihadistes s’éclipsent. On ne les voit plus, mais la peur est toujours là, tapie dans les cœurs après 10 mois de terreur ; surtout que le 25 janvier, au passage d’un cortège de voitures islamistes, un jeune qui ose un "vive la France" est immédiatement abattu.

Mais le 26 janvier, on apprend que Gao – 465 kilomètres plus à l’Ouest – est libérée et plus aucun islamiste n’est en vue à Tombouctou. A l’Ouest, Goundam, à 90 kilomètres, semble aussi libre selon les quelques rares marchands ambulants qui circulent encore à dos d’âne ou par pirogue ; et le même jour en fin d’après-midi les vols d’hélicoptères et les patrouilles d’avions sont de plus en plus réguliers autour de la ville, assourdissants même.


Photo de l'armée française, aéroport de Tombouctou, le 29/01/13 (Arnaud Roine/AP/SIPA)

Par petits groupes, les gens sortent et échangent dans les rues. Il ne fait plus de doute, la bête est vaincue. La nuit du 27 au 28 janvier, nul ne dort. Dans les vestibules et sur les terrasses, on discute et on attend l’Heure, on court d’une maison à une autre cherchant un tailleur pour confectionner un drapeau français. On utilise même de la gouache pour peindre les tissus en bleu, blanc et rouge.

Au petit matin, des paysans revenant des champs annoncent que l’aéroport est aux mains de l’armée française, tandis que des chameliers ont vu des parachutistes sauter au nord de la ville. Une marée humaine envahit les rues, déchire et brûle le très sinistre drapeau noir islamiste en criant "Vive la France" et un instituteur à la retraite dira : "Je n’ai jamais vu autant de monde dans la rue depuis l’indépendance de notre pays".

Tout ce monde constitué majoritairement d’enfants et de badauds de milieux défavorisés s’acharne sur tout ce qui pouvait symboliser la violence fondamentaliste. Les magasins et les habitations appartenant à des arabes et des touaregs djihadistes, ou supposés tels, sont systématiquement vandalisés.

Tombouctou est plus que jamais un champ de ruines :

 Les islamistes en quittant la ville ont incendié le centre des manuscrits, la mairie, la radio communale, le domicile du député et plusieurs édifices publics. La France a mis fin à ce qu’on appelle ici l’aqmistan, ce qui fera dire à un antiquaire de la ville que "Tombouctou n’a plus 333 mais 334 saints car François Hollande a été canonisé".

A lire sur le Nouvel observateur : mali-survivre-sous-la-charia
Des miliciens islamistes ont incendié l'institut Ahmed Baba, une bibliothèque de Tombouctou contenant des milliers de manuscrits inestimables avant de fuir les troupes franco-maliennes.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue renommé. Éditorialiste à France Soir, il enseigne les relations internationales à l'Université de Metz et est chercheur associé à l'Institut Choiseul. Il a publié plusieurs livres sur la faiblesse des démocraties, les Balkans, la Turquie et le terrorisme islamique.

 

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Mali : il est temps de reconnaître le peuple touareg !

 

Les frontières coloniales ont engendré moult conflits et devraient être plus conformes aux désirs des peuples, notamment afin d’éviter que ceux-ci se radicalisent... Le problème malien remonte à la création, en 1960, d’un État central tenu par la tribu noire-africaine des Bambara qui domine le Nord touareg.
Pour en savoir plus : atlantico

Peut-on faire encore comme si le peuple Touareg – et donc berbère - n’existait pas ? Peut-on encore nier que les frontières coloniales ont engendré moult conflits et qu’elles devraient être plus conformes aux désirs des peuples, notamment afin d’éviter que ceux-ci se radicalisent ? Les droits à l’autodétermination que la "communauté internationale" (en fait les États puissants de la planète) a accordé dans les années 1990-2010 aux séparatistes slovènes, croates, bosniaques ou albanophones face à l’Etat central serbo-yougoslave, ou encore aux chrétiens-animistes du Sud Soudan (désormais indépendant), longtemps massacrés par les Arabo-musulmans du Nord Soudan, peuvent-ils être refusés aux Berbères du Nord Mali ?

On peut répondre à cela que le droit international est fondé sur le sacro-saint dogme de "l’intangibilité des frontières", y compris celles qui sont le fruit d’un découpage colonial sommaire. Mais il est aussi clair que, faute de liquider physiquement les Maures et les Berbères du Nord Mali, honnis par les ethnies noires-africaines du Sud du pays, le fait de nier la "question touareg" et des minorités équivaudra à créer une "bombe identitaire à retardement" pour les futures générations maliennes.

Rappelons que les Touaregs du Mali sont membres de la grande famille des "Amazighs" et qu’ils parlent une langue berbérophone, le Tamasheq, qui vient lui-même du mot Tamazigh (berbère). Globalement, les Berbères vivent dans des États dominés soit par des nationalistes arabophones, soit par des tribus noires-africaines (Maroc, Algérie, Tunisie, Lybie, Mauritanie, Niger, Mali, etc). La plupart du temps, ils sont contraints de parler l’arabe ou l’une des langues nationales africaines au détriment du Tamazigh ou du Tifinagh. Ils sont pris en tenailles entre l’arabisation intensive et la domination des noirs-africains, souvent descendants d’esclaves et donc épris de revanche...

 

Le problème de fond au Mali remonte donc à la création, en 1960, d’un État central tenu par la tribu noire-africaine des Bambara qui domine le Nord touareg et Maure. Car au Nord du Mali, bien qu’étant laïques et hostiles à l’islamisme radical, les Berbères touaregs cohabitent depuis longtemps avec des Arabophones maures bien plus islamisés et qui pourraient être des ennemis, mais qui sont comme eux perçus comme des intrus "blancs" par les ethnies noires africaines du Sud. Tandis que les Touaregs ont repris leurs aspirations autonomistes, les arabo-musulmans se sont réislamisés sous le double effet de la réislamisation de l’Etat malien lui-même et de l’influence du salafisme venu des pays du Golfe.

Ainsi, depuis les années 1980, avec le remplacement du panarabisme par le panislamisme, les indépendantistes berbères d’Afrique du Nord et sahélienne ont connu un vaste mouvement de réveil identitaire, fort bien décrit dans l’ouvrage du leader kabyle Ferhat Mehenni : Le siècle identitaire, la fin des empires post-coloniaux (éditions Michalon, 2010), qui explique que la démocratisation couplé au réveil des identités et aux moyens de communication modernes aboutira tôt ou tard à une redéfinition des frontières post-coloniales, ce qui célébrera enfin, selon lui, la "seconde décolonisation".

Les mouvements laïcs touaregs du Nord étant traditionnellement hostiles à l’islamisme, le fait que certains de leurs groupes rebelles aient rejoint des "terroristes islamiques" arabophones a semblé paradoxal. Mais il convient de distinguer entre l’internationale islamiste salafiste, composée de groupes algériens et locaux comme AQMI et le Mujao (Maures arabophones), plus ou moins affiliés à Al-Qaïda, et l’islamisme malien plus spécifiquement touareg comme Ansar Dine. Clef du problème, ce mouvement dirigé par l’ancien leader de la rébellion touareg des années 2000, Yad Ag Ghali, a été co-créé très récemment par le régime algérien, qui voulait ainsi affaiblir le mouvement touareg laïque du MNLA et qui craignait plus que tout la création d’un Etat berbère à ses portes, susceptible de réveiller les vélléités indépendantistes des Kabyles algériens.

Rappelons que lorsque le MNLA conquit tout le Nord Mali en mars 2012, l’armée malienne décampa et ne combattit même pas les Touaregs. L’intégrité du Mali avait déjà volé en éclat. Dans ce contexte fort préoccupant pour Alger, le chef d’Ansar Dine, Yad Ag Ghali, ex-leader touareg de la rébellion de 2006 qui conclut un accord de paix avec Etat malien en 2009, enragé de ne pas avoir été choisi pour diriger le MNLA par la jeune garde du mouvement touareg laïque, accepta la proposition d’Alger de créer une nouvelle entité islamiste touareg suffisamment bien dotée militairement et financièrement par Alger, le Qatar et l’Arabie saoudite pour réussir à annuler la victoire des Touaregs laïques et créer un prétexte pour discréditer le nouvel Etat berbère du Nord, devenu un “fief d’Al-Qaïda”...

L’intérêt commun d’Alger et des monarchies islamistes du Golfe étant de couper l’herbe sous le pied aux révolutionnaires laïques touaregs. Abandonné à la fois par les capitales africaines, occidentales et arabes, le MNLA dut donc affronter seul tous les mouvements islamo-terroristes (AQMI – MUJAO -Ansar Dine) lourdement armés et financés pas seulement par la drogue et les prises d’otage mais par les pétromarchies salafistes du Golfe qui leur ont ainsi permis de recruter d’anciens combattants MNLA alléchés par l’argent salafiste... C’est ainsi qu’en quelques mois, le MNLA s’est fait voler sa victoire par les islamo-terroristes et a tenté de "sauver les meubles" en contractant une alliance tactique, certes contre-nature, avec les Salafistes, ceci en échange de droits culturels.
Pour le leader du Mouvement mondial berbère, Belkacem Lounès, l’Algerie de Boutéflika a donc joué un jeu plus que trouble, en démontrant, par son pouvoir de nuisance, qu’aucune paix n’étant souhaitable sans Alger. Selon Lounès, "si il ne s’agissait que d’un conflit entre Touaregs et l’Etat malien, la question serait déjà réglée depuis longtemps, car les Touaregs sont légitimes au Nord Mali et ont droit à une auto-détermination, leur capacité combattante leur permettant de repousser l’armée malienne et donc d’avoir l’avantage sur le terrain. Sans l’action extérieure d’Alger et des pays arabo-musulmans du Golfe, qui tirent les ficelles des mouvements islamistes du Nord Mali et d’ailleurs, ennemis fort "utiles" pour discréditer l’autodétermination des Touaregs, l’équation malienne serait moins difficile à résoudre…".

En conclusion, on ne pourra pas éradiquer les fondements du terrorisme islamiste au Nord Mali par une simple intervention militaire venant en appui d’un Etat central malien divisé et considéré comme hosile et illégitime par le Nord. Aucune solution de long terme n’est viable si elle nie la volonté d’autodétermination des Touaregs de l’Azawad, et donc si elle n’a n’associe pas réellement le MLNA aux discussions et aux opérations sur le terrain. Pour l’heure, l’intervention française n’a pas réconcilié les deux parties, car depuis qu’ils sont libérés des Jihadistes, les Touaregs et Maures du Nord Mali subissent des représailles d’une extrême violence de la part des Maliens noirs revanchards du Sud, ce qui ne risque pas de favoriser la paix…

 

MNLA : Le danger de la question touareg

 


Mali actualité

Ce n’est vraiment pas un hasard si les gangsters du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) sont omniprésents dans le feu de l’actualité. Pour celui qui suit et accorde un grand intérêt aux affaires maliennes, il y a une évidence qui est apparue selon laquelle des ‘’mains invisibles’’ sont en train de travailler d’arrache-pied pour imposer et maintenir le MNLA à la surface d’une eau trouble qui est loin de s’éclaircir.

En effet, depuis le démarrage de l’intervention militaire, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme n’arrêtent pas de se succéder dans la dénonciation d’exactions, des actes de vengeance qu’aurait commis l’armée malienne à l’encontre des populations touaregs. Comme nombre de confrères et observateurs simples, il urge de marteler que cette démarche vise à renforcer, voire à réconforter le MNLA dans son gangstérisme et, dans le même temps, à casser le moral de nos vaillants soldats dans leur mission régalienne de rétablir l’intégrité territoriale du pays. Aussi, est-il difficile de ne pas constater que la position de ces organisations est celle du deux poids, deux mesures en raison de leur mutisme qu’elles ont observé jusqu’ici sur le massacre des soldats maliens à Aguelhok.

Au-delà de constat qui est d’ordre général, il faut aujourd’hui jeter la pierre à la guérilla séparatiste touareg qui continue à maintenir le cap dans sa revendication d’autodétermination ou d’autonomie que l’Etat malien n’a jamais accepté. Alors question : que dire après que le MNLA, dans son gangstérisme, a internationalisé la situation en faisant appel à l’ONU et en proclamant l’indépendance de l’utopique Azawad ? Comment comprendre qu’il ait pu rencontrer l’adhésion, en Europe surtout, d’anciens ministres, de députés, d’intellectuels assez ignares qui le soutiennent dans sa démarche ? Disons tout ironiquement que la guérilla séparatiste touareg – a moins qu’elle soit sénile – fait semblant d’oublier sa politique renégate qu’on n’a pas oublié. Et c’est grave ! Une autonomie pour faire quoi ? Pour faire bande à part dans un pays qui souffre dans son ensemble, où le citoyen supporte difficilement son quotidien ? Le ridicule ne tue pas…

En réalité, on comprend sans mal que le MNLA tente d’engloutir l’océan de problèmes dans lequel le pays est enfoncé. Des systèmes éducatif, culturel et sportif se dégradant au vu et au su de tout le monde, des familles se disloquant au jour le jour, un pays menacé dans sa profondeur… voilà autant de défis qui attendent d’être relevés. Des aspirations partagées par tous, les touaregs y compris ! Et si le MNLA, dans l’ivresse de son banditisme, croit qu’avec son autonomie ou son autodétermination il est en état d’atteindre ces aspirations, c’est qu’il est immature. De fait, les dangers de la question touareg sont importants. Et on le sait, cette revendication à caractère purement ethnique, est en déphasage avec l’air du temps. Le Mali est un pays fait de diversités, et qui le restera quoi qu’il advienne. Le bonheur de ses fils comme partout dans le monde est appuyé sur une interdépendance du fait de la structure économique et politique.

Boubacar Sangaré

Source:: Le Flambeau du 31/01/2013

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Le MNLA soutient l´intervention militaire française et exige la reconnaissance de l´indépendance de l’Azawad

MEMRI Middle East Media Research Institute Enquête et analyse No. 923

Anna Mahjar-Barducci

Introduction

Le 11 janvier 2013, la France a lancé une intervention militaire, l´opération Serval, contre différents mouvements djihadistes - principalement Ansar Al-Din, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et le Mouvement pour l´unicité et le djihad en Afrique de l´Ouest (MUJAO) - qui avaient pris le contrôle de certaines parties de l’Azawad (nord du Mali). L´opération a été lancée au lendemain de la capture de Konna par les forces islamistes, une ville stratégique située à l´extérieur de l’Azawad, à environ 500 kilomètres au nord-est de Bamako, capitale du Mali. Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), organisation laïque et démocratique qui a proclamé unilatéralement l´indépendance de l´Azawad en avril 2012, a réagi à l´intervention française dans un communiqué publié le 12 janvier 2013 par son secrétaire général, Bilal Ag Cherif.
Dans le communiqué, l´organisation exprime sa volonté de participer à la lutte contre le terrorisme mais exige que l’armée malienne s’abstienne de pénétrer dans l´Azawad et que la population civile de la région soit épargnée. Le MLNA craint apparemment que l´objectif ultime de la France soit de ré-annexer l’Azawad au Mali, et que l´armée malienne saisisse cette occasion pour rétablir son contrôle sur la région avec le soutien de la communauté internationale. L´organisation redoute également que l´armée malienne punisse les Touaregs et des Maures pour la proposition de sécession de l´Azawad. Cette préoccupation est d’ores et déjà justifiée par les graves violations des droits de l’Homme perpétrées par l´armée malienne qui ont été rapportées.

Le MLNA, ainsi que certaines figures européennes, ont reproché à la France de ne pas avoir engagé de forces laïques et démocratiques dans l´Azawad dans le cadre de son intervention au Mali, faisant valoir que ces forces pourraient être un atout militaire dans la guerre contre le terrorisme, tout en assurant la protection de la population civile. En outre, elles pourraient constituer la base d´un règlement politique à long terme dans le nord du Mali.


MNLA : La guerre contre les forces islamistes ne peut être gagnée sans notre participation militaire

Du 7 au 9 janvier 2013, alors que les forces islamistes se préparaient à affronter une intervention militaire internationale, le MNLA tenait son Deuxième Congrès dans la ville de Tinzaouaten sur le thème « Evaluation et restructuration des institutions politiques et militaires du MLNA. » La rencontre portait sur une nouvelle proposition visant à obtenir la reconnaissance internationale de l´indépendance de l´Azawad. Suite à cette conférence et à l´intervention française, Ag Cherif a publié un communiqué du MLNA disant : « Le Mouvement national pour la libération de l´Azawad (MNLA) alerte la communauté internationale [sur le fait] que l´intervention militaire étrangère contre les groupes terroristes [dans l’Azawad] ne devrait pas constituer une raison pour l´armée malienne de franchir la frontière entre l´Azawad et le Mali avant qu´un accord politique soit conclu sur le conflit [Mali-Azawad]. Le MNLA est disposé à participer à la lutte contre le terrorisme afin de réduire les risques pour les civils innocents. Nous exigeons que la population civile de l´Azawad ne soit pas victime de l´intervention armée, et qu´il n´y ait pas de confusion entre les civils et les terroristes. Nous rappelons que le MNLA a toujours respecté ses engagements, en particulier en ce qui concerne l’arrêt des hostilités entre le MNLA et l´armée malienne. Le MNLA reste ouvert à des négociations ». [1]

D´autres représentants du MNLA ont réitéré l´engagement de l´organisation à participer à la guerre contre le terrorisme si l´indépendance de l´Azawad était reconnue. L’officiel du MNLA Mossa Ag Assarid a déclaré à l´AFP : « Nous sommes prêts à apporter notre aide, nous sommes déjà engagés dans la lutte contre le terrorisme. Nous pouvons faire le travail sur le terrain, nous avons des hommes, des armes et, surtout, le désir de débarrasser l’Azawad du terrorisme ». [2] Ag Assarid a ajouté que le MNLA s´oppose à toute présence de l´armée malienne dans l´Azawad, sans accord préalable entre le Mali et le MLNA, et que cette organisation est ouverte au dialogue en vue de trouver une solution au problème de l´Azawad. [3]

Le Chargé des Affaires étrangères du CTEA Ibrahim Ag Mohamed Assaleh a déclaré à Reuters que les combattants de l´organisation pourraient participer à une intervention des forces de la CEDEAO mandatée par l´ONU. « Le MNLA veut combattre les terroristes aux côtés de la CEDEAO et de la communauté internationale », a-t-il affirmé, tout en soulignant sa préoccupation que le Mali puisse exercer des représailles contre les populations des Touaregs et des Maures de l´Azawad : « Les habitants de l´Azawad, pour lesquels nous nous battons, sont les premières victimes de ce terrorisme, et nous redoutons qu´ils deviennent également des victimes de l´opération militaire, notamment de l´armée malienne ». [4]

Les officiels du MLNA ont depuis longtemps fait part de la volonté de leur organisation de participer à une intervention militaire contre les forces islamistes, soulignant que la communauté internationale en tirerait avantage. Le 26 septembre 2012, Mossa Ag Attaher (actuel Chargé de la Communication et de l´Information du CTEA) a publié une lettre ouverte au Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, dans laquelle il estime que la communauté internationale ne peut gagner la bataille contre les forces islamistes sur le terrain sans l´aide militaire du MNLA, puisque seuls les Touaregs savent se battre dans les rudes conditions désertiques de l´Azawad. [5] En fait, hormis les forces françaises, le MNLA est la seule force qui a dignement lutté contre les islamistes sur le terrain. [6]

MNLA : Le gouvernement malien n´a jamais « tiré une seule balle » contre AQMI

Dans sa lettre ouverte, Ag Attaher souligne que priver le MNLA d´une intervention militaire mettrait en péril la population civile de l´Azawad, et reproche à la communauté internationale d’ignorer son organisation : « L´armée malienne, dont l´irresponsabilité est bien connue, et les milices [maliennes], qui ne manqueront pas une occasion de rejoindre une éventuelle intervention militaire, attaqueront certainement les populations civiles des Touaregs et des Maures [de l’Azawad]... Pourquoi la communauté internationale et la CEDEAO continuent-elles de se méfier du MNLA alors qu’elles veulent trouver une solution définitive au conflit ? Le MNLA [est] le seul allié crédible et incontournable dans la lutte contre les [islamistes], enracinés dans l´Azawad depuis près de 15 ans. » [7] Les responsables du MNLA ont souligné que les djihadistes avaient pris le contrôle de l´Azawad avec la complicité du régime malien [8] et que le gouvernement malien n´avait jamais « tiré une seule balle » contre AQMI ou d´autres groupes terroristes, présents dans l´Azawad depuis plus de 15 ans. [9]

Le MNLA a perdu du terrain face aux islamistes en raison d’un manque de soutien financier et logistique. Avec une aide plus conséquente, il pourrait recruter des combattants touaregs pour restituer les territoires perdus. En réalité, de nombreux Touaregs, qui vivent actuellement dans des camps de réfugiés, seraient prêts à rejoindre le MLNA et à se battre pour l´Azawad, mais attendent que l’organisation bénéficie d’un soutien international plus important. En outre, de nombreux combattants qui ont rejoint Ansar Al-Din pour l´argent, ou parce qu´ils considèrent que c’est le pari « le plus sûr », sont susceptibles de quitter cette organisation suite à l´intervention française, et peuvent être aisément recrutés pour le MNLA.

Malgré cela, la communauté internationale semble réticente à soutenir les forces laïques et démocratiques dans l´Azawad, en particulier le MNLA. Exclure cette organisation d’une l´intervention militaire laisse penser que l´objectif de la communauté internationale est en réalité de rétablir le contrôle du Mali sur l´Azawad et de perpétuer ce que beaucoup d’Azawadis considèrent comme une occupation.

Les députés européens : la France veut restaurer le « Mali d’avant »

Trois membres du Parlement européen du groupe des Verts / Alliance libre européenne - François Alfonsi, fondateur du groupe d´amitié Berbères-amazigh, Frantziska Brantner et Indrek Tarand - ont publié un communiqué soulignant la faiblesse d´une intervention militaire dénuée de stratégie politique claire pour rétablir la stabilité de l´Azawad. Selon le communiqué, pour remporter la lutte contre le terrorisme, il faut soutenir un processus politique démocratique qui défende le projet d’autodétermination de l’Azawad : « La France fait l´impasse totale sur les raisons… qui ont conduit au rejet de l´Etat central malien par la population, quelles qu´en soient les origines ethniques. Au contraire, la politique française donne largement l´impression de vouloir restaurer le ‘Mali d´avant’, celui dans lequel, déjà, les djihadistes prospéraient discrètement, à coup d´otages et de trafics, à l´abri d´une pseudo-stabilité de façade de l´Etat malien… Aucune intervention internationale ne pourra parvenir à un succès politique si elle n´est pas appuyée sur des forces de terrain aptes à capitaliser la confiance des populations qui vivent sur le territoire même de l´Azawad. C´est là le point crucial pour l´avenir politique de cette intervention militaire de la France : quelle forme institutionnelle aura le ‘Mali d´après’ ?

Il faudra associer le MLNA aux discussions futures, et l´autodétermination démocratique des populations de l´Azawad devra prévaloir. Cette position doit être affirmée avec force désormais, et l´Europe doit s´engager pour favoriser le dialogue politique. D´autre part, l´aide humanitaire européenne doit être accrue au plus vite pour soulager les populations civiles qui sont les premières victimes du conflit.
» [10]

Violations des droits de l’Homme par l´armée malienne

Selon un article paru dans Jeune Afrique le 20 janvier 2013 [11] , les Touaregs et les Maures de l´Azawad, bien que satisfaits d´être libérés des djihadistes, craignent la présence de l´armée malienne dans leur région. Leurs craintes sont en partie alimentées par l´expérience passée : dans les années 1990, suite à une rébellion touareg, le mouvement Gandakoy malien avait perpétré plusieurs massacres dans les régions de Gao et de Tombouctou, avec le soutien du régime malien, tuant également quelque 60 prêtres touaregs dans un camp près de Gao en octobre 1994. [12]

Les craintes des Azawadis et du MLNA semblent se concrétiser. Dans un rapport intitulé « Exactions des militaires maliens : l’urgence d’une commission d’enquête indépendante », la Fédération internationale des Droits de l´Homme (FIDH), basée en France, signale un nombre croissant d´exécutions sommaires et d’autres violations des droits de l’Homme perpétrées par des soldats maliens à l’encontre des Touaregs et des Maures dans le cadre de l´opération française-malienne. Le rapport dit : [13] « La FIDH a pu établir qu’une série d’exécutions sommaires a été perpétrée par des éléments des forces armées maliennes, à partir du jeudi 10 janvier 2013, particulièrement à Sévaré, Mopti, Niono et d’autres localités situées dans les zones d’affrontements.
A Sévaré, au moins 11 personnes ont été exécutées dans le camp militaire, à proximité de la gare routière, et près de l’hôpital.
Des informations crédibles font état d’une vingtaine d’autres cas d’exécutions dans la même localité où les corps auraient été enterrés en toute hâte, notamment dans des puits.
Dans la région de Niono, deux Maliens d’origine touareg ont été exécutés par des soldats maliens.
D’autres allégations d’exécutions sommaires continuent de nous parvenir du centre du pays. Par ailleurs, la FIDH fait état de l’enlèvement de l’imam Cheik Hama Alourou par des militaires maliens le 21 janvier au soir, à Gnimi Gnama, un village situé entre Bore et Douentza. A Bamako, une dizaine d’habitations de Touaregs ont fait l’objet de perquisitions par l’armée malienne dans la semaine du 14 janvier, émaillées d’actes de pillages et d’intimidations. Les victimes de l’ensemble de ces exactions sont des personnes accusées d’être complices des djihadistes ou des infiltrés, des personnes en possession d’armes, des individus ne pouvant justifier de leur identité lors de contrôles de l’armée, ou ciblés simplement en raison de leur appartenance ethnique et communément appelés les ´peaux claires´ ». [14]
Toumast Press a diffusé une vidéo montrant des soldats maliens en train d’exécuter 52 Touaregs à Djoura le 25 octobre 2012. Selon l´introduction de la vidéo, postée sur YouTube [15] , le massacre a été filmé par un soldat malien que l’on entend rire pendant que les soldats exécutent les civils touaregs. La vidéo montre également les soldats maliens prendre l´argent et les autres possessions de leurs victimes avant de les abattre. [16]
* Anna Mahjar-Barducci est chercheur d´études nord-africaines au MEMRI.
Notes :
[1] Mnlamov.net, 12 janvier 2013.
[2] AFP, 14 janvier 2013.
[3] Le Conseil de transition de l´Etat de l´Azawad (Conseil de transition de l’État de l´Azawad) est un gouvernement d’intérim de 28 membres formé par le MLNA en juin 2012.
[4] Reuters.com le 20 janvier 2013.
[5] Toumastpress.com, le 26 septembre 2012. Pour l’analyse complète de la lettre ouverte, voir MEMRI Enquête et Analyse n° 892, MNLA Reaction To ECOWAS Intervention Plan In Azawad: ´We Are The Only Credible Ally In The Fight Against Terrorism In The Sahel´ - Inquiry & Analysis Series Report, 24 octobre 2012.
[6] Voir MEMRI Enquête et analyse n° 854, The Fight For A Secular State Of Azawad – Part II: Fighting Terror In The Sahel, 5 juillet 2012.
[7] Toumastpress.com, 26 septembre 2012.
[8] Toumastpress.com, 9 août 2012.
[9] Toumastpress.com, 30 mai 2012. Le désir d´indépendance du peuple Azawadi est également alimenté par des années de frustration devant la négligence de leur région par le Mali. Voir par exemple l´article de Mustapha Dahi, un modérateur sur le grand forum Internet d’Azawad, Kidal info. Dahi est un Maure (bien qu´il se définisse comme un simple « Arabe »), non-partisan du MNLA, et se dit opposé à la sécession de l´Azawad. Toutefois, il écrit que l´indépendance de l´Azawad finira par arriver, dans « cinq, dix, ou 100 ans », parce que rien de durable ne peut se bâtir sur la frustration de ce peuple. Il souligne que les Azawadis construisent des écoles et des start-ups sans l´aide de l´Etat malien, celui-ci n’ayant pas investi dans l´infrastructure de l´Azawad. Il affirme également que, depuis la sécession, la région enregistre moins de pénuries alimentaires. Kidal info, 23 janvier 2013.
ccedil;ois-alfonsi.eu, 15 janvier 2013.
[11] Jeune Afrique, 20 janvier 2013.
[12] Think Africa Press, 6 février 2012.
[13] Fidh.org, 24 janvier 2013.
[14] Les Touaregs et les Maures sont souvent appelés péjorativement « peaux claires » ou « peaux rouges ».
<[15] http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=SR6zjv3d38s.
[16] Toumastpress.com, 18 janvier 2013.

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Le Nord-Mali aux mains des rebelles




mercredi 9 mai 2012, par Mohomodou Houssouba (écrivain originaire de Gao)
http://blog.mondediplo.net/2012-05-09-Le-Nord-Mali-aux-mains-des-rebelles

Gao, Kidal, Tombouctou : Les trois capitales régionales du nord du Mali sont tombées en moins de trois jours (du 30 mars au 1er avril 2012), deux mois après le déclenchement de la rébellion, provoquant la débâcle de l’armée. L’administration, les services publics et financiers ont été anéantis dans l’ensemble du nord du pays par les rebelles touaregs et leurs alliés islamistes, les cycles de production et les réseaux d’échange désorganisés, ce qui laisse craindre une véritable désintégration sociale dans cette région déjà très vulnérable aux aléas climatiques (à l’automne 2011, les observateurs faisaient état d’un risque de crise alimentaire grave dans la zone sahélienne). Au début du mois de mai, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) et la Croix Rouge estimaient à 320 000 le nombre des réfugiés et des personnes déplacées.

Le coup d’Etat du 22 mars à Bamako, la capitale du Mali, a affaibli une armée déjà fragilisée par les défaites de Ménaka et Tessalit deux mois plus tôt. Les auteurs du putsch, qui jugeaient « calamiteuse » la gestion de la guerre au nord, ont largement contribué à briser la chaîne de commandement militaire, ce qui a permis aux groupes rebelles de prendre assez facilement le contrôle des deux tiers du pays. Ils avaient d’ailleurs réussi à couper les routes d’approvisionnement et isoler toutes les casernes du nord du pays qui sont tombées les unes après les autres : Ménaka, dans la nuit du 17 janvier, puis Anderamboukane, et Aguelhoc au nord de Kidal, où les rebelles se sont livrés à des actes de barbarie sur des dizaines de soldats désarmés.

La guerre au Mali : territoires occupés, réfugiés et personnes déplacée.

Situation au 25 avril 2012.

Le 1er et le 2 février, des femmes de soldats avaient manifesté pour dénoncer les conditions du service dans le Nord et exiger que le gouvernement s’occupe plus sérieusement du sort des militaires et de leurs familles. D’abord interdites, les manifestations finalement autorisées s’étaient transformées en émeutes et en attaques contre les maisons et commerces des Touaregs et des Arabes.

Dans le même temps, les rebelles s’attaquaient à Niafunké après avoir pris la petite ville de Léré, déjà évacuée par les soldats et la population. Les biens des populations arabo-touarègues ont aussi été détruits dans le sud du pays, à Bamako et à Kati (une petite ville à quelques kilomètres au nord de la capitale), ainsi qu’à Ségou et Sikasso, provoquant des départs massifs vers le Burkina Faso et la Mauritanie. Ces événements ont profondément endommagé la cohésion sociale entre ces communautés.

Alors que Bamako retrouvait son calme, la guerre continuait dans le désert, et l’armée régulière malienne subissait revers sur revers. A la mi-mars, les rebelles ont fait tomber la garnison de Tessalit, à la frontière avec l’Algérie. La prise de cette ville coïncidait avec l’apparition publique d’Iyad Ag Ghali, le chef du mouvement islamiste touareg Ansar Dine. Dans des vidéos, il ne cachait pas son objectif : imposer la loi islamique sur le Nord Mali. Jusqu’alors, la rébellion semblait monopolisée par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), qui se battait pour l’indépendance du nord du pays.

Le coup d’Etat à Bamako devait précipiter la chute des derniers bastions comme Kidal, point de mire du MNLA, d’Ansar Dine et ses alliés d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), mais aussi les villes-symboles de Gao et Tombouctou. Dans la dernière semaine de mars, les rebelles contrôlaient tous les accès entre Niafunké, au bord du fleuve Niger jusqu’à Tessalit, au Nord, près de la frontière avec l’Algérie, et pouvaient planter leur drapeau sur l’ensemble de la région qu’ils revendiquent. Le 6 avril, ils déclaraient la naissance de la République indépendante de l’Azawad.

Gao sous contrôle rebelle, un mois après

Kidal est tombée le 30 mars. Le lendemain, c’est au tour de Gao et ses deux garnisons, dont celle qui porte le nom de Firhoun Ag Alensar, le chef de la tribu Oulliminden qui a résisté à la colonisation française en combattant dans le sud-est jusqu’à sa capture dans la petite forêt d’Anderamboukane en 1916. Elle abrite d’importantes unités de combat blindées.

Les combats ont duré une journée. Une guerre en direct, rapportée minute par minute par SMS, par téléphone et sur les réseaux sociaux, par les habitants cloîtrés chez eux. A la fin de la journée, la situation était très confuse, certains croyaient que l’armée avait repoussé les assaillants, d’autres avaient clairement compris que la ville de Gao était désormais contrôlée par les rebelles du MNLA, d’Ansar Dine et d’AQMI.

Les six banques, l’hôpital régional, les pharmacies, les organisations humanitaires et bâtiments administratifs ont été saccagés. Le pillage des commerces continuera des jours durant. Les deux marchés du centre-ville, qui avaient brûlé en 2008 et 2010, sont à nouveau anéantis. Avec la destruction des banques, la plupart des salariés n’ont pu être payés. Une ville de plus de 85 000 habitants ne dispose plus d’aucun service de base.

Même si Gao ne résonne pas dans l’imaginaire occidental comme Djenné ou Tombouctou, la ville – créée autour du VIIe siècle – est l’une des plus vieilles de la région, pendant longtemps siège du pouvoir de l’ancien Empire songhay. Juchée sur la boucle du Niger juste au niveau du méridien de Greenwich, elle est sise au croisement des routes reliant Bamako à Niamey, Ouagadougou à Tamanrasset. De 2006 à 2007, la construction du pont de Wabaria et le bitumage de la route vers Niamey en ont fait une pièce maîtresse de la transsaharienne.

La rébellion touarègue, mais laquelle ?

Dès la première semaine, les contours de cette rébellion polymorphe commençaient à se dessiner. Alors que la fraction séparatiste incarnée par le MNLA fanfaronnait avec ses communiqués de guerre et sa déclaration d’indépendance, les islamistes touaregs d’Ansar Dine se présentaient sur le terrain comme les garants de la sécurité et du bien-être de la population. Les dirigeants islamistes rencontrèrent successivement les chefs traditionnels et religieux et distribuèrent des numéros de téléphone que les gens pouvaient appeler en cas de danger… Dans les jours qui suivirent, le MNLA avait à gérer les conséquences politiques et diplomatiques de ses tonitruantes déclarations.
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A la fin du mois d’avril, le MNLA organisait enfin une rencontre avec les chefs traditionnels et religieux de Gao, pour discuter des problèmes de gestion de la ville. Les responsables d’Ansar Dine en étaient absents : son porte-parole à déclaré que son mouvement ne se sentait pas concerné. Au même moment, il procédait à la libération de l’otage suisse Beatrice Stöckly, kidnappée à Tombouctou neuf jours plus tôt, la remettant directement aux médiateurs de la présidence burkinabé. La veille, ils avaient livré 160 prisonniers (des soldats maliens) au Haut conseil islamique du Mali (HCI), dirigé par Mahmoud Dicko, un imam d’obédience wahhabite. Deux opérations fort bien médiatisées…

Ansar Dine a su en outre regagner un peu de confiance au sein de la population, en répondant aux appels de détresse, et en aidant à récupérer des biens volés. Le MNLA, qui poursuit d’autres objectifs, souffre d’un handicap majeur dans l’opinion : le mouvement est assimilé aux actes de pillage, confiscation de biens, enlèvements et viols. Les indépendantistes sont considérés comme des bandes de maraudeurs indisciplinés qui attaquent et dépossèdent.

Cibles de la furie salafiste, les églises ont été démolies, tout comme les bars et autres lieux de divertissement – à Tombouctou, le mausolée d’un saint musulman a même été profané le 4 mai, son culte jugé idolâtre. On estime que deux cents chrétiens vivaient à Gao. Ils auraient tous fui ou pris refuge dans les villages. Cette violence anti-chrétienne inédite tranche avec la tradition musulmane locale, au point que même le président du HCI l’a dénoncée, en réaffirmant la coexistence des animistes, chrétiens et musulmans dans le pays, parfois au sein de la même famille.

Chérif Ousmane Madani Haïdara, à la tête d’une confrérie traditionaliste plus ancienne également dénommée Ansar Dine (en arabe, « les défenseurs de la foi »), a même revendiqué le caractère laïc de l’Etat malien et accusé la rébellion wahhabite d’avoir usurpé le nom de son association. Haïdara avait déjà critiqué l’emprise wahhabite sur le HCI. Cette hostilité s’explique par l’histoire du pays. L’islam traditionnel a été façonné par les confréries soufies. Le wahhabisme est arrivé vers 1930, mais ne s’est réellement implanté qu’à partir de 1950 ; à Bamako, des wahhabites ont rapidement prospéré dans le commerce ; en mai 1957, de violentes émeutes ont visé maisons et commerces – une violence sous fond de ressentiment économique.

Les relations entre Ansar Dine et la communauté wahhabite sont imprévisibles. La région de Gao a été très déstabilisée par le retour, il y a quarante ans, de ressortissants convertis au wahhabisme dans les années 1960 et 1970. La plupart avaient quitté la campagne pour faire des études coraniques au Niger et au Nigeria. Certains avaient pu aller jusqu’au Soudan et en Arabie saoudite, berceau du wahhabisme. Ils ont commencé à vouloir convertir à leur vision de la religion des familles et des notables, puis à recruter de nouveaux disciples en jouant sur les relations familiales. Leur attitude expansionniste et agressive allait déclencher une réaction violente au sein d’une population plutôt acquise aux rites soufis, avec une forte coloration de croyances traditionnelles. En fait, l’ancienne religion du fleuve dont les cérémonies annuelles étaient conduites publiquement par le « harikoy » (maître des eaux du fleuve) et les rites de la brousse dits de « hawka », coexistaient très pacifiquement avec l’islam traditionnel.

Finalement, les forces de la communauté wahhabite se déplaceront vers les villes, où le commerce avec le Proche-Orient a enrichi un grand nombre de négociants qui investissent dans les médersas (écoles coraniques) et les médias pour accentuer leur influence politique, devenue perceptible aux élections de 2002. En août 2009, l’opposition à la réforme du Code des personnes et de la famille fut menée par l’imam Mahmoud Dicko avec des marches auxquelles ont participé des dizaines de milliers de manifestants à Bamako ou à Gao : en tête de cortège, des femmes habillées en noir de la tête aux chevilles. Cette mobilisation avait forcé le président malien à vider la loi de toutes les avancées significatives pour les femmes.

Les années 1970 marquent donc la fin d’une ère, qui a débuté au tout début du XVIIe siècle. Avec la chute de l’Empire songhay en 1591, aucun Etat central ne pouvait plus assumer un pouvoir fort sur les populations de la boucle du Niger. Les communautés se sont alors organisées de façon autonome, avec des périodes de guerre et de paix entre certaines tribus nomades et les communautés riveraines. Des conflits à répétition avec les chefs touaregs à la cruauté de la colonisation française, la région a une histoire mouvementée.

Cette « mémoire » reste bien vivante, et les rebelles s’en servent pour justifier leur campagne guerrière. Mais chaque communauté a potentiellement une mémoire de domination et de résistance ou un récit « micronational », parfois épique, parfois tragique, qui d’ailleurs peut varier au sein de la même communauté culturelle et linguistique. Ces nuances disparaissent lorsque les « seigneurs de guerre » ayant grandi en Libye ou en Algérie parlent de l’Azawad comme du berceau exclusif d’un groupe ethnique.

Cohabitation entre MNLA et Ansar Dine : le prologue de Gao

Durant les deux premiers mois de la rébellion, on a surtout entendu parler du MNLA. A la fin du mois de janvier, Iyad Ag Ghali, le chef du mouvement islamiste Ansar Dine a revendiqué les attaques d’Aguelhoc et de Tessalit comme ses propres victoires. Les ambitions commencaient à s’aiguiser ; les chemins des rebelles tendaient à bifurquer. Ansar Dine combat aux côtés des indépendantistes du MNLA, mais prend des positions inverses avec, par exemple, la volonté d’imposer la charia sur toute l’étendue du territoire malien. Cette composante islamiste, dont le MNLA s’était accommodé jusque-là pour défaire l’armée malienne, devient maintenant plutôt encombrante.

Après quelques semaines de cogestion de la ville de Gao, Ansar Dine semble tenir la ville d’une main de fer, bien que le MNLA déclare contrôler les frontières « externes » et semble se préparer à se débarrasser d’Ansar Dine et ses alliés djihadistes dès que ce sera possible. Le dilemme du MNLA se situe exactement à ce niveau et ressemble curieusement à celui du gouvernement malien qui aurait un moment toléré la présence des salafistes et ignoré l’angoisse de ses voisins algériens et mauritaniens. Finalement, le Mali a essayé d’agir à un moment où il n’avait déjà plus les moyens de contrer la coalition de groupes armés sur son territoire.

Aujourd’hui, les accrochages entre les hommes d’Ansar Dine et du MNLA sont si fréquents qu’il n’est plus possible de nier la fracture grandissante entre les deux camps, même s’ils arrivent souvent à limiter les dégâts à temps. A la cuisante défaite de l’armée malienne succède donc l’ouverture d’un nouveau front qui mène le nord du pays vers un avenir incertain. Mais il est clair que la justice qui règne à Gao depuis avril est bien celle d’Ansar Dine – la charia dans sa version wahhabite – et non pas le droit laïc et révolutionnaire promis par le MNLA.

Stratégies de survie

Tant bien que mal, des actions de solidarité sont organisées depuis Bamako, pour la population bloquée au nord du pays. Les premiers convois de vivres et de médicaments envoyés par le Collectif des ressortissants du Nord (Coren) et des associations de villages sont arrivés à la mi-avril. Cet effort continue avec l’opération « cri de cœur », du nom d’un collectif de jeunes qui utilisent des numéros surtaxés mis à leur disposition par les compagnies de téléphones mobile pour récolter des fonds. Les sommes recueillies ont permis d’acheter des vivres et des médicaments.

Mais l’aide la plus déterminante provient des familles elles-mêmes. Où qu’ils se trouvent, les gens s’organisent pour aider leurs parents à survivre. Un système de troc s’est mis en place, puisqu’il est impossible d’envoyer de l’argent par la banque. Les échanges se limitent aux denrées de base et aux médicaments. Le procédé consiste à verser l’argent à une personne à Bamako ou à Niamey qui demande à une autre à Gao de donner une quantité de céréales ou de condiments à un correspondant. Tant que le système marche, les transactions peuvent se faire sans que l’argent ne « voyage ».

Les pillages ont affaibli les stocks, et les commerçants sont discrets sur leurs réserves. Ce qui contribue à faire monter considérablement les prix. Ce système en vase clos s’effondrera tôt ou tard si la situation persiste et si la région n’a pas la possibilité de se réapprovisionner. En attendant, en quête de légitimité après la démolition délibérée de la ville, chaque camp se profile en meilleur gardien de ses ruines.

A lire

Touaregs, la « marche en vrille » par Hawad, mai 2012.
Les soulèvements armés touaregs qui ont jailli depuis les années 1960 au Mali, au Niger ou en Algérie ne sont pas surprenants ou imprévisibles : ils s’inscrivent dans la prolongation de la résistance des Touaregs aux empires coloniaux.

Comment le Sahel est devenu une poudrière par Philippe Leymarie, avril 2012.
Le coup d’Etat militaire qui, le 22 mars, a renversé le régime « modèle » du président malien Amadou Toumani Touré a ajouté à la confusion régionale. Secouée par les nouvelles rébellions de mouvements touaregs, la bande saharo-sahélienne pâtit également de l’impunité des groupes armés se réclamant d’Al-Qaida au Maghreb islamique.

Au Sahel, un nouveau front à haut risque par Philippe Leymarie, Défense en ligne, Les blogs du Diplo, septembre 2010.
L’enlèvement au Niger de sept employés d’Areva et Vinci, quels qu’en soient les développements à venir, constitue un défi lancé au gouvernement français ainsi qu’à l’ensemble des pays des confins sahariens, qui jouent chacun leur jeu dans une partie de billard à plusieurs bandes.

Le Nord Mali victime d’une prophétie autoréalisatrice par Jean-Christophe Servant, Echos d’Afrique Les blogs du Diplo, décembre 2009.
La situation régnant dans le Nord Mali est de plus en plus complexe et brouillée, l’imbrication des facteurs géopolitiques, humains, économiques dans cette zone ne permettent que d’échafauder des hypothèses.

Recension du livre Les rébellions touarègues d’Anne Saint Girons par Cédric Gouverneur, mai 2009.

Vers la réintégration des Touaregs au Mali par Robin Edward Poulton, novembre 1996.

Nouvel enlisement des espoirs de paix dans le conflit touareg au Mali par Philippe Baqué, avril 1995.

Les Touaregs : un exil perpétuel ? Interview de Mohamed Mahmoud Sidi, président de l’Organisation pour l’assistance aux enfants malades et en situation difficile (OAEMSD) par Intagrist El Ansari, 6 mai 2012.

Dans l’atlas 2012 du Monde diplomatique, Mondes émergents, « Al-Qaida s’enracine au Sahara », de Jean-Pierre Filiu.
En 2007, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat annonce son allégeance à Oussama Ben Laden et crée AQMI. Cette organisation, dirigée depuis la Kabylie, a poursuivi le harcèlement djihadiste des forces algériennes de sécurité. Malgré la forte médiatisation des enlèvements d’otages occidentaux dans la zone sahélienne, elle est affaiblie par des rivalités de chefs et se révèle incapable de compromettre le processus démocratique au Mali comme au Niger.

Mohomodou Houssouba est écrivain, originaire de Gao.

Bagoundié blues, L’Atalante, Nantes, 2003.
Passages au Kansas, La rue blanche, Rezé, 2005.

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Olivier Roy et Philippe Hugon


Olivier Roy est un politologue français, spécialiste de l'Islam. Il dirige le Programme Méditerranéen à l' Institut Universitaire Européen de Florence en Italie. Il est l'auteur notamment de Généalogie de l'Islamisme.

Philippe Hugon est directeur de recherche à l'IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques), en charge de l'Afrique. Professeur émérite, agrégé de Sciences économiques à l'université Paris X, il est notamment l'auteur de Les Suds dans la crise (Armand Colin, 2009).

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Mali, Afghanistan, Irak... Ces guerres qu'on ne peut pas gagner en ignorant l'importance des appartenances tribales ou claniques

François Hollande est attendu ce samedi au Mali "pour exprimer à nos soldats tout notre soutien". Mais certaines guerres ne se gagnent pas uniquement sur le terrain militaire. L'Occident imagine trop souvent des solutions politiques vouées à l'échec en oubliant les structures claniques ou tribales structurant ces pays.

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Atlantico : Afghanistan, Irak, Libye... Les interventions armées des puissances occidentales ont toujours accouché de troubles socio-politiques dont les conséquences se voient aujourd'hui encore au Mali. Peut-on dire que notre méconaissance des structures claniques ou tribales structurant ces pays explique notre incapacité à pacifier ces régions ?
Philippe Hugon : Il est vrai que l'Afghanistan, la Libye ou encore la Syrie fonctionnent sur des extensions politiques du système tribal, mais il faudrait modérer ce constat dans le cas malien. La question ethnique n’est plus vraiment déterminante dans le pays depuis les années 1960, époque à laquelle le socialiste Modibo Keita a mis en place une politique étatique relayant les logiques ethniques au second plan. Les débats politiques dépassent depuis l’appartenance au groupe et l'on ne peut pas dire qu'il y ait eu dans l'histoire récente du Mali d'important conflit tribal.

Cela est sans compter bien sûr l’exception touarègue qui est un problème récurrent aux frontières depuis plusieurs dizaines d’années. Cette ethnie nomade fonctionne encore sur le mode tribal à l'inverse des Maliens Peuhls ou Bambara qui ont un sentiment d'appartenance nationale relativement prédominant. Les Touaregs ne partagent ni la même histoire, ni la même langue et sont extrêmement attachés à leur mode de vie, qu'ils refusent d'abandonner pour se fondre dans un autre Etat. Cela s'est traduit par de nombreuses alternances entre rébellions et négociations avec les gouvernement locaux par le passé. La chute récente du régime de Khadafi combinée à la faiblesse de l'Etat malien a permis depuis aux tribus nomades de monter en puissance et de lancer le mouvement d'indépendance de l'Azawad qui est à l'origine des troubles actuels. Dans le cas du Nord Mali, et plus généralement du Sahel, la connaissance des logiques tribales, qui permet par exemple d'être au fait des alliances matrimoniales formées entre les différentes tribus touaregs, est effectivement un atout clé de la pacification. Le risque d'amalgames entre Touaregs et djihadistes est par ailleurs croissant comme le montrent les exactions arbitraires de l'armée malienne et les conséquences ne sont pas ici à prendre à la légère.

Olivier Roy : La pacification du Mali, et plus généralement de la région, sera difficilement envisageable si on se contente de remettre en place une administration similaire aux précédentes qui sera mal vue par la population du nord et qui sera probablement responsable d'exactions. A long terme la seule option viable quoiqu'on en pense est de prendre en considération les différents acteurs politiques et de leur donner le temps de trouver un consensus. Le problème est que les interventions extérieures anesthésiant le débat politique local en favorisant telle faction contre telle autre ou en donnant à telle faction le sentiment qu’elle n’a pas besoin de trouver un consensus et une légitimité pour s'imposer. Du coup, on gèle tout processus propre à l’Etat en question. Or, il n’y aura pas d’Etat légitime, donc de pacification durable, sans un processus politique malien. Rassembler quelques représentants officiels dans un hôtel et les enfermer pendant quinze jours pour qu’ils trouvent un compromis ne ménera hélas à rien et risque peu de déboucher sur un Etat fort et légitime.

La France a justement un objectif de "reconstruction" de l'Etat malien, le but étant d'assurer la stabilité de la région. Cet objectif est-il réalisable alors que les tensions communautaires s'aggravent actuellement ?

Olivier Roy : C’est tout le problème : « A qui va-t-on remettre les clefs ? » On nous a dit que le but de la guerre était d’expulser les terroristes islamiques sans définir exactement qui ils sont. Où le terrorisme s’arrête-t-il et où commence l’interlocuteur politique légitime ? On annonce qu’on va remettre les clefs à l’Etat malien, mais il n’y a pas de gouvernement stable et légitime qui pourrait prétendre à représenter le pays avant de représenter tel ou tel groupe. Si des groupes radicaux islamistes ont pu faire une percée dans le nord du pays, c’est parce qu’il y avait un mouvement populaire dans le nord contre le pouvoir central. Ce ne sont pas les islamistes qui ont fait un coup de force contre la population locale. Il y a bien eu un mécontentement.

La réorganisation démocratique de l'Afghanistan et de l'Irak est loin d'être aboutie après plus de 10 ans de présence occidentale. Cela peut-il s'expliquer par une négation des rapports structurant les ethnies locales ? Qu'en est-il pour le Mali ?

Olivier Roy : En effet, l’effort de démocratisation ne prend jamais réellement en compte la structure de la société. Il faut prendre le mot tribalisme dans un sens très large : groupe ethnique, famille étendue, etc… En Irak, comme en Afghanistan , on a essayé d’imposer un modèle démocratique traditionnel : le peuple vote, élit un parlement qui prépare une Constitution, puis choisi entre différentes options politiques pour mettre en place un gouvernement qui dirige le pays. Comme on l’a constaté en Afghanistan ou en Libye, il y a bien une demande de démocratie car les gens se déplacent pour aller voter même dans des conditions difficiles. Le problème est de passer de cette demande de démocratie à son institutionnalisation. Livrer clef en main un modèle politique ne fonctionne pas parce qu’on loupe complètement l’étape de la construction de l’Etat. C’est un échec qu’on va voir se répéter au Mali car le but de l’opération est de rétablir la souveraineté de l’Etat malien. Or, il n’y a pas d’appareil d’Etat légitime au Mali.

Dans une situation d’instabilité, les gens votent pour leur groupe et le groupe essaie de se brancher sur l’appareil d’Etat. C’est un réflexe beaucoup plus défensif que prédateur. Aucun groupe ne prétend être l’Etat. En revanche, chaque groupe a peur que l’autre groupe s’empare avant lui de l’Etat. Il y a un système de clientélisme et de corruption, mais ce réflexe de groupe est tout à fait normal dans un contexte où il y a une ouverture brusque du champ politique sans vrais institutions politiques. La question est de savoir comment les sociétés "tribalisées" peuvent mettre en place un compromis politique et un espace politique.

Philippe Hugon : La démocratie est par définition la loi de la majorité, ce qui pose logiquement problème dans des sociétés pluriethniques où une relation un tant soi peu équilibrée des divers groupes est une condition essentielle de la paix sociale. Cela prend du temps lorsque la démocratie est instaurée de manière rapide et l’on comprend en conséquence les complications de pays comme l’Irak, l’Afghanistan ou la Libye. Les questions de coexistence et de compensation via l’instauration de contres-pouvoirs en faveurs des ethnies moins représentées y sont traditionnellement essentielles et c'est paradoxalement cet équilibre que la démocratie remet en cause dans ces pays pour l'instant.

L’instauration de régimes démocratiques, comme en Libye ou en Syrie s’est basée sur une vision finalement restreinte de la démocratie, plutôt que de s'appuyer sur sa définition universelle : les principes d’élections libres et de multipartisme ne se calquent pas facilement sur les sociétés qui les ignoraient jusque-là. Cela est particulièrement vrai pour ces deux pays : la dialectique pouvoir/opposition s'y construit actuellement sur des antagonismes violents qui contrastent avec les débats politiques institutionnalisés de l’Occident. Cette non-prise en compte des rapports de pouvoirs explique largement l’incompréhension des pays développés face aux Printemps arabes et aux évènements qui en découlent.

Pour ce qui est du Mali, on peut dire que, le conflit grandissant, la question des antagonismes ethniques se posera de plus en plus, la lutte contre le djihadisme ne pouvant pas être l'éternel référent des Etats africains impliqués dans le conflits (Algérie, Tchad, pays de la CEDEAO, ndlr). Le risque de voir le fait ethnique croître avec le temps est ici bien concret, avec en conséquence un renforcement des réflexes clanique et un bouleversement profond des stabilités régionales.

En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/mali-afghanistan-irak-ces-guerres-qu-on-ne-peut-pas-gagner-en-ignorant-importance-appartenances-tribales-ou-claniques-olivier-ro-625812.html#GZcd7C3uLllpLJmd.99

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Intervention au Mali, les vrais motifs


1 février 2013  Classé dans: France,Mali,Présidence Hollande | Posté par: Jean-Patrick Grumberg

La version officielle de l’intervention au Mali est que « la France n’a aucun intérêt au Mali, elle est au service de la paix, elle veut éliminer les terroristes et ramener la stabilité dans la région ».

« L’intérêt supérieur de la nation » est le passe-partout qui cache le racisme des deux clans – les gaullistes et les gauchistes – qui noyautent le Ministère des affaires étrangères, et la France a découpé l’Afrique en lots – y compris des lots de consolation – qui ne tiennent compte ni des peuples, ni des clans, ni des rapports de dominants à dominés, ni de l’histoire, ni des rivalités ancestrales, parce qu’elle éprouve un total mépris pour ces peuples et ces clans, dont elle a besoin qu’ils soient idiots, serviles, aliénables et qu’ils lui assurent sa rente.
C’est l’un de ces imbéciles découpages que les Touaregs rejettent que la France a envoyé son armée protéger.
Ironie, le Qatar entend maintenant interdire à la France de toucher aux Touaregs, et les mêmes qui traitent les noirs africains avec dédains font des courbettes aux qataro-dollars.


1 – Paul Melly, chercheur sur le programme Africa du think Tank international Chatham House, écrit :
« Bien sûr, un état djihadiste au Mali renforcerait le terrorisme international. Mais en réalité, c’est une menace secondaire. Le plus grand risque, à la fois pour la région et pour l’Europe, est la dérive de la stabilité et du progrès que l’Afrique occidentale a minutieusement construit – non sans revers – au cours des deux dernières décennies.»
C’est cela qui est en jeu.
La décision du président Hollande de répondre à l’appel du Président Traoré  par une intervention musclée n’est pas en conflit avec son soutien déclaré aux Africains qu’ils prennent eux-mêmes en charge leurs réformes. Bien au contraire, il est la conséquence de cette attitude.
Une victoire djihadiste au Mali, et l’instabilité et les conflits que cela provoquerait, représenterait une menace pour la stabilité et la croissance économique de l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble. La défense d’une Afrique de l’Ouest pacifique, qui se développe en toute sécurité, est d’un intérêt fondamental pour l’Europe. 
»

2 – Katrin Sold, experte auprès du Conseil allemand pour les relations étrangères (DGAP) :
« S’il se crée un état islamiste, la France craint que le Mali devienne un repère et un centre d’entraînement pour les terroristes islamistes » explique t-elle, mais il y a plus que le risque des attaques terroristes. « Dans le long terme, la France a intérêt à sécuriser les ressources du Sahel – particulièrement le pétrole et l’uranium, que la société française Areva exploite depuis des décennies au Niger tout proche ».
Mais il se passera beaucoup de temps avant que les ressources du Mali soient extraites, et Sold pense que les aspects sécuritaires sont la première motivation de l’implication militaire française.

3- L’expert du continent africain Delius est d’accord.
Il insiste sur le fait que lorsqu’on parle de l’engagement miliaire en Libye, de nombreux pays, à commencer par la France, y avaient des intérêts, particulièrement pour le pétrole. Au Mali, explique-t-il, c’est différent, et Paris semble suivre des objectifs très concrets.
Mais avoir envoyé des troupes au Mail est un chemin plein d’embuches pour la France. Le pays est peut-être engagé pour la défense de ses intérêts politiques et sécuritaires, mais il existe un danger fort d’être considéré comme un état néo-colonial. Cependant, la France se conforme à la demande du mandat de l’ONU de décembre 2012.

4- « Il existe un accord de défense entre le Mali et la France qui couvre exactement ce cas »,précise Alexander Stroh, un chercheur à l’institut Allemand d’étude globales. Par conséquent, la France peut être considérée comme remplissant ses obligations vis à vis du gouvernement malien en enrayant la marche des groupes rebelles vers la capitale.

5 – Pour Bruce Whitehouse, un anthropologiste qui a passé cinq ans au Mali, y compris récemment comme professeur pour le programme Fulbright de l’ambassade des Etats Unis à Bamako, la situation est plus complexe :
« Etant donné que nous ignorons ce qui se trouve exactement dans le sous-sol malien, il n’est pas possible de rejeter l’idée que les ressources naturelles ne sont pas la motivation de l’intervention étrangère.
Mais faire la guerre n’a jamais été le moyen d’accéder pour pas cher à l’or et aux autres minerais du Mali. Les gouvernements successifs du Mali, bien conscients qu’il leur manque les ressources humaines et le capital pour financer et développer eux-même ces ressources, ont signé de très généreux contrats aux compagnies minières, et ont imposé des règlementations minimalistes à leurs activités. A quoi cela sert-il de prendre le risque de cambrioler une bijouterie quand le propriétaire vous offre la marchandise presque gratuitement ?

S’agit-il alors d’un retour de manivelle de l’entraînement militaire que les américains ont fourni ? Probablement pas, car le problème du programme d’entraînement militaire américain n’est pas qu’il a servi au mauvais bord, c’est qu’il n’a pas fonctionné. Après les exercices de 2009, révélés par Wikileaks, les meilleurs éléments, l’élite de l’armée malienne ont reçu des notes très faibles, malgré la longue coopération des formateurs américains. Quel que soit « l’avantage » que cette collaboration a pu apporter, c’était la dernière chose dont les touaregs – des guerriers expérimentés au désert – avaient besoin pour vaincre les forces gouvernementales maliennes.
 »

En conclusion, on ne peut pas affirmer que la guerre au Mali est principalement motivée par ses ressources naturelles. Mais l’on peut dire que c’est une conséquence direct des échecs de l’état, dont la cause trouve sa source essentielle à l’intérieur du Mali lui-même. Mon expérience en tant qu’anthropologiste m’a fait douter des théories réductrices, et m’a incité à accorder plus de crédit à l’histoire,
 en partant du Marxisme jusqu’aux théories de dépendance en passant par la théorie de la modernisation. Le fait que ce qui se passe aujourd’hui au Mali est le résultat d’un « jeu d’influence entre puissances planétaires » pour la domination de la région ignore très largement les réalités du terrain, les réalités maliennes. C’est précisément les réalités que l’anthropologie m’a appris à évaluer.

6- Un analyste russe avance que l’opération Serval représente une tentative de recoloniser l’Afrique.
Malgré la réception chaleureuse des français par les maliens, c’est ce qu’on lit dans la presse malienne ». Mais l’on sait que depuis le début de son mandat, le President Hollande était extrêmement réticent à intervenir dans le conflit malien, et qu’il préférait apporter une aide logistique et financière aux opérations dans l’Ouest africain. L’écroulement imminent de l’armée malienne, début janvier, après la prise de Mopti par les islamistes, a rendu cette option obsolète.

7- La théorie de « l’importance stratégique » du Mali.
Subitement, le mot « stratégique » a commencé à apparaître dans tous les journaux en référence au Mali. Quand vous voyez ce mot associé à des villes poussiéreuses comme Konna ou Diabaly, vous savez que quelque chose ne tourne pas rond. Soyons honnête : en lui-même le Mali a zéro valeur stratégique. Ross Douthat a raison d’écrire : “Le Mali n’est ni riche en pétrole, ni stratégiquement important. C’est le genre d’endroit dont on parle brièvement dans les pages intérieures des rubriques politique étrangère des journaux."

8- L’islam et le Mali.
Certains voient le Mali comme le nouveau front d’affrontement entre l’islam et l’occident. Mais plus de 9 maliens sur 10 sont musulmans, ils remercient l’intervention française, ils ne parlent que de la terreur que faisait régner les islamistes qui voulaient imposer la sharia, et ils ne veulent pas de ce projet intolérant, totalitaire que leur réservaient les groupes islamistes qui avaient pris le contrôle du nord.
Essentiellement, le conflit malien n’est pas entre musulmans et non-musulmans, mais entre musulmans qui ont une vision différente de l’islam. Donc la religion n’est pas le premier sujet ni le plus important du conflit. Une des raisons pour laquelle le gouvernement français était tellement hésitant, et la raison pour laquelle il déclare lutter contre les terroristes et non pas contre les islamistes, est qu’il ne veut pas être l’objet de ceux qui veulent présenter le conflit comme « l’islam contre l’occident.
A bien y regarder, c’est pourtant les habitudes occidentales, modernes, du peuple malien certes musulman que les islamistes ont puni. Les coups de fouets étaient bien pour les femmes qui ne portaient pas le voile. Le mot haram était dans toutes les bouches, les voleurs supposés ont eu les mains coupées conformément à la sharia, la musique, les cigarettes, étaient interdits car trop proches du mode de vie occidental.
Et disons que le Mali aura détruit un mythe en montrant qu’un pays majoritairement musulman (95% de la population) peut appliquer un islam indiscutablement modéré.

9- Pour Jean-Philippe Rémy, envoyé spécial à Bamako, Le pouvoir malien a été sauvé des putschistes par les militaires français :
« Loin du nord du pays, il y a un homme que l’armée française a contribué à sauver, au moins temporairement : le président par intérim, Dioncounda Traoré. Quelques jours avant que l’armée française ne déploie des troupes au Mali, notamment à Bamako, le renversement des fragiles autorités locales qu’il dirige semblait « pratiquement programmé », selon un proche du président. Selon la même source, des militaires auraient même envisagé d’arrêter ce dernier dans la nuit du 9 au 10 janvier, la veille de la prise de Konna par la coalition islamiste.
Dans les jours précédant le début des affrontements entre djihadistes et armée régulière, qui allaient déclencher les premières frappes aériennes françaises, Bamako était au bord du gouffre.
Les groupes politiques qui soutiennent l’ex-junte du capitaine Sanogo avaient lancé une série de manifestations en faveur de l’organisation d’une concertation nationale dont le but était de remettre en question le pouvoir de M. Traoré. Ils affirmaient aussi leur hostilité à une intervention extérieure, y compris française, au Mali, laissant le soin de reprendre le Nord à la seule armée malienne.
L’ambiance était électrique à Bamako
Tandis que les groupes armés islamistes se mettaient en ordre de bataille pour organiser leur percée vers le Sud, des manifestations hostiles étaient organisées à Bamako entraînant des violences. Des organisations politiques, un syndicat d’écoliers et d’étudiants (AEEM) avaient appelé à la grève. Dans les rues, on avait dressé des barrages, enflammé des pneus, bloqué le passage de deux ponts. L’ambiance était électrique.
La chute de Konna semblait ouvrir la voie à celle de Mopti et de la base voisine de Sévaré. Un début de réaction en chaîne qui aurait pu emporter le pouvoir civil.
« Si Mopti avait été prise, les islamistes se seraient trouvés avec un boulevard ouvert en direction de Bamako », analyse Tiébilé Dramé, président du Parena, et pilier du FDR, une coalition hostile à l’ex-junte du capitaine Sanogo. Il conclut : « C’est le syndrome de Tessalit. »

Explication : en mars 2012, la chute de Tessalit, dans le Nord, avait marqué le début de l’effondrement militaire et psychologique du pouvoir civil malien de l’époque, à la veille d’une élection présidentielle à laquelle le président Amadou Toumani Touré (« ATT ») ne devait pas se représenter. Dans la foulée, un coup d’Etat, mené par des sous-officiers, hommes du rang et officiers subalternes, survenait dans la nuit du 21 au 22 mars 2012 alors que les soldats basés à Bamako refusaient de partir au front. « Nous n’étions plus que dix-sept à la présidence lorsque les putschistes sont arrivés », témoigne un conseiller d’ATT présent ce soir-là.

Otages des militaires

Dans le désordre, un inconnu, le capitaine Amadou Sanogo, allait émerger.
Contraint de quitter le pouvoir sous la pression des pays de la région peu après, il continue, depuis, d’exercer une forte influence. A la mi-décembre 2012, des responsables militaires de l’entourage du capitaine avaient débarqué sans ménagement l’ex-premier ministre, Cheikh Modibo Diarra, de son poste de premier ministre, en l’arrêtant chez et en lui faisant annoncer sa démission à la télévision nationale. Certains de ses proches ont ensuite été nommés dans le gouvernement du nouveau premier ministre.« Il ne faut pas se voiler la face : le président et la transition sont les otages des militaires », assure un conseiller du nouveau premier ministre, Diango Sissoko.

Qui commande l’armée ?

La question est complexe. Dans certaines unités, remarque une bonne source malienne, « la chaîne de commandement est entièrement perturbée, surtout depuis le putsch : ce sont les sergents qui donnent des ordres aux colonels de notre armée où les officiers supérieurs sont en nombre écrasant ».
« Lorsque le Mali est entré en possession d’une importante livraison d’armes, le matériel, notamment des blindés, a été accueilli à Bamako par le capitaine Sanogo, qui s’est installé à la tête du convoi pour le mener jusqu’au camp militaire de Kati, où se trouve sa propre « capitale ». On ignore si cet armement a fait son chemin jusqu’au front où l’armée malienne devrait être engagée à présent », ajoute la source.


10- Pour le journaliste Kharroubi Habib, Dioncounda Traoré est un va-t-en-guerre passé sous contrôle français.
Faisant fi des conclusions des travaux de la réunion des «pays du champ» tenue début janvier à Niamey, considérant que la complexité de la crise malienne demande une approche politique en vue de sa solution, le président intérimaire malien Dioncounda Traoré joue les va-t-en-guerre en voulant manifestement d’une intervention militaire dans le nord de son pays au motif selon lui que celle-ci est inévitable car il n’y aurait rien à négocier avec les rebelles dans cette zone.

Des interlocuteurs acquis à l’idée d’un dialogue et de négociations avec Bamako excluant la partition du pays Dioncounda Traoré a fait sa déclaration alors justement que le ministre burkinabé des Affaires étrangères venait de prendre contact au Nord-Mali avec certains des acteurs locaux de la crise malienne et des notables représentatifs de la population de cette partie du pays. Des contacts qui ont fait apparaître que les interlocuteurs de l’émissaire burkinabé sont acquis à l’idée d’un dialogue et de négociations avec les autorités de Bamako, excluant la revendication de la partition du pays. Disposition conciliante dont même le groupe islamiste armé Ansar Eddine s’est déclaré animé. Il est indubitable que la « sortie » belliqueuse du président intérimaire malien a eu pour objectif de faire capoter la médiation burkinabé.

A Paris deux mois avant l’intervention, le président malien a reçu le feu vert français

La solution politique prônée par les « pays du champ » dont l’Algérie, n’est pas de toute évidence inscrite dans l’agenda de Dioncounda Traoré. Celui-ci est rentré au pays après plus de deux mois d’un séjour parisien qu’il ne doit pas uniquement aux soins médicaux rendus nécessaires par la gravité de l’agression dont il a été victime dans le palais présidentiel à Bamako.  Il ne fait aucun doute qu’il a attendu le feu vert français à son retour, lequel s’est effectué une fois que l’Elysée et le Quai d’Orsay ont finalisé à son intention leur feuille de route à suivre par les autorités maliennespour la gestion de leur crise nationale. Dioncounda Traoré revenu au pays, la France fait le pressing pour l’option interventionniste qu’elle va remettre sur le tapis au Conseil de sécurité de l’ONU dont elle vient de prendre la présidence tournante pour un mois.

Le préalable à une intervention militaire consiste dans la réconciliation entre Bamako et les populations du nord

La diplomatie française cherche à créer l’illusion d’un consensus régional et international en faveur de cette option en arguant de la menace d’un « Sahélistan » en voie d’instauration au Nord-Mali sous la coupe de l’organisation islamo-terroriste Aqmi. Oublieuse pourtant que sans mésestimer cette menace à laquelle la politique française dans la région n’est pas étrangère, les « pays du champ » s’en tiennent à une autre démarche pour la conter.
Celle de convaincre les autorités maliennes que le préalable à une intervention militaire au nord du Mali consiste dans la réconciliation entre les autorités de Bamako et les populations de cette partie du Mali et de ce fait isoler Aqmi de celles-ci. Il semble bien que Dioncounda Traoré soit sous l’influence française réfractaire au dialogue avec quiconque est en rébellion contre l’autorité du gouvernement malien. Cet état d’esprit a été celui d’AT Touré, son prédécesseur déchu, et a conduit à la crise qui a consommé la partition du pays et à la destruction de l’Etat malien.

Le fond de la crise est d’abord et avant tout politique

En refusant d’admettre que le fond de la crise est d’abord et avant tout politique nécessitant un dialogue inter-malien, Dioncounda Traoré, son sponsor français et leurs alliés liges africains font le jeu d’Aqmi, qui pourra ainsi très certainement argumenter auprès des autres groupes armés au nord du Mali que l’intervention projetée les vise sans distinction et leur prêcher l’union dans la résistance. Et si cet objectif est atteint par Aqmi, l’intervention demandée par Diaoncounda Traoré deviendra un enfer pour les troupes qui y seront engagées et dramatique pour les populations locales.

11- Pour sa part, Abdel Bari Atwan, l’un des éditorialistes les plus importants de la presse arabe, et directeur du journal al-Quds al-Arabi en langue arabe édité à Londres, l’Algérie est le premier et peut-être le seul objectif de la guerre au Mali, convoitée par le Qatar, financier de la France, et qui souhaite porter sa domination sur toute la région. Personne ne peut croire que la France est intervenue au Mali pour éliminer le terrorisme et al Qaida, puisqu’elle est intervenue en Libye contre un dictateur qui s’était opposé à al Qaida, qu’elle a planté ses graines en Libye où le prix des Kalashnikov, dans les déserts de Libye, est tombé à moins de vingt dollars. La Syrie est l’autre exemple, qui va donner naissance à l’anarchie, et où la France soutient al Qaida et ses groupes affiliés contre al Assad.

12 - Selon Issa N’Diaye, politologe malien et professeur des Universités au Mali, c’est l’intervention à Kidal qui va obliger la France a « jeter les masques et les Maliens comprendront mieux quels sont les enjeux réels de cette crise ». Quels sont-ils ces enjeux ? La réponse au micro de Ramata Soré ci-dessous :

Faisant la synthèse, je pense que la France a été précipitée par les évènements dans cette intervention. Aqmi n’a pas attendu que la France donne le top départ.
Mais les fonctionnaires français n’ont pas été intéressés, ni capables – ils ne sont pas formés en ce sens – d’apporter à la région une réponse autre que néo-coloniale, sans vision stratégique à moyen et long terme, et non teintée d’un indécrottable fond de racisme.
La politique française en Afrique est dominée par des hommes formés à une école de pensée imprégnée de suffisance, d’arrogance, et d’un sentiment général de supériorité que rien ne justifie, hérité d’un passé doré dont la disparition a du mal à passer.
En Afrique, la France a toujours feint d’ignorer les souffrances infligées aux peuples africains par une caste corrompue par elle et qui l’aide à servir ses intérêts. Elle n’a jamais exigé des « élites », en contrepartie des fabuleux pots de vin qu’elle distribue, qu’ils traitent dignement leur population, qu’ils les nourrissent, qu’ils les sortent du tiers monde. La France avait, a, les moyens de pression pour que les dirigeants africains suivent quelques rudiments de la Déclaration des droits de l’homme dont la France s’auto-proclame le garant. Lorsque le neveu d’un président du Togo m’a proposé de créer avec lui des réseaux de transport modernes dans son pays, ce que j’ai refusé, les robinets étaient grands ouverts, l’argent coulait à flot, il suffisait de savoir faire « remonter ».

« L’intérêt supérieur de la nation » est le passe-partout qui cache le racisme des deux clans – les gaullistes et les gauchistes – qui noyautent le Ministère des affaires étrangères, et la France a découpé l’Afrique en lots – y compris des lots de consolation – qui ne tiennent compte ni des peuples, ni des clans, ni des rapports de dominants à dominés, ni de l’histoire, ni des rivalités ancestrales, parce qu’elle éprouve un total mépris pour ces peuples et ces clans, dont elle a besoin qu’ils soient idiots, serviles, aliénables et qu’ils lui assurent sa rente.
C’est l’un de ces imbéciles découpages que les Touaregs rejettent que la France a envoyé son armée protéger.
Ironie, le Qatar entend maintenant interdire à la France de toucher aux Touaregs, et les mêmes qui traitent les noirs africains avec dédains font des courbettes aux qataro-dollars.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info

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UNE GUERRE AU MALI ET
DE L'URANIUM AU NIGER :
DES ISLAMISTES TRÈS UTILES AU POUVOIR FRANÇAIS







mercredi 16 janvier 2013

Stéphane Lhomme - Nouveau parti anticapitaliste Directeur de l'Observatoire du nucléaire

Lundi 14 janvier 2013

Le 11 janvier 2013, l'armée française est intervenue au Mali à la suite de mouvements, vers Bamako, de groupes armés islamistes. Depuis des mois, ces derniers tiennent tout le nord du Mali et se seraient enhardis au point, nous dit-on, de vouloir occuper l'ensemble du pays.
Personne ne niera que ces groupes soient composés d'horribles individus qui, sous prétexte de convictions "religieuses", battent toute personne dont le comportement ne leur plait pas, coupent les mains des voleurs (réels ou supposés), exécutent - en particulier des femmes - pour des broutilles ou même pour rien.

Pour autant, de la même façon qu'au moment de l'intervention militaire contre Kadhafi en Libye, il est insupportable de se retrouver sommé de soutenir une intervention militaire déployée. par ceux qui sont largement responsables de la gravité de la situation.

Qui plus est, qui peut vraiment croire qu'il s'agit d'une opération "pour la démocratie au Mali" ? Cela fait des décennies qu'elle est bafouée dans ce pays par des régimes corrompus. largement soutenus par la France. Alors, pourquoi cette subite urgence "démocratique" ?
De même, qui croira qu'il s'agit de "sécuriser la région" ? En réalité, il s'agit de sécuriser. l'approvisionnement des centrales nucléaires françaises en uranium : ce dernier est en effet extrait dans les mines du nord du Niger, zone désertique seulement séparée du Mali. par une ligne sur les cartes géographiques.

A ce propos, on soulignera l'extrême perversité des ex-puissances coloniales qui ont jadis tracé des frontières absurdes, faisant fi de l'implantation des populations, et créant des pays aux contours bien curieux : le Niger et le Mali sont tous les deux en forme de sablier, une partie sud-ouest contenant la capitale, totalement excentrée et éloignée d'une immense partie nord-est, principalement désertique.
C'est ainsi que, pendant 40 ans, Areva (auparavant la Cogéma) a pu s'accaparer en toute tranquillité l'uranium nigérien dans ces mines situées à 500 kilomètres de la capitale et du fragile "pouvoir" politique nigérien.

Ces dernières années, des groupes armés se sont organisés dans cette région : des Touaregs, dépités d'être méprisés, déplacés, spoliés. Et des groupes plus ou moins islamistes, certains issus des anciens GIA qui ont semé la terreur en Algérie, d'autres contrôlés par Kadhafi, et autonomisés suite à la disparition de ce dernier.
Des salariés d'Areva, cadres dans les sociétés d'extraction de l'uranium, ont été enlevés en septembre 2010 au Niger, transférés au Mali et retenus depuis. Puis, le 7 janvier 2011, deux jeunes français ont à leur tour été enlevés au Niger.

L'Observatoire du nucléaire a été une des rares voix à dénoncer (*) l'opération militaire immédiatement lancée par les autorités françaises. Ces dernières avaient en effet, de toute évidence, décidé de châtier coûte que coûte les preneurs d'otages, quitte à ce que cela se termine dramatiquement pour les deux jeunes otages. qui ont effectivement été tués dans l'opération.
Ces deux jeunes ne travaillaient pas pour l'extraction de l'uranium mais, c'est évident, l'idée était de décourager d'éventuelles prochaines actions contre des salariés d'Areva.

Depuis, les mouvements Touaregs laïques et progressistes ont été marginalisés, en particulier par la montée en force du groupe salafiste Ansar Dine. Puissant et lourdement armé, ce dernier s'est allié à AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique), faisant courir un risque de plus en plus évident pour les activités françaises d'extraction de l'uranium au nord du Niger.
La France a soutenu avec la plus grande constance les gouvernements corrompus qui se sont succédé au Mali, aboutissant à un délitement total de l'État. C'est probablement cet effondrement qui a amené les groupes islamistes à s'enhardir et à avancer vers Bamako.

De même, la France a maintenu depuis 40 ans le pouvoir du Niger dans un état de faiblesse et de dépendance par rapport à l'ancienne puissance coloniale et son entreprise d'extraction de l'uranium, la Cogéma devenue Areva. Alors que les dirigeants nigériens essaient tant bien que mal de contrôler ce que fait Areva, la France reprend totalement la main avec son intervention militaire.

Les récents mouvements des groupes islamistes n'ont effectivement fait que précipiter l'intervention militaire française qui était en préparation. Il s'agit indéniablement un coup de force néocolonial, même si les formes ont été mises avec un opportun appel à l'aide du Président par intérim du Mali, dont la légitimité est nulle puisqu'il est en place suite à un coup d'État qui a eu lieu 22 mars 2012.
Précisons à nouveau que nous n'accordons pas le moindre crédit aux dangereux fondamentalistes qui sont aussi des trafiquants de drogue et d'armes et n'hésitent pas à blesser et tuer.

Par contre, nous refusons la fable de l'intervention militaire "pour la démocratie". Ce prétexte a déjà beaucoup servi, en particulier lorsque les USA ont voulu mettre la main sur des réserves pétrolières, et le voilà encore de mise parce que la France veut assurer l'approvisionnement en uranium de ses réacteurs nucléaires. Notons d'ailleurs que, à 27 000 euros l'heure de vol d'un Rafale, le tarif réel du courant d'origine nucléaire est encore plus lourd que ce que l'on pouvait craindre...

En conclusion, il est une nouvelle fois démontré que l'atome, et la raison d'Etat qui l'entoure, ne nuit pas seulement à l'environnement et aux êtres vivants mais aussi à la démocratie.

Stéphane Lhomme
Directeur de l'Observatoire du nucléaire

(*) http://observ.nucleaire.free.fr/otages-niger.htm
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