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11-jui-17


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L'Egypte reprise en main

 

 

Les désordres dans le Sinaï ayant dépassé les limites du tolérable, le président élu de l'Égypte, l'homme des frères musulmans, décide d'une part d'écarter l'armée du processus politique en lui retirant tout pouvoir et en remplaçant tout le haut état major. L'Egypte demande une révision de l'accord de paix avec Israël afin de renforcer sa présence militaire, mais en même temps tente de fermer les tunnels qui alimentent Gaza au grand dam des mafias qui en profitent. Le Sinaï reste à pacifier.


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Le Sinaï terre des bédoins.

La presqu'ile du Sinaï est située en Asie mineure, elle se limite clairement par la mer rouge, le canal de Suez, frontière avec l'Egypte, et à une limite floue qui irait d'Eilat à El Arich près de Gaza. Dans la tradition historique, le désert, comme la mer n'appartenait à personne. C'est pour cela que la thora avait été donnée sur le Mont Sinaï, le désert n'était pas dans la terre promise, il n'était pas en Egypte, ce non-lieu appartenait à toute l'humanité.

L'Égypte a toujours été une puissance régionale dominante, et son influence politique s'est étendue régulièrement à droite et à gauche de la vallée du Nil, le Sinaï a toujours été sous influence Egyptienne sans faire partie de l'Egypte. Les population qui y habitent, sont des bédoins, des nomades, plus proches des arabes que des sédentaires du Nil. Les cavaliers du désert ne ne descendent pas des fils de Pharaon

La zone est passée sous contrôle israélien en 1956, puis plus durablement en 1967, les israéliens ont trouvé du pétrole, bâti des stations balnéaires, puis se sont retirés suite à un accord de paix signé avec le président Sadate. Preuve que par la négociation on peut obtenir plus que par la violence. Déjà à l'époque biblique, la violence n'était pas efficace, Moïse n'avait pas pu entrer en terre promise, car il avait frappé le rocher au lieu de lui parler.

 

 

Le commerce lucratif avec Gaza

Des chefs de tribus bédouines sont passés maîtres dans l'art des trafics en tous genres, contrebande vers Israël et surtout vers Gaza. Le territoire palestinien est soumis tantôt à un blocus, tantôt à un contrôles strictes de tout ce qui entre ou sort du territoire, car les voisins tiennent à se protéger.

Le Hamas souhaite se doter d'armes de dissuasion pour préparer le moment venu, une grande offensive afin tunnelde «libérer» la Palestine. Ce mouvement ne reconnait aucune légitimité au pouvoir sioniste, et n'accepte que des trèves.
Ces trèves sont rarement respectées, Israël reçoit régulièrement des missiles, sans toujours savoir s'ils sont tirés directement par le Hamas, ou par des groupes autonomes qui agiraient avec ou contre la volonté du mouvement islamiste.
Beaucoup de signaux indiquent que le Hamas ne contrôlerait pas tous les groupes armées qui agitent Gaza, il ne faut pas oublier la guerre larvée entre l'Iran et l'Arabie, les iraniens veulent être les champions de la cause palestinienne et pour contrer les sunnites, ils arment le Hezbolah, la Syrie, et sont responsables de conflits violents à l 'intérieur même de la bande de Gaza.
Ce contexte explique la méfiance Égyptienne, ce pays sunnite se méfie de l'Iran qui envoie des agiteurs depuis Gaza, mais cela explique surtout l'attitude d'Israël qui vérifie ce qui entre ou sort de Gaza. Il refuse les armes, mais aussi les produits qui permettent d'en fabriquer qu'ils soient métalliques ou chimiques.
Contrôler la frontière permet d'avoir une arme de dissuasion qui est sûrement utilisée dans les négociations officieuse entre les pouvoirs politique, Israël desserre plus ou moins sont emprise sur le territoire en fonction de la bonne volonté des dirigeants du Hamas et de leurs amis.

Les tunnels permettent de se passer de l'aval israélien pour importer ce que l'on souhaite, de l'argent, des armes, des agents iraniens, des djihadistes sunnites, des composants chimiques, des produits de contrebande bon marchés etc... Ces tunnels ont une entrée à Gaza, et une autre en Egypte. Ils font la fortune des chefs de tribus Gazaouis et Bédouines.

Officiellement l'Égypte s'y oppose, mais les policiers à la frontière ont peu de moyens, et sont mal payés, rien à voir avec la fortune des trafiquants, d'où des phénomènes de corruptions importants, doublés, si nécessaire de menaces sur les malheureux policiers s'ils se montraient trop curieux. Quant à l'armée égyptienne, elle est très faible, car les accords de paix prévoyaient une quasi démilitarisation du Sinaï.

 

La révolution, nouvel espoir déçu

La révolution a suscitée beaucoup d'espoirs, les slogans egypteétaient économiques et sociaux, ils portaient sur la corruption, sur le chômage et la misère, sur le manque de liberté aussi, les coptes, harcelés par les islamistes ont apporté plein d'espoir leur soutien au mouvement démocratique.

Il a fallu rapidement déchanter, en retrait au début, les frères musulmans se sont imposés, concurrencés par pire qu'eux, les élections ont donné 70 % de voix à des partis islamistes franchement hostiles aux accords de paix avec Israël, et partisans de la marginalisation des coptes.

L'arrivée au pouvoir des frères musulmans a soulevé un vent d'optimisme à Gaza, l'Egypte était gouvernée par un parti frère du Hamas, chacun croyait à la libre circulation des hommes et des marchandises entre l'Egypte et Gaza. Après une timide tentative d'ouverture de la frontière, des incidents sont rapidement apparus, et l'Egypte a refermé le passage.

La révolution Lybienne a donné des idées et des armes à des groupes salafistes implantés dans le Sinaï, et certains bédoins se sont mis à rêver d'autonomie, pourquoi le Khalifa islamique ne prendrait-il pas ses racines dans le Sinaï ? L' Iran a soufflé sur les braises, l'oléoduc pétrolier à été systématiquement endomagé après chaque réparation, les menaces contre les touristes se sont multipliées. L'économie du Sinaï s'est effondrée renforçant l'hostilité des bédoins au régime du Caire.

En Egypte même, le nouveau président élu, Mohamed Morsi a beaucoup de mal à s'imposer, l'armée qui détenait le pouvoir temporairement depuis la chute de Moubarak s'était réservé des postes clés dans le gouvernement, et la ligne politique n'était pas claire. Par exemple à l'occasion du Ramadan, Shimon Pérez, président de l'état d'Israël avait souhaité ses bons voeux à l'Égypte, en espérant que les relations pacifiques allaient continuer malgré les soubresault de l'après révolution, Pérez d'ailleurs avait déjà félicité Morsi pour son élection, mais ces gestes étaient restés sans réponse. Cette fois, par la voie officielle Israël a reçu un message signée du Président Morsi : « J’espère que nous déployrons nos meilleurs efforts pour remettre le processus de paix au Proche-Orient sur les bons rails afin de parvenir à la sécurité et à la stabilité pour l’ensemble des peuples de la région, y compris le peuple israélien »,

Malheureusement, ce message a été démenti quelques jours plus tard, le parti islamiste n'est pas favorable à la paix avec Israël. Le ministère des affaires étrangères était au mains de l'armée, elle même en rivalité avec les frères musulmans, on peut comprendre qu'une missive diplomatique ait pu être envoyée pour forcer la main du président islamiste.

 

Courriers

Humour

 

Les Djihadistes s'installent dans le Sinaï

Depuis l'assassinat du Président Sadate, la propagande hostile aux accords de paix s'est développée en Égypte. Le régime Moubarak a respecté à la lettre les accords de paix avec Israël, et a maintenu une coopération sécuritaire étroite. Il n'a pas pu ou n'a pas voulu mettre un frein au discours malveillants, par exemple un ministre de la culture a pu annoncer que s'il trouvait un livre en hébreu dans une bibliothèque égyptienne, il faudrait le brûler, tout ce qui est israélien est boycotté y compris les écrivains israéliens les plus engagés pour la cause palestinienne. On diffuse avec l'accord des autorités des séries télévisée d'un antisémitisme rare etc... Une séquence vidéo montre combien la haine d'Israël est palpable au bord du Nil.

C'est donc en accord avec l'opinion égyptienne, conditionnée par la propagande islamiste, que des groupes djihadistes ont entrepris des actions violentes contre les intérêts israéliens dans le Sinaï, agression contre les touristes, incendie des oléoducs livrant le pétrole du Sinaï à lsraël et à la Jordanie. L'État Egyptien n'a pas réagit avec force, et a laissé faire, il s'est contenté de maintenir un blocus formel de la frontière avec Gaza au grand dam de l'opinion qui y voyait une complicité entre le président Moubarak et «les forces d'occupation sionistes. »

 

EditRegion10
 

Les djihadistes vont trop loin

Le cinq août 2012, un commando djihadiste, lourdement armé, une douzaine d’ hommes portant des tenues de bédouins, attaquent à la nuit tombée un poste-frontalier dans le Nord-Sinaï. Offensive foudroyante. L’effet de surprise joue à plein. Le commando arrive dans des 4X4 au moment du diner de rupture du jeûne du Ramadan Il fait d’abord exploser un véhicule piégé, avant de tirer à vue: 16 garde-frontières sont tués… Instantanément les djihadistes entament la deuxième phase de leur opération, extrêmement audacieuse et spectaculaire. Ils s’emparent de deux blindés affectés aux gardes-frontières et foncent sur Israël, un véhicule explose tout seul probablement suite à une fausse manoeuvre, l'autre passe la frontière. Il est détruit par l'aviation israélienne, tandis que le reste du commando qui cherche à fuir pour regagner l'Égypte, est atteint par des gardes frontières bédoins israéliens et sont tous tués.

L'émotion est très forte en Egypte, beaucoup pensent qu'il n'est pas possible que des musulmans tuent d'autres musulmans pendant le repas de l'iftar. D'où vient le commando ? comment les militaires se sont-ils laissé faire ? Les frères musulmans ont une réponse toute faite, il s'agit du Mossad, le service secret israélien qui est derrière cet attentat pour faire accuser le Hamas, et aussitôt il organise une grande manifestation devant l'ambassade d'Israël au Caire au cri de : "Chassez ces cochons ! " . La presse révèle au contraire que ce même Mossad avait avertit l'armée Egyptienne du danger d'une attaque, mais que personne n'en avait tenu compte. On savait qu'Israël avait quasiment donné l'ordre à tous ses ressortissants de fuir le Sinaï compte tenu du danger, car beaucoup d'israélien, surtout des arabes continuent à fréquenter la péninsule.

EditRegion12
 

Rivalité entre l'armée et les frères musulmans pour le pouvoir

Ces événements sont le prétexte idéal pour Mohamed Morsi. Il veut rétablir l'Etat, et l'ordre dans le Sinaï. Très rapidement, il déclare sa volonté de réviser le traité de paix avec Israël afin d'autoriser offciellement la remilitarisation partielle du Sinaï. Pourtant, Israël a toujours autorisé l'introduction ponctuelle de troupes supplémentaires pour combattre "le terrorisme", mais cette demande flatte le nationalisme égyptien. Cette demande rejoint celle de renégocier le prix du pétrole égyptien vendu bon marché à Israël par ce que c'était Israël qui l'avait trouvé mais l'Égypte doit faire face à de sérieux défis financiers.

Mohamed Morsi va plus loin, il accuse les militaires d'imprévoyance etmorsi d'incompétence, il limoge le général responsable de la sécurité dans le Sinaï. Il annonce alors d'un ton martial que les coupables seront punis.
Israël transmet à l'Égypte une liste de cinq suspects, Morsi exige du Hamas qu'il lui les livre, et dans la foulée ferme hermétiqument la frontière avec la bande de Gaza. Il donne même l'ordre de détruire les tunnels de contrebande. A Gaza c'est la stupéfaction, jamais l'Egypte n'avait été aussi sévère avec le Hamas, et pourtant elle est dirigée par un parti frère.
Paradoxe :
Comment expliquer que les frères musulmans organisent une protestation contre l'ambassade d'Israël car elle accuse le Mossad d'être derrière l'agression des gardes frontières égyptiens, pendant que le premier ministre se lance directement dans une attaque pour le même motif contre le Hamas ?

Puis, coup de tonner, le dimanche 12 Août, Le président Morsi signe un décret mettant à la retraite le maréchal Hussein Tantatwi et le général Sami Anan, remplacés respectivement par Saïd Al-Sissi, nouveau ministre de la Défense et commandant en chef des forces armées, et Sedki Sobhi Sayyed Ahmed nouveau chef d’état-major. Dans la foulée les généraux responsables de l'aviation et de la marine sont également mis à la retraite d'office. Ce qui n'empêchera pas Morsi quelques jours plus tard de décorer le maréchal Tantawi.
Plus clair encore, Morsi déclare abroger la déclaration constitutionnelle complémentaire que le Conseil suprême des forces armées (CSFA) avait décrétée à la veille du deuxième tour des présidentielles afin de sauvegarder ses prérogatives. C'est un coup d'État de velours, sans violence, l'armée est soumise.

Ces mesures s'accompagnent d'une série de mesures limitant les liberté : Interdiction de toutes les manifestion risquant de gêner la circulation, Morsi a aussi frappé fort contre la liberté et la pluralité de l'information. Le procureur général, a intimé à Tawfiq Okasha, le propriétaire de la chaîne de télévision Al-Faraeen (Le Pharaon), ainsi qu’au rédacteur en chef du quotidien Al Dustur (La Constitution), Islam Afifi, leur interdiction de quitter le pays. Ils sont accusés d'avoir insulté Morsi. Ces intimidations fonctionnent, vu qu'on a pas pu lire en Egypte de réaction hostile aux décisions pourtant radicales prises par le Président Morsi.

Quelle perspective pour la république musulmane d'Egypte ?

Aujourd'hui, nous voyons l' Égypte vivre, donc se transformer. La révolution du printemps arabe s'est faite sur des slogans de liberté et contre la misère. Les frères musulmans ont laissé faire, tapis dans l'ombre et n'y ont pas participé. Puis dans ce pays avant tout religieux, ils ont montré leur force. Moubarak parti, ils sont entré dans le jeu politique, on gagné les élections devant les salafistes qui sont encore plus extrèmistes qu'eux.

Les caciques de l'armée ont tenté de sauver leurs privilèges et leur pouvoir, contre les urnes, fort de l'appui occidental, ils sont apparus comme les garants de la paix aux frontières. Le contre pouvoir de l'armée n'a pas de légitimité républicaine, et la troupe est acquises aux idées islamistes. Le président Morsi a donc pu décapiter le haut état major, en prenant soin de le remplacer par des gens du sérail plus souple à ses idées. Il a ainsi montré qu'il était le véritable chef, et petit à petit l'armée devient un outil en sa main.

En même temps, Morsi montre la plus extrême sévérité envers les forces de désordre qui polluent le Sinaï. Il a lancé des opérations militaires de grande envergure avec l'accord tacite d'Israël qui a fermé les yeux sur les troupes et les armes déployées dans le Sinaï. L'Egypte et Israël ont besoin d'ordre et de sécurité, et il est clair pour tous que seule l'armée égyptienne a compétence dans la presqu'île.
L'expérience malheureuse de ce printemps où des soldats israéliens avaient tué des soldats égyptiens par mégarde en poursuivant des djihadistes a servi de leçon à tout le monde.

Toutefois, dans le Sinaï, l'évolution est incertaine. La lune de miel entre les frères musulmans et le Hamas n'aura pas duré longtemps, la fermeture des tunnels prive les chefs tribaux et mafieux de revenus substentiels, aussi on peut s'attendre à des opérations de guerrilla entre djihadistes et forces nationales égyptiennes.

Cette situation rend nécessaire la renégociation du traité de paix, afin que l'Egypte puisse légalement disposer de troupes suffisantes pour maintenir l'ordre dans le désert. Morsi souhaite aussi augmenter le prix du gaz qu'il vend à Israël. Tout cela ne poserait aucun problème si Mohamed Morsi se comportait normalement avec son voisin, s'il acceptait simplement de lui parler. Or le chef islamiste refuse tout dialogue, ne répond pas aux bons voeux, et ne fait rien pour coordoner les efforts en vue de stabiliser la région.
Dans de telles conditions, il ne peut pas y avoir de confiance, et Israël se demande avec inquiétude quelle sera l'attitude de l'Egypte en cas de conflit régional.

Michel Lévy

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