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La bombe de Kim Jong-un


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Corée du Nord : les secrets du terrible Kim Jong-un

Par Pascal Varejka

Publié le 18/08/2017 à 14:00

 

C'est l'un des dirigeants les plus mystérieux de la planète. Il perpétue la dictature communiste familiale à Pyongyang et inquiète le monde. Par-delà les fantasmes occidentaux et les clichés entretenus par la propagande de l'ennemi sud-coréen, que veut vraiment Kim Jong-un ?

Proclamé « leader suprême » fin décembre 2011, Kim Jong-un est le troisième potentat de la dynastie communiste des Kim, fondée en 1948 par son grand-père Kim Il-sung. C'est l'un des plus jeunes dirigeants de la planète ! La France croyait avoir battu un record en envoyant à l'Elysée un jeune blanc-bec de 39 ans… Emmanuel Macron fait presque figure de vieillard aux côtés de Kim, né en 1983, tout juste 34 ans - mais on le fait aussi naître en 1982 ou en 1984. Le dernier rejeton de la lignée des Kim porté au pouvoir a étudié en Suisse entre 1996 et 2000, dans un lycée du canton de Berne. Il y aurait appris l'anglais, l'allemand et le français. A Pyongyang, il a fréquenté l'université et l'académie militaire et aurait suivi des cours d'économie et d'informatique.

La date de naissance de son épouse, Ri Sol-ju, présente dans les manifestations officielles, est tout aussi incertaine. Elle aurait étudié les sciences en Corée et le chant en Chine. Ils se seraient mariés en 2008, 2009 ou 2012 et auraient une petite fille, Ju-ae, née en 2012, soit un siècle après le fondateur de la dynastie… La légitimité de Kim Jong-un repose sur la lutte menée par son grand-père contre les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Le « maréchal Kim Il-sung, soleil du peuple » a créé en 1948 dans la zone d'occupation soviétique la République populaire démocratique de Corée. La mise en place d'une dynastie a suscité des critiques au sein du Parti des travailleurs de Corée (le parti communiste local). Plusieurs vagues de purges ont réduit les récalcitrants au silence.

RÈGLEMENTS DE COMPTES

En Corée du Nord, la dictature est une affaire de famille. Tellement que le pouvoir suscite aussi de cruels règlements de comptes au cœur même du clan. Ainsi, ce n'est pas Kim Jong-un qui aurait dû succéder à son père, Kim Jong-il, au pouvoir de 1994 à 2011, mais son demi-frère, Kim Jong-nam, né en 1971. Polyglotte, passionné d'informatique, chargé de développer la politique numérique du pays, ce dernier a perdu son statut d'héritier à cause d'une bévue : en 2001, il a été arrêté au Japon en possession d'un faux passeport. Il voulait visiter le Tokyo Disneyland. Impardonnable faute qu'il a fini par payer de sa vie. Exilé à l'étranger, Kim Jong-nam a été assassiné en février 2016 par des agentes nord-coréennes à l'aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie. Son fils, Kim Han-sol, qui a étudié à Sciences-Po, au Havre, a qualifié son oncle de « dictateur ».

Deux ans plus tôt, en décembre 2013, Jang Song-thaek, oncle de Kim Jong-un et numéro deux du régime, a été jugé et exécuté pour trahison. Il s'était prononcé en faveur de Kim Jong-nam pour succéder à Kim Jong-il, dont il était très proche. A la tête d'une faction influente de l'élite dirigeante, il était devenu trop puissant, car il avait noué de nombreux liens en Chine et contrôlait de vaste pans de l'économie.

EXÉCUTIONS DE RIVAUX

Kim Jong-un se conforme aux principes énoncés par ses prédécesseurs. Le régime s'appuie sur les valeurs spécifiquement coréennes du juche (1). Intimement lié à l'histoire locale, marquée par le traumatisme de la domination japonaise entre 1895 et 1945, le juche implique l'indépendance nationale, l'égalité avec les autres pays, l'intégrité territoriale, fondés sur l'autosuffisance économique et l'autonomie militaire. La politique nucléaire du régime découle de ces principes. L'idée que la possession de l'arme nucléaire est la seule garantie de survie de la Corée du Nord n'est pas née dans l'esprit de Kim Jong-un, elle date de son grand-père, Kim Il-sung : l'institut de recherche atomique nord-coréen a été créé en 1965.

SES PROVOCATIONS ONT QUELQUE CHOSE DE PATHÉTIQUE

Seule nouveauté, la politique du jeune dictateur comporte deux volets : la possession de l'arme nucléaire et l'essor économique, en tirant parti d'un processus qu'il n'a pas lancé. Les terribles famines de la fin des années 90, dues à la chute de l'URSS qui soutenait le pays et à de terribles inondations, ont poussé les Coréens à créer un secteur privé informel pour se procurer vivres et biens de consommation. La proximité de la Chine, favorisant une intense contrebande, a facilité les choses. Impuissant, Kim Jong-il avait dû fermer les yeux sur des activités à la limite de la légalité qui ont permis à la population de se nourrir et au pays de se développer. Et le New York Times,que l'on ne peut soupçonner de sympathies communistes, affirmait le 4 mai que « les estimations de la croissance annuelle du pays [2] sont comparables à celles de certaines économies à développement rapide non entravées par des sanctions »…

Ce qui est certain, c'est que Kim Jong-un n'est pas un champion des droits de l'homme. Outre les opposants et les victimes de purge envoyés dans les camps - le goulag nord-coréen a une sinistre réputation -, il a fait exécuter un certain nombre de rivaux potentiels. Mais, comme la propagande sud-coréenne s'évertue à diffuser les nouvelles les plus délirantes, il faut prendre les informations avec précaution.

En août 2013, la presse du monde entier a rapporté que l'ex-petite amie du « leader suprême », la chanteuse Hyon Song-wol, avait été mise à mort avec 12 autres personnes. Selon un quotidien sud-coréen, on leur reprochait d'avoir enregistré des vidéos pornographiques et distribué des bibles (!). Mais le Huffington Post a noté (ainsi que l'AFP, l'Independent, le Times ) que la chanteuse « exécutée » est réapparue à la télévision nord-coréenne en mai 2015 (3)…

En avril 2015, le général Hyon Yong-chol, ministre de la Défense, aurait été exécuté au canon antiaérien, voire avec un missile antiaérien, pour s'être endormi lors d'une cérémonie officielle. La rumeur lancée par les services sud-coréens a été reprise par la presse internationale (4)… Puis le ministre « pulvérisé » est réapparu à la télévision au côté de Kim Jong-un. Les récits les plus absurdes ont aussi circulé à propos de l'exécution de Jang Song-thaek. Il a été fusillé. Mais divers médias occidentaux ont répété qu'il avait été dévoré par 120 chiens… D'après une autre version, rapportée par le Monde lui-même (5), il aurait été tué lui aussi au canon antiaérien.

Sur le plan international, Kim Jong-un poursuit l'ambition de ses prédécesseurs : obtenir un traité de paix et la reconnaissance officielle de l'existence de la Corée du Nord. Ses provocations, en réponse à la surdité américaine, ont quelque chose de pathétique. Même si une partie de sa rhétorique guerrière est destinée au public nord-coréen, quand le dictateur menace de frapper la minuscule île de Guam alors que l'adversaire surarmé est en mesure, lui, de rayer toute la Corée du Nord de la carte, on a l'impression d'avoir affaire à un enfant en quête de reconnaissance plus qu'à un dangereux psychopathe.

(1) Sur le juche, voir l'excellent livre de Juliette Morillot et Dorian Malovic, la Corée du Nord en 100 questions (Tallandier, 2016).

(2) On la situe entre 1 et 5%.

(3) Huffington Post, 18 mai 2014.

(4) Voir par exemple la Tribune, 13 mai 2015.

(5) « Jang Song-thaek : du pouvoir à l'exécution à la mitrailleuse lourde », le Monde, 16 mars 2016. Une déclaration récente montre que le gouverneur américain de Guam est persuadé de la véracité de cette version (BFMTV, 18 août 2017).

 

L'ENGRENAGE VERS LA GUERRE ?


Par Dov ZERAH

 

L 'actualité est aujourd'hui accaparée par l'ouragan Irma et son frère José, leurs victimes, leurs dégâts…N'oublions pas les morts, les disparus, les blessés et ceux qui se battent pour survivre et reconstruire…Espérons que cette nouvelle manifestation du dérèglement climatique conduira Donald Trump à revoir sa position sur les Accords de Paris, et tous les responsables à faire le nécessaire. Cette tragique actualité a relayé au second plan la situation avec la Corée du Nord.

         

 

Avant d'analyser quelques éléments d'une crise complexe, rappelons que, vaste de 123.000 km², la Corée du Nord a trois frontières : 1.416 km avec la Chine, 19 km avec la Russie, et surtout 238 km avec la Corée du Sud, avec de part et d'autre une bande sur 2 km de large «démilitarisée», mais surveillée au total par plus d'un million de soldats.
Cette frontière est le résultat de :

-          La seconde guerre mondiale. A la suite de la capitulation du Japon le 2 septembre 1945, Américains et Soviétiques se retrouvent de part et d'autre du 38ème parallèle. Comme l'Allemagne, la Corée va être divisée. Comme dans tous les pays de l'Europe de l'Est, Staline impose son régime politique et Kim Il-sung, un des résistants à l'occupant japonais. La Corée est le seul endroit au monde où la guerre «froide» a laissé les armes parler.

 

- La guerre de Corée. En 1950, fort du soutien de Mao et Staline, Kim Il-sung veut réunifier les deux parties et attaque le Sud. Trois ans de guerre, deux millions de morts. En 1953, les protagonistes sont de part et d'autre du 38ème parallèle, signent un armistice, mais jamais de traité de paix.

Au match nul va succéder deux trajectoires totalement opposées. Alors que la Corée du Sud s'industrialise et va devenir une des premières puissances au Monde, la Corée du Nord consolide un régime autoritaire militarisé, et cherche l'autosuffisance selon la théorie du juche. Deux systèmes antinomiques.

Armistice de Panmunjeom USA Corée du Nord - 27 juillet 1953

Plus la Corée du Sud s'affirme dans l'économie mondiale, plus le Nord s'arme et devient le pays le plus militarisé au Monde. Un tiers des 30 millions de nord-coréens serait accaparé par l'armée. L'engrenage !

Depuis 50 ans, le pouvoir nord-coréen basé sur un parti unique et une dynastie a entrainé des privations, voire des situations de famines comme dans les années quatre-vingt-dix avec un à deux millions de morts. Selon l'ONU, un million de prisonniers politiques seraient morts, et cent mille seraient détenus aujourd'hui. Les manifestations des effets négatifs de ce régime, notamment en ce qui concerne les indices de développement humain, sont nombreuses. Malgré l'interdiction de quitter le pays, de nombreux nord-coréens cherchent à fuir, et se retrouvent en grande partie en Chine.

Depuis 50 ans, dans un réflexe d'auto défense ou de survie, le Nord n'a cessé de faire des provocations comme l'attaque en 1968 du palais présidentiel sud-coréen par des agents du Nord, ou l'arraisonnement du navire espion américain le Pueblo la même année. Plus grave, depuis quinze ans, l'engrenage avec la politique de songun ou la stratégie de «l'armée d'abord» autour de l'acquisition de l'arme nucléaire, d'un programme spatial, d'un développement d'une capacité de missiles balistiques à longue portée.

Résultat de cet engrenage : lancement en 1998 d'un satellite artificiel avec un missile balistique, un premier essai nucléaire en 2006, lancement en 2012 d'une fusée à longue portée…jusqu'au 6ème essai il y a quelques jours d'une puissance trois fois plus importante que la bombe d'Hiroshima.

Le Nord a peur de la comparaison économique avec le Sud et appréhende une éventuelle réunification comme en Allemagne. Depuis son accession en 2011, alors âgé de 27 ans, Kim-Jong-un n'a cessé de multiplier les provocations. Il cherche à sanctuariser son pays, son régime, sa dynastie. Toutes les parties prenantes semblent piégées par la stratégie du Nord. 

Protecteur de la Corée du Sud et du Japon, les Etats-Unis réagissent, voire sur-régissent. Tous les observateurs s'interrogent sur la façon dont Donald Trump va éviter l'affrontement sans perdre la face, surtout après avoir déclaré ne pas exclure le recours à l'arme nucléaire. Il est loin le temps où, sous l'administration Clinton, en 2000, un accord était en vue.

La Corée du Sud et le Japon, séparés de la Corée du Nord par la mer du Japon, s'arment et ne cessent de faire, avec les Américains, des manœuvres, ce qui ne fait qu'accentuer les tensions, et justifierait, pour le Nord, le bien-fondé de sa stratégie.

Pour enrayer l'engrenage, les Etats-Unis cherchent à renforcer les sanctions internationales jusque-là totalement inefficaces. Les Chinois et Russes ont du mal à accepter sauf à isoler leur allié et à le pousser dans une démarche encore plus extrémiste. Parrains de la Corée du Nord, la Chine et la Russie ne semblent pas plus maitriser la situation que les Etats-Unis.

Enfin, la situation nord-coréenne a des prolongements au Proche Orient et principalement en Iran et en Syrie. Jeudi dernier, quatre avions, israéliens selon certains, ont bombardé plusieurs cibles syriennes, et plus particulièrement le Centre d'études et de recherches scientifiques (CERS), centre de production de substances chimiques et de fabrication de missiles, construit avec l'aide de la Corée du Nord et de l'Iran, tout comme le réacteur nucléaire syrien à Al Khibar dans la province de Deir ez Zor, détruit il y a dix ans.


Tout doit être fait pour arrêter cet engrenage. Notre monde est dangereux, de plus en plus dangereux. Il est grand temps que la gouvernance mondiale reprenne le dessus pour trouver le mode d'emploi d'un vivre ensemble. Espérons que le vote unanime au Conseil de sécurité, cette nuit, de nouvelles sanctions constitue le début d'un processus de négociations.

Dov Zérah