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Famille Blum


Mercredi, 19-Jul-2017
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La famille Blum est originaire de Bergheim, Bergheim est un charmant village vigneron entre Ribeauvillé dans le Haut Rhin et Sélestat dans le Bas Rhin.

   

Mon ancêtre Blum s'appelait en 1784 Jacob Hirtz, cette année là, le Roi Louis XVI, à la demande des alsaciens inquiets par l'arrivée massive d'immigrés clandestins dans sa bonne province d'Alsace, avait décidé de recenser tous les juifs qui y étaient tolérés.  Hirtz est une déformation de Hirsch en allemand qui veut dire Cerf.
Ce nom est amusant, car il évoque la tribu de Naftali, (fils de Jacob) qui est qualifié de biche bondissante apportant de bonnes nouvelles (d'où le symbole du cerf pour représenter la poste). Or la bible parle de biche et non de cerf, mais avoir le symbole d'une femelle était trop dur pour ces messieurs.

On peut en déduire que Jacob était une personne de condition modeste, il n'avait pas de personnel à son service.

Vous trouverez ici le décret de Napoléon qui impose aux juifs n'ayant pas de nom de famille d'en choisir un, il faut noter qu'Hirtz est aussi un prénom, aussi la famille s'est soumise à la volonté impérial et n'a pas choisi de nom de lieu, ni de nom biblique comme l'empereur le voulait, ils se sont appelé Blum.

« En 1808 à Bergheim Jacob Hirtz, est devenu Jacques BLUM (n°008) époux de Sara BLOCH (n°009) avec une fille Judel Judith (majeure-épouse de Israel Libmann de Zellwiller) ; Hirtz Jacob, devenu David Israel BLUM (n°083), époux de Reichel Rachel NETTER (n°084), avec 3 filles Elle, Jeanne Hana et Pauline Beyle ; n°085 ?) Seligmann est devenu Salomon.  »

Seligmann est devenu Salomon, c'est le papa d'Israël Blum, lui même père d'Alexandre Blum, mon arrière grand père.

Bergheim possédait une importante communauté juive et le plan de la ville visible sur le site de la commune, met bien en évidence la synagogue, on voit une taille un peu plus petite que celle de l'église, mais à peu près comparable.

 
 

De Bergheim à Sherwiller 

L'année 1832, avec en arrière fond la Révolution de 1830 et la crise agraire fut marquée par une flambée d'émeutes antisémites. Si c'est à Ribeauvillé qu'éclatèrent les 11 et 12 juin les premiers incidents, c'est à Bergheim que ceux-ci furent les plus importants. Au son du tocsin les juifs sont malmenés, leurs maisons pillées, les toits abattus, les meubles brisés. Lorsqu'au matin l'armée se présente sur les lieux pour rétablir l'ordre, elle est accueillie à coups de pierres et de tuiles. Les dragons sont obligés de charger. Le sang coule. Le mouvement avait été prémédité et préparé, il aurait dû s'étendre à l'autres villes et villages du vignoble... Le clergé, si l'on en croit les rapports de l'administration préfectorale, semble avoir joué un rôle important dans la préparation du mouvement. D'autres incidents sont également signalés dans le reste de l'Alsace. A Sherwiller, les Juifs sont menacés par les habitants de Châtenois, et ne doivent leur salut qu'à une intervention de la gendarmerie »  (Source : googlebook )

A la suite de ces émeutes, la famille Blum a décidé de s'installer à Sherwiller, pas très loin, mais la population y était probablement moins hostile.

On peut toujours y voir la synagogue, transformée aujourd'hui en caserne de pompiers, et à côté la maison du rabbin, avec un petit texte en hébreu sculpté au dessus de la porte, avec mon épouse, nous avions visité le village, et avions demandé au syndicat d'initiative où se trouvait la synagogue, ils nous l'ont indiqué très gentiment, et nous sommes retourné pour les remercier.
La dame s'est excusée, "Excusez nous, nous avons été obligé d'utiliser la synagogue comme local pour les pompiers, il n'y avait plus de juifs dans le village". Au nom de tous les descendants d'Alexandre Blum, je lui ai pardonné.

Alexandre Blum est mon arrière grand père, il est né à Scherwiller le 18 décembre 1842. Il vendait sur les marchés, mais il a fait de mauvaises affaires, et a fini par s'installer à Sélestat.   Il avait vingt huit ans quand les allemands ont annexé l'Alsace, et il est resté très patriote. Des que ses fils avaient treize ans, il les envoyaient à Besançon chez sa belle soeur, afin qu'ils apprennent l'horlogerie et ne deviennent pas des soldats allemands.

Il est mort jeune, en 1904, son épouse Joséphine née Mayer, lui a survécu longtemps, et a fini sa vie  près de ses enfants à Besançon-Battant. Son père, David Mayer, né en 1804 à Wintzenheim tout près de Colmar n'avait pas de fils, il aurait voulu que son fils soit rabbin, alors il a instruit sa fille. Elle est devenue plus tard quasiment sourde, et passait des heures à dévorer livres sur livres, on dit qu'elle faisait parfois brûler le repas... mais chut  ! c'est un secret de famille.

Les Blum dans l'horlogerie bisontine

La sœur de Joséphine Mayer, Julie, s'était mariée avec Élie Lévy, ils n'ont pas eu d'enfants, et dirigeaient une manufacture de montres à Besançon, les enfants d'Alexandre, Henri mon grand père, son frère Eugène y ont acquis une solide formation horlogère technique et commerciale.

Elie Lévy prenant sa retraite, les frères Henri et Eugène Blum prirent la direction de l'usine UTINAM de Besançon qui fabriquait les montres "UTI". Georges Meyer de Paris était le propriétaire du groupe qui avait aussi une usine en Suisse à La Chaux-de-Fonds.

Henri Blum, mon grand père était bel homme, il vous suffit de regarder la photo pour vous en rendre compte.

Il était libre penseur, membre du bureau de la communauté juive, et sympathisant radical socialiste comme la plupart des juifs de son époque. Il a fait partie de l'équipe municipale de Besançon, chargé de la jeunesse et des sports, et on lui doit le stade de Montrapon.

Il croyait en la responsabilité individuelle, et pensait qu'on ne devait pas super protéger les gens. Il avait acquis à Miserey près de Besançon une maison de campagne en haut d'une butte, et il y avait un muret donnant sur un chemin en contrebas. On pouvait s'asseoir au soleil sur le mur, on lui a fait remarquer qu'un enfant pouvait tomber de deux ou trois mètres sur le chemin, mais pour lui, ce n'était pas en écartant le danger qu'on apprendrait à s'en méfier.

Enrôlé comme tous ses contemporains pour la grande guerre de 1914, il a facilité les tâches administratives de la caserne en apportant sa machine à écrire personnelle, et ses talents de dactylo lui ont évité d'être envoyé au front de suite. Son frère Jules n'a pas eu cette chance et a été tué dès le début de la guerre. 

Les allemands ont considéré à partir de 1915 que les alsaciens combattant dans l'armée française étaient des déserteurs, et que s'ils étaient fait prisonniers, ils seraient automatiquement fusillés. Pour leur éviter ce funeste destin, la France a envoyé ses alsaciens en Algérie, en particulier chez les zouaves, ainsi Henri avec ses frères Gaston et Eugène ont ils pu goûter les joies du sarouel et des rahat loukoums

Ils racontaient combien les jeunes métropolitains ne devaient pas faire le zouave, s'ils voulaient éviter d'être mariés un peu malgré eux, car les parents d'Alger utilisaient mille stratagèmes pour caser leurs filles avec un beau zouave.

  Avec la paix on a pu assister au mariage d'Adrienne Blum, leur soeur, avec Henri Bernheim.  Une belle fête, avec de beaux chapeaux  !

    L'usine tournait bien, Henri et Eugène en assuraient la direction, et rendaient des comptes à Georges Meyer de Paris, leur deux soeurs Berthe et Céline ont aussi eu leur place dans l'usine, Henri et ses neuf enfants pouvaient mener une vie bourgeoise, avec de bons petits plats, un bel avenir radieux s'annonçait pour tous, mais le destin en a décidé autrement. 

En 1937, Henri est mort brutalement de maladie, puis la guerre est arrivée, Adrienne et sa fille ont été arrêtés en tentant de franchir la ligne de démarcation, Eugène avait été prévenu qu'on lui voulait beaucoup de mal, et qu'il avait intérêt à fuir de suite, il n'a pas voulu abandonner sa femme paralysée, ma grand mère, Marie Anne, femme d'Henri Blum a été arrêtée à la maison, tous sont partis pour Drancy, Auschwitz et ne sont jamais revenus.

   Alors, après le désastre, la famille Blum s'est retrouvée dans la grande maison familiale de Besançon difficilement récupérée, les FFI qui en avaient chassé les allemands ne voulaient pas partir. Ce fut la république des enfants, Henri était mort, Eugène et Marie Anne avaient été déportés, il restait leurs enfants, brillants mais indisciplinés et traumatisés... 

Et la vie continue !  !   ils ont tous eu une vie passionnante, fait des choses merveilleuses, mais ne souhaitent pas nécessairement qu'on expose leur vie privée sur internet   

Michel Lévy