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LES TEMPS DERNIERS

jeudi, 02-Jui-2011

Exposé d'une chrétienne orthodoxe, Madame Françoise Buire-Bouveau prononcé à Vezelay, le 31 mai 2010

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La croyance en la seconde venue du Christ est fondamentale dans la doctrine orthodoxe, le royaume du père n'est pas de ce monde, car les temps derniers sont ici et maintenant. Les exhortations de Jésus à la vigilance et à la prière sont bien de rassembler l’être tout entier pour qu’il s’ouvre ici et maintenant au mystère de l’Amour .
 

Notre Credo, récité à chaque liturgie, le Symbole de Nicée-Constantinople (VI e Concile œcuménique – 680) contient tous les articles de la Foi Orthodoxe. Dont, notamment, l’article 7 :
« Et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts ; son règne n’aura point de fin ».

La croyance en la seconde venue du Christ est donc fondamentale dans la doctrine et on ne saurait minimiser cet article- là. Mais pour le bien comprendre il faut le situer dans sa perspective qui est forcément une projection humaine, donc temporelle, horizontale : pour les premiers chrétiens, pour les pères de l’Eglise il y a :

  • un commencement – la création de l’Univers -,
  • un acte tragique de l’homme – la Chute -,
  • un évènement central – l’Incarnation de Dieu en Jésus –
  • et une fin avec la seconde parousie* – le Retour du Christ.

Il y a un temps avant le Christ – et un temps après le Christ.

Nous nous situons donc, après le Christ, dans ces « temps derniers », qu’évoque St Paul (ou Apollos ?) dans son introduction de l’Epître aux Hébreux, et qui précèdent son retour en gloire. Nous sommes dans un temps d’attente. Car, si par l’incarnation du Christ le « Royaume de Dieu » s’est manifesté par l’entrée de l’éternité dans le temps (on le perçoit clairement au moment de la Transfiguration de Jésus), ce « Royaume » constitue à la fois un évènement eschatologique*, attendu, mais cependant déjà réalisé en Christ. (Evdokimov)

Ce temps d’attente est un élément fondamental de la théologie orthodoxe qui est souligné par une parole du Christ : « Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu’au jour où je boirai avec vous le vin NOUVEAU dans le Royaume de mon père » (Mt 26,29) et aussi par la recommandation de Paul : « chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11, 26).
Ainsi, les premiers chrétiens vivaient dans l’attente impatiente du retour du Christ et ils l’exprimaient par la formule araméenne concise « Maranatha » (« Viens ! »). Dans un tel état d’esprit, il était inévitable que la Parousie soit perçue comme un évènement se produisant dans le temps. Et par conséquent on pouvait en guetter les signes précurseurs, pourquoi pas imaginer sa date sur un calendrier !

Pourtant le Christ avait mis en garde ses disciples contre le désir de savoir QUAND aurait lieu la dernière parousie

(Mt 24, 36 : « quant à la date de ce jour, et à l’heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, personne que le Père, seul ») et s’Il les invite à vivre dans l’attente de cette Parousie (« Veillez et priez ») cette attitude ne saurait se muer en vaine curiosité, pour scruter le dessein de Dieu à ce propos.
L’Eglise évite d’ailleurs soigneusement toutes les spéculations hasardeuses à partir du livre de Daniel ou de l’Apocalypse, alors que les sectaires de toutes les époques en abusent (y compris dans l’Eglise Orthodoxe). Je pense aux raskolnik, notamment.
Pourquoi cette « précaution »? Parce que la lecture d’une vision, d’une extase, comme celle qu’eût Jean à Patmos, ne saurait être faite dans la dimension « horizontale » et temporelle que j’évoquais au début. On ne peut décrypter une vision qu’en y pénétrant par communion d’âme, dans la méditation et la prière, et, si possible avec un guide spirituel à ses côtés.
Je cite Boulgakov : « La conscience que le chrétien a du monde est entièrement déterminée par ce sentiment eschatologique. LA VIE VRAIE est la Voie qui mène à la « vie du siècle à venir . Cela ne prive en rien la valeur de la vie terrestre, mais lui confère une justification supérieure ». Il est vrai que formulée ainsi, la phrase a encore de fortes chances d’être interprétée dans une vision spatio-temporelle.

Mais puisqu’il parle de Voie, je pense pouvoir prolonger la pensée de Boulgakov en précisant que cette « VIE VRAIE » peut être, (si nous le voulons bien, Dieu nous laisse entièrement libre), l’occasion d’une métanoia, d’une transformation, pour pouvoir accéder à la « vie du royaume ». Et l’on se doute bien, pour peu qu’on ait quelque expérience d’intériorité, que cette «conversion », cette « métamorphose » n’est pas le passage d’un temps à un autre. D’un temps qui se mesurerait, -on resterait dans l’horizontalité-, à un autre temps…sans fin ! L’éternité n’est pas un temps plus long, un « temps infini », l’éternité est un changement d’état. On pourrait dire « un changement d’état de conscience »,…auquel nous invite précisément Jésus.
Et s’il y a véritablement pour nous un temps « avant » le Christ et un temps « après » le Christ, qui nous projette dans les « temps derniers », cela signifie qu’avec Lui, grâce à Lui, le passage vers « le royaume de Son Père » est désormais possible. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » (Saint Irénée, repris par Maxime le Confesseur…)

La notion de « temps derniers » ne doit donc pas être prise au sens du temps qui resterait avant que n’arrive une catastrophe générale, des évènements tels que décrits dans l’Apocalypse (et lus au premier degré), bref un temps qui s’achèverait par la Parousie, mais plutôt (et là je cite un poème de Pablo Neruda que j’aime beaucoup) « du temps qui nous reste pour tenter d’être juste »*.

Être un Juste, être un Saint, « devenir Dieu », voilà le projet du chrétien dont le vécu s’inscrit bien sûr dans une dimension horizontale et temporelle, mais dont la liberté intérieure, elle, se situe au-delà de cet asservissement au temps, dans une dimension verticale.

Le point d’intersection entre les deux est le moment présent, le seul qui soit réel. L’enseignement de Jésus revient souvent sur cette nécessité de revenir au moment présent, sur la nécessité d’immédiateté à le suivre.
« Suis-moi/ Passons sur l’autre rive/ Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière…/ Ne vous inquiétez pas du lendemain/ la parabole du Banquet qui montre que l’invitation c’est maintenant… »

Jésus invite les disciples à rester dans le moment présent.

Dans l’éternel présent. Il nous libère ainsi de notre passé, nos regrets (d’hier) et nos peurs (pour demain). Il nous délivre de l’illusion qu’il y a à se projeter dans un futur imaginé, fut-il parousique !

Mais ses disciples avaient beaucoup de mal à l’entendre, car ils vivaient, eux, en se projetant dans l’avenir, dans l’attente d’un évènement futur qui comblerait leurs espoirs. Dans le récit de l’Ascension, Actes des Apôtres, 1, 6ss, à la question des apôtres réunis qui lui demandent « est-ce en ce temps-ci que tu vas restaurer la royauté en Israël ? » (on est tenté de dire qu’ils n’ont toujours rien compris) il leur répond : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés ».

Le Royaume du Père n’est pas de ce monde,

Jésus ne cesse de le répéter, et il est vain de vouloir lui appliquer des lois qui ne lui correspondent plus. Jésus cherche à nous éveiller à une autre dimension et rejette presque systématiquement toutes les questions de ses disciples concernant les « signes » ( précurseurs de la venue du Messie, du royaume,etc.)
« Gémissant du fond de l’âme il dit : « qu’a cette génération à demander un signe ? En vérité je vous le dis il ne sera pas donné de signe à cette génération ». Et les laissant là, il s’embarqua pour l’autre rive ». (Mc 8,12) On ne peut ignorer le sens fortement chargé de symbole de cette phrase. Le maître veut nous faire passer d’une rive à l’autre…

Les exhortations de Jésus à la vigilance et à la prière ne sont donc pas des encouragements à être dans l’expectative, dans une attitude d’attente pure et simple ou dans des débats théologiques sans fin sur « les temps », mais bien plutôt de rassembler l’être tout entier pour qu’il s’ouvre ici et maintenant au mystère de l’Amour :
« Amen, amen, je vous le dis, l’heure vient – et c’est maintenant- où les véritables adorateurs adoreront le Père en Esprit et en vérité » (Jn 4, 23).


Les « temps derniers » c’est aujourd’hui, ici et maintenant.

Et je voudrais terminer en évoquant la figure, - je dirai presque l’icône-, du bon larron. Vous savez qu’au moment de sa crucifixion, l’un des 2 brigands qui sont suppliciés avec lui, prie Jésus, alors que l’autre l’insulte. « Pour nous c’est justice, dit-il, mais Lui, n’a rien fait de mal » (Lc 23, 29). Et cette prière du « bon » larron est devenue la prière des orthodoxes juste avant la communion. Les bras croisés sur la poitrine, main droite sur le cœur, nous nous tenons devant le calice et disons (en fait la prière est plus longue que ce que je vais vous citer) « SOUVIENS TOI DE MOI SEIGNEUR DANS TON ROYAUME » (non pas comme on traduit parfois « quand tu entreras » dans ton Royaume, puisque Jésus y est déjà, en quelque sorte : le Royaume, c’est la Vie de l’Esprit, la Gloire du Père). Au bon larron, Jésus répondit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ».

Courriers

Humour

Les textes cités : Evangiles, Epîtres de St Paul, « commentaire du Symbole de Foi » qu’avait écrit Vladimir Lossky peu de temps avant sa mort (+ 1958), texte sur l’Eschatologie orthodoxe écrit par Serge Boulgakov et certains écrits de Paul Evdokimov, tous trois théologiens russes du XXe siècle.