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Un mois à Beit Shemesh

mercredi, 17-Oct-2012
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Quand tous les ans on revient au même endroit, il nous devient familier, et pourtant tout change, est-ce nous ? est-ce l'environnement ? Ce témoignage sur ce que j'ai vu est ressenti cette année complète et parfois peut corriger ce qui a été écrit et publié ici les années précédante. Beth Shémesh reste une jolie ville moderne à taille humaine, Ramat Beit Shémesh reste religieuse, et aurait tendance à se normaliser,
 

Enfin à la maison, après passé un mois à Beth Shemesh, et une bonne semaine près de Paris, j'ai laissé mes enfants et petits enfants, avec du vague à l'âme, et regagné mes pénates Dijonnaises.

Ce mois à Beit Shemesh est passé très vite, car il a commencé par la fête, nous avons célébré la Bat Mitzva de ma petite fille, puis nous avons fêté Roche Hachana et célébré Yom Kippour, mon épouse et moi même n'avons fait que deux escapades hors de Beit Shemesh, une fois à Jérusalem pour un shabbat haut en couleurs, et une fois à Ashkelon où nous avons été invité à l'inauguration d'un superbe appartement tout neuf dans une tour.

La ville de Beit Shemesh

Nous venons tous les ans à ici, aussi, lentement nous voyons l'évolution de la ville, elle grandit très vite, s'étend sur plus de cinq kilomètres de long sur deux de large, et un grand quartier encore plus au sud est en construction. La ville se modernise et on construit deux grands "Canyon" (centre commerciaux), le premier vient d'être inauguré, il y a même une grande librairie profane, cela manquait dans la ville. A Ramait Beit Shemesh on ne trouve que des ouvrages pour enfant et des livres pieux. Dans la librairie, il n'y a que des livres en hébreu et un petit choix en anglais. Pour les autres langues, y compris arabe, russe, ou français, (les langues les plus parlées après l'hébreu et l'anglais), on ne trouvera que des dictionnaires.

Ramath Beit Shemesh, au sud de la ville est orthodoxe, alors que le centre a une population plus proche de la moyenne israélienne. Chaque année, je scrute les habitants pour déceler une évolution. Ce qui ne change pas à Ramath Beit Shemesh, c'est le rythme de la vie. Tous les vendredi soir, un quart d'heure avant shabbat, une voiture passe avec haut parleur, et on entend très fort un air 'hassidique sur le thème du Shabbat. Puis à l'heure fixée par le rabbin de la ville, une autre voiture passe annonçant sur un air musical "Shabbess ! Shabbess ! " suivi aussitôt d'une sirène. On voit encore circuler de temps en temps une voiture retardataire, et les rues se remplissent de piétons qui vont rejoindre les innombrables synagogues que compte Ramath Beit Shemesh. La route peut être périlleuse pour les piétons, car on voit encore passer de temps en temps des voitures de retardataires stressés qui rougissent d'avance d'avoir profanné le shabat. Pauvres piétons !

Les rues se remplissent d'enfants, bien habillés, on voit ces messieurs aller à la prière en tenue, certains ont choisi l'uniforme de leur obédience. Il y a plusieurs familles 'hassidiques ici, des communautés Habad, habillés de noir, certains adorent porter le chapeau américain des années 30. Plus original, le 'Hassidim de Braslav, disciples de Rabbin Nah'man ont un bonnet de nuit raccourcit. Il y a aussi les 'Hassidim de Gour, et à côté de ces gens là, les "Litvak", partisans d'un judaïsme plus intello souvent encore plus rigoureux, mais tout aussi barbus ! On trouve des communautés sépharades regroupées par originaires, d'Algérie, Maroc, Tunisie, Egypte, Yemen etc... La plupart des hommes sont barbus, mais on ne peut pas toujours en déduire leur obédience ! !

Les plus rigoristes habitent Ramath Beit Shemesh Bet, parmi eux, beaucoup n'ont pas d'activité autre que l'étude de la Thora, et vivent grâce au travail de leurs épouse et aux subsides parcimonieusement accordées par les institutions auxquelles ils appartiennent; ce système économique est en train de craquer, et une révolution lente est en train de se produire, en particulier on leur ouvre les portes de l'armée et de l'université tout en cherchant à leur permettre de continuer à suivre leur mode de vie si spécifique.

Au super marché

La première année où nous avons séjourné à Ramath Beit Shemesh, à l'entrée des super marché, un homme était là et imposait une sorte de jupe en jute ignoble aux femmes en pantalon ou en manche découverte afin qu'elles soient "tsniout", " modest" en anglais... à la sortie il vérifiait si les clients avaient bien payé.

 

Aujourd'hui, cela a changé, on ne contrôle que le paiement, et les femmes habillées à l'occidentales sont nettement plus nombreuses. Il y a eu aussi des changements dans le personnel, il était autrefois entièrement juif et blanc, aujourd'hui à la caisse, on voit surtout des éthiopiennes, et dans les rayons il y a pas mal d'employés arabes. Le pharmacien, installé à 200 m du centre commercial est aussi arabe et francophone en plus, ce qui ne gâche rien. J'ai vu un arabe en keffie et blouse bleue entrer dans le super marché. Aussitôt le directeur s'est précipité vers lui, et les deux hommes se sont embrassés. Il a fait des courses, et a fait la queue tout sourire pour payer. Malheureusement il avait acheté des yaourts. Les laitages sont très chers en Israël, il y a eu des manifestations pour protester contre les monopoles qui maintiennent des prix inabordables pour les pauvres. Notre bédouin s'est trompé dans la taille des yaourts, et avait pris les tout gros... et arrivé à la caisse il n'a pu payer, il est retourné la tête basse les remettre à leur place.

Ce qui frappe à Ramath Beit Shemesh, c'est le nombre d'enfants, et le nombre de jardins publics, j'y ai passé des heures à surveiller distraitement mes petits enfants qui venaient de temps en temps réclamer à boire ou un petit gâteau. Cela m'a donné le temps de faire quelques aquarelles d'ambiance.

Les israéliens ne se promènent pas sans leur bouteille d'eau, si vous trouvez un touriste avec une bouteille d'eau bien en évidence dans son sac, parlez lui directement en hébreu, cela vous fera gagner du temps !

A la Shule

Pour les grandes fêtes austères de Tichri (Nouvel an, et Yom Kippour), j'ai pu assister aux offices d'une communauté 'Habad de la ville. Il n'y avait guère plus de monde qu'à un Shabbat ordinaire, toute la communauté étant orthodoxe fait preuve d'une assiduité qui ravirait les rabbins (et les curés, pasteurs et imams) français.

La prière avait lieu dans un Lycée Yeshiva. Une Yeshiva est une école supérieure talmudique. On y étudie, commente et discute sans cesse le Talmud. On y pratique le travail de groupe, et l'ambiance est très bruyante, les cours magistraux y sont rares. Les études talmudiques, et des textes postérieurs qui lui sont attachés, (certains peuvent être contemporains), aiguisent la mémoire, la logique, et le sens critique. Cette gymnastique vaut bien les humanités qu'on enseigne dans les lycées français. J'ai fait un tour dans des salles de classe, et j'ai pu regarder les livres des élèves, il y avait bien sur la Thora, des extraits du Talmud, mais aussi beaucoup de sciences, en particulier de la biologie, j'y ai trouvé un livre d'instruction civique qui d'après ses illustrations ne cachait rien des problèmes sociaux israéliens ni de la complexité de ses relations extérieures. J'y ai aussi trouvé un dictionnaire d'arabe, un autre d'anglais, ainsi que des livres de math d'un bon niveau par rapport au mien.

Le livre d'histoire que j'ai rencontré était centré sur l'histoire juive, j'ai eu l'impression d'un manque, d'un ethnocentrisme qui mettrait en avant ceux qui ont subit l'histoire, et qui ne permettrait pas de comprendre ceux qui l'ont faite. Cet incompréhension du monde se retrouve dans des propos d'enfants, élèves d'écoles Habad, qui ne peuvent pas imaginer qu'arabes et juifs puissent être amis. J'ai eu l'impression que l'école ne participerait pas à combler les fossés entre les familles de population, car les israéliens ne fréquentent pas les mêmes écoles avant l'armée, quand ils la font, ou l'université.

 

Courriers

Humour

 

La France et Israël

En règle général, les israéliens que j'ai rencontré étaient très sensible au développement des agressions antisémites en France, la presse s'étend beaucoup sur tout ce qui concerne le monde juif en dehors du pays. Beaucoup s'imaginent que la majorité des français détestent les juifs, et que nous rasons les murs. Cette image complètement fausse, est la symétrie de la vision qu'ont beaucoup de français d'Israël. En dehors du pourtour immédiat de la bande de Gaza, on ne sent aucune tension. C' est un pays, où tout le monde vit paisiblement en pensant avant tout à boucler ses fin de mois.

Les associations francophones d'Israël souhaitent améliorer l'image réciproque d'Israël et de la France. Ils ont bien du mal. L'ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot est très apprécié, il s'est déplacé à Sdérot, ville continuellement sous le feu des roquettes, où le travail est rare, son travail serait grandement facilité si la France forçait l'entrée d'Israël dans l'organisation de la francophonie, organisme qui devait être culturel. Israël y a davantage sa place que l'Arménie ou le Qatar... il y a des centaines de milliers de francophones en Israël qui ont bien du mal à le rester face à l'hébreu et l'anglais.

Un Shabbat dans la vieille ville

Les garçons atteignent leur majorité religieuse à 13 ans, et les filles à 12 ans. Ma petite fille a fêté ses douze ans, aussi toute la famille israélienne s'est réunie en son honneur, et nous avons loué un grand appartement dans la vieille ville de Jérusalem où nous avons pu loger 18 personnes tandis que 6 autres invités logeaient à quelques pas de là. Cet appartement avait été acheté il y a longtemps par une famille religieuse qui y avait élevé ses très nombreux enfants. Depuis, les enfants se sont mariés, et les parents trouvent intéressant de louer de temps en temps leur propre logement et de passer un week end chez un de leurs enfants. Ils ne louent qu'à des gens très pratiquants, cela évite du désordre dans la vaisselle, et nous avons pu profiter d'une maison tout confort, avec une belle bibliothèque composée exclusivement d'ouvrages religieux en hébreu.

Habiter la vieille ville est un privilège exclusivement réservé aux gens valides. Les voitures n'y pénètrent pas, et il y a des escaliers partout. Le vendredi soir, il y avait des milliers de personnes pour la prière au pied du mur d'Hérode, vestige du temple antique. Contre le mur des 'Hassidim, avec leur chapeau en fourrure, puis d'autres groupes, chacun faisait la même prière du soir et accueillait le shabbat, dès que l'office se terminait, les s'en allaient aussitôt remplacé par des autres. J'ai vu arriver un chef spirituel accompagné de sa garde rapprochée d'une dizaine de disciples. Plusieurs fois pour compléter les fidèles d'un office en constitution, on m'a sollicité. Au fond le public était plus jeune, il y avait entre autre une centaine de soldats, un civil s'est approché d'eux et à commencé à chanter, aussitôt une ronde s'est formée, et les soldats se sont mis à chanter et à danser. On a vu plusieurs danses,, mêlant civils et militaires. Du côté des femmes, il en allait de même, les soldates et les jeunes filles dansaient. Le chant des uns se mêlant aux prières des autres, il n'y avait plus de mur des lamentations, seulement un mur de joies, de méditations, de fêtes et de prières.

La journée du Shabbat est calme, tout est fermé, tout juste le matin avons nous vu passer des enfants partir en classe, des petites filles bien élégantes, probablement des arméniennes, mais aussi des garçons, et quelques jeunes filles voilées à la palestiniennes. Le Shabbat n'est férié que pour la population juive, si on s'éloigne de cent mètres du mur occidental, on trouvera une rue bien animée où tout est ouvert, preuve qu'on a pénétré dans le quartier musulman. Dès la tombée de la nuit tous les commerces du quartier juif ouvrent... et la vie profane reprend.

 

 

Une promenade à Askelon

Un proche vient d'acheter un superbe appartement en haut d'une tour toute neuve à Askelon, le climat y est plus agréable, grâce au vent de la mer qui souffle si fort qu'il est impossible de fixer des parasols sur la terrasse. Bien qu'à dix kilomètres de Gaza, la zone est calme, même si nos amis ont vu une batterie de défense s'installer pratiquement au pied de leur maison un jour de tension. Au large la nuit, on voit au loin des torchères, d'immenses gisements de gaz seront bientôt en exploitation, et Israël aura à ce moment de nouveaux amis.

La ville d'Askelon est très très ancienne, vu que c'est là que Samson était allé chez le coiffeur il y a quelques siècles, on est en plein pays philistin. Toutefois la ville actuelle est tout à fait moderne et grandit bien vite. La ville ancienne est de taille modeste, nous l'avons simplement contourné pour entrer dans l'ancien club méditerranée désaffecté et transformé en parc archéologique. On y trouve des traces de toutes les époques, depuis les cananéens jusqu'à la période byzantine, outre les vielles pierres, il y a aussi vu des arbres étranges avec des fruits plus ou moins comestibles inconnus en France.

J'ai aussi eu le temps de m'égarer à la sortie de la ville, dans une immense zone de remblai, puis on fond, j'ai rencontré la vraie nature, et j'ai dérangé trois gazelles qui ne m'ont pas attendues, (Je pense qu'elles devaient avoir un rendez vous urgent), enfin je suis arrivé au bord de la mer. La côte ressemble à celle des Landes, une immense plage à l'infini, des grosses vagues, des courants, des baignades très dangereuses. Il n'y avait personne dans l'eau qui était remarquablement chaude pour un début octobre, sur le sable tous les cinq cent mètres, on pouvait admirer une serviettes de bains sur la quelle étaient négligemment posées une ou deux jolies demoiselles. Personne pour les admirer, sauf toutes les demi heures, un ou deux apollons qui couraient sur la plage malgré la chaleur automnale. Cette vision donne une image d'Israël peu connue, les femmes y sont en sécurité même seules sur une plage déserte.

Dans le taxi qui me ramenait à la maison, nous avons été surpris par un grand bruit. Le chauffeur m'a dit : "Appache... il va à Gaza... pan pan pan ! ! ! " c'était un hélicoptère militaire qui nous survolait. Je lui ai répondu que je n'aimais ni les appaches, ni la guerre. Il m'a dit, "moi aussi j'aime la paix ! ! mais quelle paix ? ? avec le Hamas ? ? avec le Hezbollah ? ? ils sont fous ! ! ils n'aiment pas la paix ! ! "

 

 

En guise de conclusion

Pendant un mois j'ai partagé la vie d'une famille israélienne, une vie de travail, une vie tranquile, avec des gens préoccupés par le quotidien qui n'est pas facile, par la politique intérieure tellement décevante et par les enfants, la priorité absolue qui apporte tant de tracas et de réconforts. Ici on vit dans une bulle protectrice, en priant pour qu'elle n'éclate pas. La paix avec les arabes ? personne n'y croit, on ne sent pas de haine envers eux, plutôt de l'indifférence et du fatalisme, ils sont comme ça, ils ne veulent pas la paix, que voulez vous qu'on y fasse ?

Michel Lévy